Kylian Mbappé vient de s’offrir le record de buts en Bleu face au Sénégal. La planète foot vibre. Et l’athlétisme dans tout ça ? Si les pistes s’invitaient à la fête, quel onze alignerait-on ? Poste par poste, voici un 4-3-3 de l’équipe type des athlètes All Star.
Depuis le 11 juin, la Coupe du monde de football 2026 tente tant bien que mal d’embrasser les États-Unis, le Canada et le Mexique. Mardi soir, les Bleus ont parfaitement lancé leur tournoi au MetLife Stadium face au Sénégal, avec un Kylian Mbappé, auteur d’un doublé, qui lui a permis de dépasser Olivier Giroud et de devenir le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France. Quarante-huit nations, 104 matchs, une finale prévue le 19 juillet à New York. Alors forcément, dans cet élan collectif, on s’est posés chez Stadion la question la plus inutile et la plus indispensable du moment : Et si l’athlé alignait son propre onze de rêve ? Pas une équipe nationale. Un onze all-star, poste par poste, avec les monstres de la piste et des concours. Formation en 4-3-3, feuille de match assumée.
GARDIEN
Armand Duplantis – Capitaine (Le portier des six mètres)
Quand on passe sa vie à tutoyer les nuages, les ballons aériens deviennent une formalité. Recordman du monde du saut à la perche de 6,31 m, Armand Duplantis s’impose comme une évidence dans les cages de cette équipe. Explosivité, détente hors norme, coordination parfaite, sens du timing chirurgical… À force de franchir des barres perchées à six mètres du sol, le Suédois a développé des qualités que n’importe quel coach rêverait de trouver chez son dernier rempart. Son principal défi dans les buts ne serait d’ailleurs peut-être pas de stopper les ballons, mais de résister à la tentation de passer au-dessus de la barre transversale plutôt qu’en dessous. Comme le GOAT Ronaldo, il domine l’espace entre deux poteaux. La Suède croyait avoir vu son plus grand champion avec Zlatan. Puis est arrivé Duplantis.
DÉFENSE
Arrière droit : Yulimar Rojas (Le piston bondissant)
Sur le couloir droit, personne ne couvre autant de terrain en aussi peu de foulées que Yulimar Rojas. La Vénézuélienne détient le record du monde du triple saut à 15,74 m, ce qui signifie, très concrètement, qu’elle peut tacler un adversaire distant de presque seize mètres en trois bonds. Placez-la sur cette aile et oubliez le flanc adverse pour le reste du match.
Charnière centrale : Yaroslava Mahuchikh (La muraille volante) / Ryan Crouser (Le videur des surfaces)

La paire idéale pour verrouiller l’axe. La recordwoman du monde du saut en hauteur a une règle simple : Vous centrez ? Yaroslava Mahuchikh saute plus haut. Vous jouez dans les pieds ? Son partenaire en charnière est déjà sur la trajectoire. Car à ses côtés, Ryan Crouser forme un duo de rêve. Triple champion olympique au lancer du poids, l’Américain propulse un boulet de 7,26 kg à plus de 23 mètres (23,56 m). Autant dire que dégager un ballon ne sera jamais un problème pour ce colosse de 2,01 m et de 145 kg. Les attaquants adverses ont deux options : Contourner Ryan Crouser ou changer de sport à la mi-temps.
Arrière gauche : Femke Bol (Le moteur)
Sur l’aile gauche, la Néerlandaise est une machine à répétition. Double championne du monde du 400 m haies, Femke Bol s’attaque cette saison au 800 m en plein air pour la première fois en Diamond League, histoire de prouver que ses jambes n’ont pas encore de limite connue. Elle court 400 m avec des obstacles sur le chemin et arrive encore fraîche à l’arrivée. Un arrière gauche avec ce niveau d’endurance et de puissance, ça ne laisse pas passer grand-chose.
MILIEU DE TERRAIN
Milieu défensif : Jimmy Gressier (Le Duc de Boulogne)
« Je suis champion du monde comme Zizou ! ». Voilà les premiers mots qu’il a prononcés en zone mixte lors de son titre mondial sur 10 000 m à Tokyo. Et en ce moment, personne ne méritait cette place plus que Jimmy Gressier qui vient tout juste d’arracher le record de France du 3000 m ce mercredi soir à Montreuil (7’28 »67) en reprenant la marque nationale à son coéquipier Yann Schrub. Ancien pilier de l’US Boulogne Côte d’Opale chez les jeunes, le Nordiste, qui a grandi dans le quartier du Chemin Vert (le même que Franck Ribéry), a évolué attaquant de pointe avant d’être décalé sur le flanc droit. Sa participation aux championnats du monde de football UNSS au Guatemala en 2015 l’a même conduit à envisager une carrière professionnelle.
La rédaction de Stadion, elle, a décidé de lui offrir le numéro 6 devant la défense et le choix se justifie facilement quand on voit une gazelle capable de tenir 10 000 m à moins de 27 minutes et couvrir plus de terrain en 90 minutes que n’importe quel milieu défensif professionnel. Capable d’accélérer quand tout le monde est à plat, et avec l’instinct du buteur en prime, ça ressemble quand même beaucoup à un finish de renard des surfaces.
Milieu relayeur : Sabastian Sawe (L’Empereur du milieu)
Pour faire la jonction entre défense et attaque sans jamais fléchir, il n’existe pas meilleur profil. Le 26 avril à Londres, le Kényan est devenu le premier athlète de l’histoire à courir un marathon en moins de deux heures dans des conditions homologuées, en signant 1h59’30. Pour tenir 42 kilomètres à 2’50 au km sans jamais rompre, il faut une intelligence tactique et une gestion de l’effort que peu de milieux professionnels peuvent se targuer d’avoir. Sa deuxième moitié de course, chronométrée en 59’01 était plus rapide que la première, avec une accélération stratosphérique aux alentours du 30e km. Un relayeur comme Sabastian Sawe qui accélère quand les autres ralentissent, c’est précisément ce qu’on cherche dans ce rôle sur le terrain.
Numéro 10 : Sydney McLaughlin-Levrone (La meneuse sans obstacles)
Le poste de meneur de jeu, ce n’est pas donné à n’importe qui. Et Sydney McLaughlin-Levrone l’a mérité plusieurs fois de suite. Détentrice du record du monde du 400 m haies en 50″37, première femme de l’histoire à descendre sous les 52 puis sous les 51 secondes, l’Américaine a ensuite décidé que les obstacles, c’était trop simple. « SYD » a basculé sur le 400 m plat et a signé 47 »78 aux Mondiaux de Tokyo 2025, soit la deuxième performance mondiale de tous les temps sur la distance. Sur un terrain de foot, une numéro 10 capable de faire un tour de stade plus vite que n’importe qui, avec ou sans haies, ça ne se refuse pas. Tremble Kylian Mbappé.
ATTAQUE
Ailier droit : Noah Lyles (L’Ailier à 9″79)
Dans le couloir droit, la vitesse pure s’impose avec le champion olympique du 100 m à Paris 2024 (record en 9″79) et quadruple champion du monde du 200 m. Pendant que les ailiers de la Coupe du monde accumulent les crochets dans les seize derniers mètres, lui fracasse les lignes en neuf secondes et quelques. Pas le même sport. Pas la même planète. Le temps que le latéral adverse sorte de sa position, Noah Lyles est déjà en train de célébrer devant le poteau de corner.
Ailier gauche : Faith Kipyegon (La reine du money time)
Sur l’autre aile, la Kényane survole les débats depuis des années. Recordwoman du monde du 1500 m et triple championne olympique, Faith Kipyegon veut cette saison améliorer son record du monde du Mile (4’07″12, 1609 m) avec la sérénité de quelqu’un qui a déjà tout gagné et cherche encore quelque chose à abattre. Sa façon de démarrer les 200 derniers mètres relève de la physique quantique : Elle accélère là où les autres s’effondrent. Posez-là sur l’aile gauche et regardez. Vous apprécierez. Les défenseurs demandent le changement.
Avant-centre : Kevin Mayer (Le 9 et demi)
Vous tentez un exploit individuel ? Bon courage face au recordman du monde dont le métier consiste précisément à être bon partout. Le décathlon de Kevin Mayer, c’es dix disciplines, 9126 points au compteur, synonyme de record du monde. Mettez-le avant-centre et il marquera de la tête, du droit, du gauche, sur corner, sur coup franc et depuis les 30 mètres. Et si rien de tout ça ne suffit, il lancera le javelot depuis le rond central.
Finalement, le football et l’athlétisme ne sont peut-être pas si éloignés. Les uns cherchent à faire trembler les filets, les autres à faire tomber les chronos. Dans les deux cas, il faut courir plus vite, sauter plus haut et résister plus longtemps que son voisin. Et à ce petit jeu-là, ce onze-là aurait probablement son mot à dire dans n’importe quelle Coupe du monde. Et vous, les imaginer-vous jouer sur un rectangle vert ?
Texte : Dorian Vuillet
Crédits photos : Diamond League & STADION






















