Cassandre Beaugrand : « C’était embêtant d’avoir le record de France du 5 km et pas celui du 10 km »

06 avril 2026 à 12:09

Cassandre Beaugrand a marqué les esprits à l’Urban Trail de Lille en s’appropriant le record de France du 10 km en 30’52. Exceptionnelle performance pour la pensionnaire de l’AS Monaco qui n’avait plus couru sur cette distance en dehors du triathlon depuis 2016. La championne olympique de triathlon à Paris n’a pas caché son envie de retrouver la piste cet été avec l’Euro de Birmingham dans un coin de sa tête. Entretien.

Cassandre, avant le départ on vous promettait la possibilité de battre le record de France, mission accomplie avec la manière

J’avais des doutes sur ma capacité à le faire. J’avais réalisé une très bonne séance sur piste, mais le reste du temps, je m’entraîne sur du gravier ou d’autres surfaces, je n’avais pas vraiment de ressenti. J’ai fait confiance à mon coach, qui pensait que j’étais capable de partir sur ces bases. Il m’avait surtout dit de me contrôler au début : j’ai souvent tendance à partir très vite. On est partis sur les bonnes bases et les personnes qui m’entouraient, notamment mes pacers jusqu’aux cinq premiers kilomètres, ont essayé de me calmer.

Ensuite, je savais que c’était un peu plus du challenge dans le parc avec des petits à-coups, j’ai commencé à avoir des crampes, j’ai essayé de me concentrer sur les deux, trois kilomètres qui restaient. La dernière ligne droite fut très longue, je ne voyais pas l’arche d’arrivée, bonne surprise au final, j’aurais signé pour faire ce chrono-là. Mon dernier 10 km date d’il y a 10 ans (33’12 à Rome en 2016), c’est un bon anniversaire, il était temps de se remettre sur un 10 bornes et de voir ce que je valais. J’ai une base et je suis persuadée qu’avec un peu de travail je peux encore l’améliorer parce que j’ai repris en janvier, cela reste super bien et pourquoi pas essayer de battre mon record une prochaine fois, peut-être l’année prochaine.

— Est-ce que le fait de revenir sur ces rendez-vous d’athlétisme que vous avez évoqués récemment prend tout son sens aujourd’hui ?

Cela me fait plaisir, on fait cela pour se faire plaisir nous les triathlètes, je ne savais pas à quoi m’en tenir aujourd’hui. Je ne sais pas où cela va me mener, est-ce que je vais faire un peu de piste, je n’en sais rien, je verrai ce qui s’offre à moi. Là j’ai couru avec des chaussures auxquelles je suis habituée en triathlon, sur piste il va falloir me réhabituer aux pointes, on va voir ce que cela donne. J’avais peur de l’allure élevée aujourd’hui (plus rapide que celle sur triathlon où je cours en 3’15-3’20 / km), je sais que j’ai une bonne vitesse de base, c’était déjà le cas quand j’étais plus jeune en venant du 1500 m (record en 4’17″04 en 2014 à Eugene), mais je ne travaille plus trop ces bases de vitesse, il a fallu le refaire, ce fut le cas sur une très bonne séance qui m’a donné confiance. C’était bien d’avoir des pacers aujourd’hui car je n’ai jamais dû regarder ma montre, je me suis mise en mode compétitrice en essayant de suivre, suivre, suivre jusqu’à ce que cela pète.

« J’ai tellement entendu mon nom sur le bord de la route que j’avais l’impression d’être aux Jeux olympiques ! »

— En tout cas, ce retour aujourd’hui sur route fut un plaisir, un an après votre record de France du 5 km à Monaco (14’53)…

Cela devait être moins stressant qu’un triathlon, mais j’ai tellement entendu mon nom sur le bord de la route que j’avais l’impression d’être aux Jeux olympiques ! Je n’ai pas trop l’habitude de courir en France. Cela fait plaisir, mais c’est un peu dur aussi de rester dans sa bulle, on a envie de faire des photos mais c’était cool. Je ne m’attendais pas à ce qu’autant de gens me reconnaissent, cela fait plaisir de voir que le public se rappelle des JO de Paris. Parfois, c’est difficile parce que les triathlètes sont considérés comme des personnes qui ne sont pas excellentes dans un sport en particulier parmi les trois sports et que l’on fait un peu de natation, de cyclisme et de course à pied mais je voulais prouver qu’on était souvent très bons en course.

— Le record de France du 10 km réalisé par une triathlète marque les esprits

C’était embêtant d’avoir le record de France du 5 km et pas celui du 10 km alors que je fais des 10 km en triathlon, je voulais prouver que j’avais progressé sur cette distance. Je me sentais plus à l’aise sur un 5 km, j’avais juste peur de ne pas tenir l’allure sur un 10 km. Musculairement, ce fut très dur à la fin. J’étais dans le mal mais sinon je me sentais à l’aise à ces allures. Je me dis que si je travaille un peu musculairement en ayant un peu plus l’habitude de ces allures, je peux encore m’améliorer. J’ai un peu de marge, cela me donne envie d’en refaire un. Cela me fait plaisir de faire un peu autre chose que du triathlon, une discipline que je pratique depuis que je suis jeune, c’est bien de revenir un peu sur de l’athlétisme.

« Je reste une triathlète. »

De retour en triathlon à la fin du mois ?

Oui, sur la prochaine WTCS, le 25 avril prochain, à Samarcande (Ouzbékistan). Je sais que jusqu’aux prochains Jeux olympiques 2028 je reste focus sur le triathlon. Après, j’aimerais bien faire un peu plus de route parce que j’aime bien l’athlétisme tout simplement. Après, pour la suite de la saison les minima sur piste sur 5000 m pour les championnats d’Europe de Birmingham (10 au 16 août) sont très élevés (fixés à 14’40″00), ils sont au niveau du record de France (14’43″90 par Margaret Maury en 2004 à Bruxelles). Je pense que cela risque d’être compliqué pour moi. Il y a de très bonnes athlètes, je vais essayer de faire les meilleurs chronos possibles et si je m’en rapproche il faudra passer par la case championnats de France (24 au 26 juillet à Albi), ce sera sans doute difficile mais je vais tenter de me faire plaisir sur des compétitions.

Je reste une triathlète, mis à part si je m’étonne et que je fais un bon temps sur piste, j’aime bien me surprendre, j’espère avoir de bonnes surprises. Je sentais qu’aujourd’hui, j’avais les conditions réunies pour faire un chrono, en plus lorsque je mobilise des gens autour de moi avec des pacers et notamment quelqu’un de mon club qui a loupé des entraînements pour moi. je me dis que je n’ai pas le choix, il faut que j’y aille, cela m’a fait plaisir de partager ces moments avec eux.

Propos recueillis par François-Xavier de Chateaufort
Crédits photos : Etienne Heugue / STADION

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