L’Italien Francesco Puppi et la Polonaise Martyna Mlynarczyk ont remporté le Grand Trail des Templiers 2026, au terme d’une édition riche en performances de haut vol et en scénarios haletants. Du triplé de Yannick Noël sur l’Endurance Trail à la démonstration de Tove Alexandersson sur le Marathon des Causses, le week-end millavois a une nouvelle fois célébré toutes les facettes du trail. Récit !
Chaque surface a sa course de référence dans l’Hexagone. Paris et son marathon règnent en maître sur les courses running. Le leadership des courses en montagne revient de facto à l’UTMB de Chamonix. Et pour les courses « nature » ou en zone verte, le Festival des Templiers de Millau est sans conteste « the place to be » depuis 1995 grâce aux chevilles ouvrières de l’épreuve, Odile Baudrier et Gilles Bertrand. Pour sa 32e édition, ce monument du trail français, précurseur de la discipline en France, a accueilli 18 courses ainsi que 13 000 traileurs et traileuses dans la cité millavoise du 16 au 18 octobre.
À Millau, les légendes ne se racontent pas seulement au coin du feu. Elles se construisent dans l’obscurité, au détour d’un sentier calcaire, lorsque les jambes commencent à peser et que le mental prend le relais. Dimanche 18 octobre, à 5 heures du matin, les chevaliers-templiers ont ouvert la voie aux coureurs du Grand Trail des Templiers, lancés à l’assaut de 80 km et 3400 m de dénivelé positif. Dans cette atmosphère presque irréelle, sous les lumières des frontales, le peloton s’est élancé pour la course emblématique du Festival des Templiers. Six heures et demie plus tard, Francesco Puppi franchissait la ligne d’arrivée en vainqueur. Trois ans après sa deuxième place en 2023, l’Italien tenait enfin sa revanche sur les Causses. Chez les femmes, Martyna Mlynarczyk signait une victoire tout aussi marquante, au terme d’une course maîtrisée de bout en bout.
GRAND TRAIL DES TEMPLIERS
Francesco Puppi, la patience d’un champion
Les grandes performances ne se décident pas toujours dès le départ. Pour Francesco Puppi, c’est dans le dernier acte que la course a livré son verdict. Le coureur italien de Hoka, deuxième de la Western States 100 cette saison, avait une idée en tête en revenant à Millau : Transformer sa deuxième place de 2023 en victoire. Mais face à lui, Dimitri Morel-Jean n’avait aucune intention de lui faciliter la tâche. Le Français de 28 ans, récent vainqueur du format 70K de l’Ultra-Trail des Montagnes du Jura, a longtemps fait mieux que résister au favori. Dans les premiers kilomètres, le groupe de tête est resté particulièrement compact. Puis, à mesure que le parcours s’enfonçait dans les reliefs des Grands Causses, David Morel-Jean a pris ses responsabilités, imposant son rythme et obligeant ses adversaires à rester en alerte.
Francesco Puppi, lui, ne s’affolait pas. Son expérience des grands rendez-vous (vainqueur de l’OCC en 2023 et de la CCC en 2025) lui permettait de conserver suffisamment de lucidité pour attendre le moment opportun. Il fallait choisir son instant, préserver ses forces et savoir quand porter l’estocade. Ce moment est arrivé aux alentours du km 55, lorsque les difficultés se sont enchaînées et que les organismes ont commencé à accuser le coup. Sur les sentiers escarpés comme sur les portions plus roulantes, l’Italien a fait parler sa classe pour progressivement creuser l’écart. « Au kilomètre 55, j’ai relancé, je me suis battu, j’y ai cru », expliquait-il à l’arrivée. Et la jonction avec la grand animateur de la course s’est finalement opérée au km 70, après plus de 5h25 d’effort. En 6h32’20, Francesco Puppi s’impose mais passe à une seule seconde du record du parcours établi par Jonathan Albon en 2021.
Derrière lui, le Jurassien signe l’une des grandes performances françaises du week-end. Deuxième en 6h39’27, à seulement un peu plus de sept minutes du vainqueur, il a démontré qu’il pouvait rivaliser avec les meilleurs spécialistes internationaux sur une course aussi exigeante. « Si on m’avait annoncé ce matin que je serais là… Dès le kilomètre 24, j’ai su pourtant qu’il y avait un truc à faire, on était quatre à arriver ensemble au ravito. C’est la plus belle course de ma vie ! ». Une déclaration qui résume parfaitement la portée de cette deuxième place. Dimitri Morel-Jean n’a pas simplement profité d’un scénario favorable. Il a osé prendre la course à son compte, tenu tête au favori pendant une grande partie de l’épreuve et obligé Francesco Puppi à produire une fin de course de très haut niveau. Le champion du monde de trail long en 2023 Benjamin Roubiol complète le podium en 6h44’09. La veille, l’Annécien confiait vouloir aborder cette épreuve comme une course « bonus », sans pression, avec l’envie de profiter, six semaines après son abandon sur la CCC de l’UTMB.
Martyna Mlynarczyk, une maîtrise de bout en bout
Le scénario a été sensiblement différent chez les dames. Là où les messieurs ont livré une bataille tactique prolongée, Martyna Mlynarczyk a rapidement imposé sa loi. La Polonaise de Hoka, déjà victorieuse sur le format 50K du Trail Alsace by UTMB cette année, s’est installée aux avant-postes dès les premiers kilomètres. La lauréate de la CCC de l’UTMB 2025 n’a ensuite jamais réellement laissé à ses rivales l’occasion de reprendre la main. Sa recette ? Une gestion rigoureuse de l’effort, des ravitaillements efficaces et une concentration permanente sur sa propre course. Dans une épreuve où les changements de rythme peuvent bouleverser la hiérarchie, la Polonaise a fait preuve d’une régularité remarquable, creusant progressivement l’écart sans se laisser distraire par la course de ses adversaires. « C’était ma stratégie, focus sur ma course ! », résumait-elle à l’arrivée, tout en reconnaissant avoir trouvé le parcours particulièrement difficile.
Son chrono de 7h41’18 lui permet non seulement de s’imposer, mais aussi d’améliorer le précédent record féminin du parcours, détenu par la double vainqueure sortante, la Néo-Zélandaise Caitlin Fielder depuis 2024 en 7h42’24. Une performance qui donne encore davantage de relief à son succès. La bataille pour les deux autres places du podium est restée ouverte. Alexandra Cassan-Ferrier a créé la surprise en prenant la deuxième place en 7h46’22. À 37 ans, l’ancienne triathlète de l’équipe de France, également championne du monde U23 en duathlon, découvrait le parcours. « Ce départ dans la nuit était incroyable. J’ai eu peur d’être partie trop vite, mais tout au long du parcours, dans les villages, tous ces encouragements me redonnaient un coup de boost à chaque fois ».
Audrey Tanguy se hisse sur la troisième marche du podium en 7h51’05. Fidèle à son tempérament souriant, la double championne du monde de trail par équipes (2022 et 2023) a dû composer avec de sévères douleurs abdominales avant de prendre le dessus sur Adeline Martin (7e en 8h12’49) dans la lutte pour la troisième place. Habituée aux profils très montagneux, elle reconnaissait avoir découvert qu’elle n’était « pas si mauvaise sur du roulant ». Autre fait marquant : Charlotte Mouchet et Maëva Danois, anciennes pistardes et toutes deux sélectionnées à huit reprises en équipe de France, terminent respectivement cinquième et sixième, en 8h04’14 et 8h10’43.
ENDURANCE TRAIL
Le triplé pour Yannick Noël
Avant le grand rendez-vous dominical, le Festival des Templiers avait déjà connu une première journée de très haut niveau. Vendredi, l’Endurance Trail, avec ses 100 km et 4000 m de dénivelé positif, a tenu son rang d’ultra incontournable du week-end. Sur cette épreuve, Yannick Noël a confirmé son statut de favori en s’imposant en 9h16’07. Le coureur d’Inov8 signe ainsi un troisième succès sur l’Endurance Trail, après ses victoires de 2023 et 2024. Neuvième de l’UTMB 2026, le boulanger normand a confirmé qu’il restait capable de répondre présent sur les rendez-vous majeurs, malgré une concurrence toujours plus dense. « Ce parcours complet me correspond tout à fait ! ».
La victoire n’a pourtant pas été une simple formalité. Au kilomètre 40, Yannick Noël a rejoint les deux hommes de tête, avant de devoir répondre à la pression de ses adversaires. Il a progressivement fait la différence dans la seconde partie de course pour s’imposer avec plus de 5 minutes sur Quentin Grateau, deuxième en 9h21’33. Loris Lasserre complète le podium en 9h43’27. Le Tarnais, déjà douzième du Grand Trail des Templiers en 2025, confirme sa régularité sur les terrains caussenards.
Chez les féminines, Marine Quintard a fait parler sa connaissance du territoire. L’Aveyronnaise, originaire d’Espalion et quatrième du Grand Trail en 2023, s’est imposée en 10h46’40. Pour son deuxième 100 kilomètres seulement, la traileuse de 35 ans signe un succès de référence, après son abandon sur le Grand Trail l’année précédente. Eléa Kopf (11h02’03) et Mélanie Delasoie (11h47’32) s’invitent sur le podium.
MARATHON DES CAUSSES
Tove Alexandersson, une course légendaire
S’il fallait retenir une image du samedi, elle viendrait sans doute du Marathon des Causses. Sur les 35 km et 1600 m de dénivelé positif du parcours, Tove Alexandersson a signé une performance exceptionnelle. La Suédoise, référence mondiale de la course d’orientation avec 23 titres mondiaux, ne s’est pas contentée de remporter la course féminine. La championne du monde de trail court a terminé quatrième au classement général, à seulement 35 secondes de la troisième place masculine. Cette performance au milieu d’un peloton de plus de 1200 concurrents donne la mesure de son exploit.
Sa course a pris la forme d’une remontée spectaculaire. Passée de la treizième à la première place féminine, elle a progressivement repris ses concurrentes pour s’installer en tête de sa catégorie. Son avance sur l’Italienne Vivien Bonzi (2h57’13), deuxième à plus de quatorze minutes, illustre sa domination. La Française Cécile Jarousseau (2h58’33) complète le podium féminin. La Suède a également brillé chez les hommes. Martin Nilsson s’est imposé en 2h31’34, tandis que le Suisse Roberto Delorenzi a pris la deuxième place en 2h40’11. Le Français Jules Mongellaz, âgé de seulement 20 ans, complète le podium en 2h42’14. La prestation du jeune tricolore laisse présager un avenir prometteur et confirme qu’il faudra suivre son évolution de près dans les prochaines années.
Un festival qui ne se résume pas à ses courses reines
Au-delà des têtes d’affiche, le Festival des Templiers reste un événement où les histoires individuelles donnent toute sa profondeur au classement. Vendredi, l’Intégrale des Causses a vu Augustin Kerhardy s’imposer chez les hommes, tandis que Blandine Orsini a remporté la course féminine. La Rock’Voizine a sacré l’international Mathieu Delpeuch et vu Solène Bayle et Mathilde Sagnes partager la victoire féminine. Même belle histoire sur la Monna Lisa le samedi avec Thomas Dubois et Arthur Mollet. La Boffi Fifty a été remportée par Clément Génot, tandis que Capucine Arbez-Gindre a dominé la course féminine. La jeunesse a également eu son moment de gloire. Sur la KD Trail, réservée aux cadets et cadettes, Anna Lorblanchet, fille de Thomas Lorblanchet, quadruple vainqueur du Grand Trail des Templiers (2007, 2008, 2010 et 2013), s’est illustrée. Une jolie transmission familiale sur un festival qui accorde une place essentielle aux nouvelles générations.










LES INFOS À RETENIR
- Date : 16 au 18 octobre 2026 (32e édition)
- Lieu : Millau, Aveyron, au cœur des Grands Causses
- Épreuve reine : Grand Trail des Templiers (16 courses au total)
- Participants : 13 000 participants sur les 18 courses
- International : 44 nationalités représentées
- Participation féminine : 33 %, en hausse de 2 points par rapport à 2025
- Prize money : 69 000 € répartis sur trois courses, avec une égalité des primes entre les femmes et les hommes
- Public : 40 000 spectateurs
Crédits photos : Cyrille Quintard & Greg Alric

















