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L’ascension fulgurante de Matthias Orban

À seulement 17 ans, Matthias Orban est entré dans l’histoire de sa discipline, en juillet à Nairobi (Kenya), en devenant champion du monde cadets du saut à la perche. Son portrait est à découvrir sur www.stadion-actu.fr.

Bien malin celui qui aurait pu imaginer que Matthias Orban devienne champion du monde cadets du saut à la perche il y a ne serait-ce que quelques mois. Non épargné par les blessures en début d’année, il réalise une saison hivernale quasi blanche : « Cela a été difficile avec deux entorses successives sur la même cheville et malgré le fait que je ne pouvais pas sauter, j’ai toujours gardé le moral, confie le pensionnaire du pôle espoirs, à Nantes, où il a énormément travaillé son physique et sa technique durant sa convalescence « pour ne pas perdre toutes sensations, j’ai fait beaucoup de musculation, des exercices de renversés et de la corde ».

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Champion de France avant de conquérir le monde

Si les éclaircies ont été rares dans les résultats du sociétaire de l’EA Nord-Mayenne en début d’année, il a vite été récompensé de ses efforts en seconde partie de saison. Et c’est le moins qu’on puisse dire. Engagé dans une course contre la montre, Matthias Orban n’a jamais perdu de vue les Mondiaux cadets de Nairobi, son objectif ultime cette année. Des efforts acharnés ont été réalisés dans la sérénité, à l’image de ses deux coachs : « C’est grâce au travail d’Alain (Donias) et de Richard (Cursaz) que j’ai pu progresser tout l’été ». Une progression qui l’amène jusqu’à franchir 5,12 m à Angoulême le 7 juin dernier. Une performance largement au-dessus du niveau de performance requis (4,90 m) pour valider son ticket pour le grand rendez-vous kényan.

La Ligérien débarque un mois plus tard, à Dreux, aux championnats de France cadets-juniors avec une pancarte de favori clouée à son maillot bleu, noir et jaune. Il assume parfaitement son statut en remportant le titre avec une barre placée à 4,90 m. Cette médaille d’or est tout sauf une surprise tant l’athlète tricolore a survolé le concours.

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Intouchable lors des Mondiaux

Arrivé dans la capitale kényane avec la troisième performance mondiale de l’année mais avec la meilleure des athlètes présents, le vice-champion de France minimes du triathlon en 2015 sort le grand jeu le 16 juillet dernier. Matthias Orban, pour sa première sélection avec la tunique bleue, prend part à la finale de la perche, dans un Kasarani Stadium surchauffé par pas moins de 60 000 spectateurs. Rien de plus logique pour un pays ou l’athlétisme est une institution, voire une religion.

En seulement quatre bonds, la podium lui est assuré mais seule la victoire l’intéresse. Pour cela, le Mayennais a tout de même dû s’y reprendre par trois fois pour effacer une barre à cinq mètres et se débarrasser du Chypriote Christos Tamanis. Avant de tenter à trois reprises 5,10 m, sans succès : « Je ne me suis pas rendu compte totalement que j’étais déjà premier à 5 mètres mais lorsque que je m’élançais je voulais absolument passer cette barre. Je savais que j’en avais les capacités ». L’athlète qui s’avoue malgré tout un peu déçu de sa performance, complète ainsi son beau palmarès : « J‘avais une marge à cinq mètres et j’aurais bien voulu battre mon record ». Il devient le deuxième français champion du monde dans sa catégorie à la perche, après Sébastien Homo en 1999 (Bydgoszcz).

Perchée à près de 1800 mètres d’altitude, Nairobi est connue pour sa réserve naturelle protégée : « C’était une très belle expérience, déjà de pouvoir rencontrer des athlètes d’autres pays dans une même compétition j’en rêvais. Je rêvais également de partir dans un autre pays, grâce à ce championnat j’ai pu le faire. savoure-t-il. Le Kenya c’est très beau, on a pas eu le temps de visiter car c’était très sécurisé mais on a quand même pu aller faire un safari ».

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Une progression linéaire et sans accroc

Encore très loin des sautoirs à la perche, il débute dans un premier temps par le football. Plus rapide et plus endurant que ses camarades, c’est à huit ans qu’il finit par troquer le ballon rond pour une paire de pointes. Il se dirige vers le CA Mayennais, son club de toujours, et suit assidument les séances en école d’athlétisme où il s’essaie à toutes les disciplines. Le saut à la perche ? On peut dire qu’il est tombé dedans quand il était petit. C’est encore tout jeune à l’âge de 11 ans, en catégorie benjamins, qu’on lui a mis une perche entre les mains.

Les résultats ne tardent pas à venir et il progresse avec une maturité assez surprenante dans une épreuve qui demande généralement une certaine expérience. Il franchit 4,00 m à quatorze ans, 4,22 m à quinze ans puis 4,60 m à seize ans : sa trajectoire vers les sommets est lancée. En septembre 2016, il rejoint le pôle espoir de Nantes et ses entraîneurs Alain et Richard, qui prennent la suite de Renaud Fourreau à Mayenne : « C’est vraiment une très bonne structure, avec une bonne ambiance. Je suis très heureux d’avoir pu intégrer le pôle. Le début a été assez compliqué car je n’avais pas l’habitude de m’entraîner autant mais au bout d’un moment on s’y fait et puis ça marche très bien » explique celui qui possède de beaux records sur la ligne droite (11″37) et sur les haies hautes (14″85).

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Meilleur que Renaud Lavillenie au même âge

C’était inévitable. Depuis sa couronne au Kenya, Matthias Orban entend souvent parler de Renaud Lavillenie. Le perchiste a de nombreux points communs avec le recordman du monde (6,16 m), son modèle : un gabarit similaire (1,76 m et 64kg contre 1,77 m et 71kg), une foulée pleine d’aisance et de fluidité, un amour fou pour sa discipline ou encore un compétiteur hors pair : « Il m’a envoyé un message pour me féliciter et ça m’a fait très plaisir de recevoir cela de sa part ». A titre de comparaison, l’homme le plus haut du monde franchit 4,30 m à 17 ans (2003).

La technique de cette discipline est particulièrement difficile mais il possède déjà un beau bagage dans ce domaine, capable d’analyser ses défauts avec une précision d’orfèvre  : « Je dois encore travailler le renversé mais également trouver le temps de perche afin de pouvoir monter et aller plus haut. A l’approche au butoir, je dois être plus relâché ».

Sur les sautoirs tous ont compris que le jeune homme se transforme, dès la perche à la main, en une redoutable machine à gagner (ça aussi, ça nous rappelle quelqu’un) : « Je suis vraiment très heureux de ce titre, j’ai réalisé vraiment il n’y a pas si longtemps que ça et c’est une très grande satisfaction pour moi mais également pour mes amis et ma famille » se félicite celui qui, à coup sûr, fera partie des grands perchistes de demain.

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Et l’avenir ?

Très modeste dans son analyse malgré l’exploit, il vit son sport au jour le jour. Et cela n’est pas près de changer : « Après mon titre je ne réalisais pas trop. c‘est bien sûr un rêve pour moi. Depuis que j’ai commencé la perche j’ai toujours voulu porter le maillot de la France. Ce titre représente une très grande satisfaction pour moi, j’espère que ça ne s’arrêtera pas là ».

Sur sa lancée, l’élève de Terminal S à l’école du Cens qui passe son bac l’année prochaine, et a repris le chemin de l’entraînement en ce début septembre, déborde d’ambitions : « Je suis motivé à reprendre afin de pouvoir faire une aussi belle saison que cette année. Je souhaite être régulier à 5 mètres et pourquoi pas un peu plus. ». A la question : être champion du monde était-ce plus facile que l’obtention du baccalauréat ? Il répond tout sourire « Franchement je ne sais pas, pour les deux il faut s’en donner les moyens ».

Pourtant, le jeune perchiste tricolore ne se prend pas la tête malgré ce résultat qui a fait beaucoup de bruit dans le milieu de l’athlétisme : « Pour l’instant j’aimerais faire les championnats de France juniors puis pourquoi pas faire les championnats du monde juniors mais il y a encore beaucoup de travail explique Matthias Orban. Je suis quelqu’un d’assidu aux entraînements, je donne toujours le meilleur de moi-même et je pense également que cela m’a aidé à progresser. Alain m’apporte une aide déjà technique à la perche mais également morale, il est toujours présent pour les cours par exemple. Il suit attentivement mon parcours scolaire car il ne faut pas oublier l’école. »

A parler avec ce jeune homme à l’assurance tranquille, on oublie parfois que Matthias Orban n’a que 17 ans. Pour lui les JO de Paris en 2024 sont encore loin, et si proches à la fois. Dans une discipline qui ne manque déjà pas de talents en France, il s’affirme comme un nouveau prétendant au plus haut niveau.

Arthur Dirou
Rédacteur / Administrateur

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