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Valentin Lavillenie, la perche dans la peau

Depuis trois ans Valentin Lavillenie s’entraîne entre Clermont-Ferrand sous la houlette de François Juilliard et Monaco où il est installé avec sa fiancée et est coaché par Nourredine Métiri. Le jeune homme exubérant et fonceur est devenu un athlète responsable et réfléchi. Ce grand supporter de l’AS Monaco considère sa discipline comme un dépassement de soi, une manière d’en apprendre chaque jour un peu plus sur son corps et ses limites, afin de les repousser. Au point de décortiquer son saut avec une précision d’orfèvre. Aujourd’hui il veut concrétiser les progrès réalisés auprès de ses deux coachs. Entretien d’un athlète au franc-parler qui n’a pas dit son dernier mot sur les pistes.


La rencontre a eu lieu à Rennes dans le cadre du premier Meeting du Perche Élite Tour. Après avoir pris le temps de signer quelques autographes et se prêter au jeu des selfies, le sociétaire de Clermont Athlétisme Auvergne s’installe dans un coin, à l’abri des regards. C’est parti. Dans cette interview, il se livre avec honnêteté et sans tabou.


— Valentin, vous avez pris part aujourd’hui (17 décembre) au Roazhon Perche, premier meeting du Perche Élite Tour. Qu’attendiez-vous de cette première sortie ?

Je suis content de reprendre le chemin de la compétition, c’est une période un peu dure parce qu’il manque un peu de soleil donc il y a un peu de fatigue. L’objectif aujourd’hui c’était d’enchaîner les sauts, de se faire de la « caisse » et de travailler la vitesse. Reprendre les perches en compétition, c’est cool mais je n’attendais rien de spécial ce soir. J’ai réalisé 5,51 m sur un élan réduit (16 foulées au lieu de 18 représentant un élan complet). Même avec 2 foulées de moins, vous allez me dire que ce n’est pas grand chose mais le schéma de course change, est vraiment différent.


.ʻʻ Je m’entraîne tous les jours pour la compétition ʼʼ


— Vous avez effectué d’importants progrès en sprint, ça doit rassurer…

Tout à fait, pour aller haut en perche il faut un minimum de vitesse. Il y a deux semaines je me suis essayé sur 60m pour m’amuser et ça m’a fait tellement plaisir de m’aligner sur un 60m, depuis le temps que je voulais en faire un. Je ne suis bien évidement pas spécialiste mais mon temps est correct (7″03). Pour être honnête avec vous, le coup de pistolet me fait peur, je pense que je peux être un bon partant mais j’avais peur de voler le départ. Je voulais absolument avoir une référence chronométrique.

Je reste un peu sur ma faim, sur les premiers appuis je sors bien des starting-blocks mais j’ai failli tomber et je fais 7″03 de cette façon, ce qui est relativement satisfaisant. Avant j’avais la prétention d’être rapide alors que je n’avais pas fait de 60m depuis 2009 et à chaque fois on me demandait mes performances sauf que je n’avais pas de référence. Heureusement que je suis rapide parce que je ne mesure qu’1,71 m sinon trouvez moi une qualité (rires).

— Quelle est la suite de votre programme désormais ?

Les différents meetings du Perche Élite Tour et une compétition que je ne louperai pour rien au monde c’est Nevers. J’en garde que de bons souvenirs. Première fois en 2012, je réalise 5,36 m et c’est grâce à cette hauteur que je me qualifie pour la première fois aux Championnats de France Élite. Deuxième fois en 2013, je rebondis après un échec au France Élite en franchissant une barre à 5,65 m et je bats à l’occasion mon record de 13 cm. Troisième fois, en 2015, je réalise 5,80 m.

— Sur le plan technique, avez-vous prévu de travailler un point précis cette nouvelle saison ?

A cette époque de l’année, je réalise deux séances de perche en moyenne mais cela dépend encore de la fraîcheur, des petits bobos. On a essayé cette année de passer plus rapidement sur un élan plus conséquent, c’est à dire que je vais essayer plus facilement de m’élancer avec 14 et 16 foulées, ce que je faisais peu la saison dernière et c’est dans ce secteur que j’ai des problèmes, de ce fait, je n’arrive pas à réellement bien sauter certaines fois. Quand je pars sur 16 foulées à l’entraînement, je me suis souvent surpris, rien à voir avec ce qui s’est passé ce soir et ça c’est encourageant. Par contre je ne peux pas m’engager sur un saut avec un élan complet à l’entrainement, c’est quasiment impossible.

 

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Valentin Lavillenie, au bout de la piste d’élan du sautoir à la perche.

 

— Le niveau de la perche masculin en France est très relevé, qu’est ce que cela vous inspire ?

Le niveau français ne me fait pas peur. Sur le long terme j’aspire à devenir numéro 1 français et je ne suis pas le seul à être dans ce cas là, on le veut tous. Je pense que dans la vie personne n’a rien à prouver à personne, sauf que malheureusement on n’est pas un monde comme ça, tout le monde essaie de prouver à tout le monde et je trouve ça dommage. Il faut faire les choses pour soi-même. Je n’ai pas envie d’avoir de regrets à la fin de ma carrière, mon objectif c’est d’arriver à 100% de ce que je peux faire en athlétisme, et là je pense avoir exploité mon potentiel à 80%.


ʻʻ Mon entourage est beaucoup plus fier de moi, pas sportivement mais humainement ʼʼ


— Vous parliez de l’importance de l’entraînement. Votre coach François Juilliard dit que vous êtes perfectionniste…. 

Quand je pars, François Juilliard me donne une programme précis, jour par jour et on applique et forcément il y a quelques ajustements, évidement on est pas des robots. Si le lundi j’ai un petit bobo, j’adapte ma séance. François me fait confiance, il sait très bien que je travaille pour moi. Si demain je ne vais pas à l’entrainement, il s’en fiche, lui sa carrière est faite. J’ai mon kiné qui me fait faire beaucoup de séances de renforcement au niveau du dos et du spécifique perche ce qui me permet d’éviter les blessures et d’être dans d’excellentes conditions pour être performant en compétition.

Je ne suis pas un champion de l’entraînement, moi tu me mets une barre, de la concurrence en face, tu me mets un couteau entre les dents et là on est bien, là je peux aller sauter. Je suis un compétiteur, ça m’est arrivé de faire 5,20 m toute la semaine à l’entraînement et battre mon record le week-end. C’est ma philosophie. Je m’entraîne tous les jours pour la compétition. C’est de tout mettre en œuvre pour réussir, vouloir gagner, j’ai cette volonté de performance. Je me bats avec les autres, on se pousse vers le haut. J’aime me prouver des choses, que je suis capable de faire des performances, je n’ai rien à prouver à personne si ce n’est à moi-même.

— Quelle est votre relation ?

Pour que François accepte de me prendre en main, j’ai dû le travailler au corps (rires). C’est une personne que je respecte énormément. D’une façon générale, j’ai toujours eu beaucoup de respect pour mon entraîneur. Mais avec François j’ai une forme de respect qui est encore plus grande. Il n’y a pas une seule fois dans la semaine où on ne mange pas ensemble, c’est un rituel. Si demain je dois donner ma vie pour lui je le ferais et ça va dans les deux sens. Je pense très fortement que la relation qui existe entre l’entraîneur et l’athlète est génératrice de performance. 

Lorsque l’on souhaite comprendre ce qui marche ou ce qui ne marche pas, il faut apporter du temps d’écoute. Je m’efforce de ne pas oublier une attitude fondamentale, la qualité d’écoute. Je suis devenu un homme, tout simplement. J’ai changé, j’ai pris en maturité. Mon entourage est beaucoup plus fier de moi, pas sportivement mais humainement. Et pour moi ça a plus de valeur que de faire 7,00 m à la perche. 

— Que vous inspirent les championnats d’Europe en salle à Belgrade (minima à 5,76 m) ? Vous voyez ça de loin pour l’instant où c’est dans un coin de votre tête ?

Ce n’est pas un réel objectif, il faut avant tout arriver à mettre le saut en place qui te permettra d’y aller. Et mon objectif c’est d’arriver à mettre mon saut en place pour l’été. Chaque chose en son temps. Je me dis pas « oh il faut absolument que je réalise 5,78 m pour aller aux Europe ». Pour l’instant la préparation se passe très bien, tous les feux sont au vert. Je dois être en mesure cet hiver de faire 5,80 m maintenant est-ce que je le ferai, ça c’est encore une autre chose. L’objectif ça reste les championnats du Monde à Londres.

— Je vous laisse le mot de la fin…

Oui évidemment, bonnes fêtes de fin d’année à tous. Il faut profiter des fêtes pour retrouver la famille et les personnes que l’on aime.

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