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Meeting de Paris : Mayer et Vicaut à la fête

Les Français ont offert un fabuleux spectacle à leur public lors du Meeting de Paris. Parmi les plus belles performances ressortent celles de Kevin Mayer, auteur de deux records personnels au triathlon, et de Jimmy Vicaut, chronométré en 9″91 sur 100 m. Récit d’une belle soirée d’athlétisme.

Chaud, très show, le Meeting de Paris où tous les facteurs étaient réunis ce soir au stade Charléty pour exploser des records : un soleil généreux, peu de vent, un plateau composé d’athlètes de ce qui se fait de mieux au monde et un public nombreux (16 534 spectateurs). Kevin Mayer en a profité pleinement sur le triathlon (110 m haies, longueur et poids). Sur la lancée de sa prestation de Ratingen (voir notre article), le champion du monde du décathlon continue de surfer sur sa belle forme du moment.

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Deux records personnels pour Mayer

Le vice-champion olympique de Rio a tout d’abord pris le soin de s’envoler à 7,62 m dans le bac à sable, à seulement trois centimètres de son record. Il a ensuite poursuivi avec le concours du poids où il a fait voler son boulet dans le ciel parisien à 16,51 m, et en a profité pour mettre une belle claque à sa marque personnelle de 16,17 m réalisée à Montpellier en mai. En 39 sorties depuis les JO 2016, 37 records personnels ont été battus : « Ça semble banal pour les gens que je batte des records sur chaque sortie mais ça ne l’est pas du tout pour moi. Je m’éclate comme un dingue ! La longueur, je sens que ça peut exploser à tout moment. J’ai des réglages de malade, tout ce que je veux faire, ça se met en place ».

Il a ensuite effacé sobrement les dix haies du stade Charléty en 13″71 (-0,1 m/s) et en a profité pour mettre une belle claque à son record (13″75) : « C’était pas une course très propre mais très content du chrono malgré les petites fautes ». Il remporte logiquement et pour la deuxième fois consécutive le triathlon du Meeting de Paris, avec un total de 2860 points (2746 points en 2017). Cela ne présage que de bon pour le rendez-vous continental de Berlin en août. Quatrième place pour Jeremy Lelièvre avec un total de 2452 unités. 

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Vicaut accélère, Lavillenie battu dans son jardin

Jimmy Vicaut n’a cessé de le répéter hier en conférence de presse : les conditions sont idéales. Idéales pour réaliser une performance de pointe. Deuxième en 9″91 derrière Ronnie Baker, le co-recordman d’Europe du 100 m a bien jailli des blocs avant de se désunir en milieu de course : « J’étais venu pour le battre à la maison, ce n’est pas le cas ». Si l’Américain établit une nouvelle meilleure performance mondiale de l’année en 9”88 (+0,8 m/s), Jimmy Vicaut égale la meilleure performance européenne de la saison. Tous les voyants sont au vert !

Battu par le jeune américano-suédois Armand Duplantis à Montreuil il y a dix jours, Renaud Lavillenie n’a pas réussi à rétablir la hiérarchie et n’a pas décroché une huitième victoire à Paris. Venu pour gagner, le recordman du monde de la perche franchit 5,84 m et termine troisième derrière l’Américain Sam Kendricks (5,96 m) et le recordman du monde junior Duplantis (5,90 m). L’autre français en lice, Axel Chapelle passe 5,60 m.
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Sentiments contrastés pour Bosse

Arrivé dans la Capitale avec une performance d’engagement anecdotique de 1’49″22 sur 800 m réalisée à Arpajon lors du second tour des Interclubs mi-mai, Pierre-Ambroise Bosse a, on peut le dire, remis les pendules à l’heure. La course, emmenée par le lièvre, Kenyan Jackson Kivuya, est partie sur des bases élevées, avec un passage en 50″11 au 400 m. PAB, longtemps en milieu de peloton, est remonté progressivement et a produit son effort à 300 mètres de l’arrivée avant de caler dans la dernière ligne droite.  Le champion du monde de double tour de piste termine septième en 1’45″19, synonyme de niveau de performance requis pour Berlin.

Si le chrono reste anecdotique, les sensations reviennent à coup sûr. La victoire revient au Kényan Ferguson Rotich en 1’43″73. : « J’ai du mal à retrouver le sourire mais ça n’a rien à voir avec ma performance. Je retrouve le goût de l’acide dans ma bouche. J’ai fait 16 secondes au dernier 100 m, c’est nul à chier. Mais il y a bien plus grave dans la vie que de perdre une course en athlétisme ». Pierre-Ambroise Bosse a tenu à avoir un petit mot pour Dorian Montalbano, licencié à Gujan-Mestras, disparu dimanche à Bordeaux dans un accident de scooter : « Ça m’a beaucoup attristé, je souhaite bon courage à sa famille pour cette épreuve ».

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Lamote et Manga en forme au bon moment

Toujours sur 800 m mais chez les femmes, l’intouchable sud-africaine Caster Semenya devient la quatrième meilleure performeuse de tous les temps en 1’54″25 (56″12 au 400 m). Les minima sont tombés en pagaille chez les françaises. Rénelle Lamote (1’59″25) et Claudia Saunders (2’00″47) ont mis les bouchées doubles pour prendre respectivement la huitième et la onzième place, et s’acquitter toutes les deux des fameux NPR pour l’Allemagne : « Cette course m’a ouverte des portes incroyables, je suis vraiment dans la course pour un podium aux Championnats d’Europe » se réjouit Rénelle Lamote qui a pleinement savouré sa prestation. « Je voulais battre mon record personnel et passer sous les deux minutes mais j’étais très excitée de courir ici ce soir », mentionne de son côté Claudia Saunders.

Alors qu’Aurel Manga n’avait été crédité que de 13″54 cet été sur 110 m haies, loin de ses standards habituels, il a considérablement accéléré la cadence dès les séries, avec 13″31, un chrono largement inférieur au niveau de performance requis pour les championnats d’Europe (13″40). Un peu plus tard en finale, le médaille de bronze des Mondiaux en salle cet hiver termine septième en 13″48 : « En séries je réalise un bon chrono mais en finale il y avait un peu trop d’envie et j’ai commis des erreurs. C’est un bon entraînement avant Albi où j’aurai le couteau entre les dents ». En effet, après une première partie de saison en dedans, il se rapproche de son meilleur niveau au bon moment, à une semaine des France Elite. A noter que le grandissime favori, le Russe Sergey Shubenkov a été disqualifié pour faux-départ. Les autres spécialistes tricolores des haies hautes  Pascal Martinot-Lagarde (13″42) et Ludovic Payen (13″63) n’ont malheureusement jamais réussi à trouver leur rythme et sont restés aux portes de la finale.

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Un grand ciel bleu

Dans les tribunes du Stade Charléty, ils arrivent pas dizaines, les supporters des Bleus, qui avaient le cœur à la fête. Bien décidés à donner de la voix pour les athlètes tricolores après la victoire des Français contre l’Argentine lors du Mondial de football en Russie. On a assisté à un beau concours de triple saut féminin. Rouguy Diallo qui avait déjà battu son record avec 14,26 m à Monteuil, a amélioré sa meilleure marque de la saison avec un premier saut à 14,27 m : « J’espérais faire mieux aujourd’hui. Je gagne centimètre par centimètre, ça serait mieux si ça allait un peu plus loin. Je rencontre toujours des problèmes dans ma course d’élan, il reste du temps d’ici Berlin, on a le temps de se régler avec Teddy (Tamgho). » De son côté, Jeanine Assani Issouf bondit à 14,17 m. Dépasser les 14 m, elle commence à en avoir la bonne habitude.

Dans un 1500 m remporté par le Kényan Timothy Cheruiyot dans l’excellent chrono de 3’29″71, ce qui constitue la meilleure performance mondiale de l’année, le premier français s’appelle Simon Denissel (3’36″88) qui coupe la ligne d’arrivée en douzième position : « Il faut s’adapter à chaque course et aujourd’hui ça passe très vite. J’améliore mon chrono d’une seconde par rapport à Nancy (NDLR : 3’37″45), il faudra être capable de pousser plus le moteur pour descendre le chrono ». Derrière, les jeunes talents tricolores Baptiste Mischler (3’37″17) et Alexandre Saddedine (3’37″36) s’offrent tous les deux un nouveau record personnel alors que Samir Dahmani (3’39″05) et Quentin Tison (3’40″31) donnent également satisfaction.

Auteur d’un magnifique départ, Floria Gueï a été dans la course au podium jusqu’au 300 m mais a coincé dans la dernière ligne droite, se classant septième en 51″71, sa meilleure performance de la saison : « Je suis bien restée concentrée sur mon couloir, il me reste des courses avant les Europe pour grappiller des centièmes par ci par là. Ça va me booster encore plus pour la suite ».

Victor Coroller, septième du 400 m haies en 50″03, n’a pas pu rivaliser avec la concurrence. Il pourra au moins dire qu’il a assisté à un moment historique. Le Qatari Abderrahman Samba, chronométré en 46″98 est devenu le deuxième homme de tous les temps à courir le 400 m haies en moins de 47 secondes, derrière le recordman du monde Kevin Young (46″78 en 1992). Tout simplement stratosphérique : « C’est une sensation exceptionnelle de courir sous les 47 secondes c’était un rêve, je suis tellement content je suis en train de voler ».

Alors qu’il était à la bagarre pour réaliser le NPR pour les Europe de Berlin (10″15) sur la finale B du 100 m, Christophe Lemaitre s’est blessé à la cuisse droite. L’Aixois passera une IRM dès demain. En espérant que la blessure ne soit pas trop grave dans l’optique de l’Euro de Berlin. Dans la même course, Mouhamadou Fall termine quatrième avec le beau chrono de 10″17. Enfin, devant une foule amoureuse d’athlétisme qui a assuré le succès de la réunion parisienne, Lolassonn Djouhan lance son disque à 60,88 m.

Article rédigé en collaboration avec Aymeric Dupoux à Paris.

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