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Mouhamadou Fall, le sprinteur qui monte

Mouhamadou Fall N’Dao vit actuellement ce qui arrive à des athlètes talentueux qui percent sur le tard. Après des débuts probants en 2015, le sprinteur de 26 ans n’a pas été épargné des blessures. Mais ce dimanche à Franconville, il réalise 10″14 sur 100 m et prend conscience de ses qualités et de sa marge de progression. Le Franconvillois est entraîné à distance par le recordman de France en plein air du saut en hauteur Mickaël Hanany qui vit aux Etats-Unis. Interview de celui qui est connu pour sa ressemblance avec le footballeur Paul Pogba.

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— Mouhamadou, vous avez pulvérisé une seconde fois dimanche votre record personnel sur 100 m qui était de 10″36 il y a encore un mois. Êtes-vous surpris de cette progression ?

Oui et non. D’un côté, je suis surpris parce que je ne savais pas que ça allait sortir dimanche. On a beaucoup voyagé, j’avais les jambes engourdies en arrivant à Franconville. J’ai couru la semaine d’avant à Albuquerque, aux Etats-Unis, en 10″23 avec vent nul et ma course était logiquement perfectible. D’un autre côté, certaines séances à entraînement nous laissaient, mon coach et moi, envisager que j’étais capable de faire mieux que ces 10″23. Mais encore une fois, l’entraînement c’est bien, il fait le sortir en compétition. 

— Vous n’avez malheureusement pas été épargné par les blessures depuis vos débuts en 2015…

Avec Mickaël on a décidé de ne pas laisser trop de temps sans compétition entre la saison hivernale et la saison estivale. Depuis que j’ai commencé l’athlétisme en 2015 je n’ai jamais réussi à faire une saison complète en enchaînant les courses. A chaque fois, je m’alignais sur deux courses et je me blessais par la suite. Et l’histoire s’est répétée très souvent. Je devais m’arrêter un mois, voir un mois-et-demi à chaque fois que j’avais un pépin physique. Je perdais le rythme de ma progression. Les 10″14, j’aurai déjà du les faire l’année dernière.

— Techniquement, qu’est ce que vous avez changé cette année ?

Je n’ai pas révolutionné ma technique de course. On est resté sur le même schéma, le même type d’entraînement. Je me suis juste jamais entraîné aussi longtemps parce que j’ai eu la chance d’être épargné par les blessures depuis le début de l’année. Mickaël me disait que si on arrivait à avoir trois ou quatre mois, il y a une perf au bout, et il avait raison.


.ʻʻ Notre collaboration à distance marche très bien ʼʼ


— Vous avez également amélioré votre record sur 60 m cet hiver….

Fin 2017 et pour ma rentrée aux Etats-Unis, j’améliore ma meilleure marque sur 60 m en 6″73 mais je me blesse une semaine après. J’ai rien pu faire, même pas un footing. Fin janvier, seulement trois jours après avoir repris l’entraînement j’ai fait 6″77 à Reims. Dix jours plus tard, je bats mon record en 6″68 à Aubière, et tout cela de sans avoir eu le temps pour travailler la vitesse pure.

Vous avez commencé par le foot. C’est parce que vous courriez plus vite que vos coéquipiers que vous vous êtes mis à l’athlé ? 

Il y a quelques années, une nuit, nous nous sommes retrouvés dans la rue devant chez moi avec une dizaine d’amis dont Jean-Christophe Bahebeck, ancien attaquant du PSG. Nous nous sommes lancé un défi. Et si on faisait la course dans la rue ? On l’a fait et j’ai gagné, largement. Les copains n’ont pas voulu le croire. Pour eux, c’était un accident. On a recommencé. J’ai à nouveau gagné. J’étais très loin devant eux alors que les gars faisaient tous du sport. Pas moi. Ils m’ont dit t’as un truc. J’ai répondu “peut-être” sans aller plus loin. 

— Votre coach Mickaël Hanany vit aux Etats-Unis. Comment vous organisez-vous pour l’entraînement  ? 

J’ai pu le rejoindre en novembre et en décembre ainsi que tout le mois d’avril. C’est un petit peu plus compliqué en France où on effectue nos séances tout seul. En octobre, quand la FFA a su que Mickaël restait aux Etats-Unis, elle nous a posé la question de savoir si éventuellement on était intéressé par l’INSEP. Finalement, j’ai pris la décision de choisir la continuité en restant avec Mike. Evidemment j’aurai préféré qu’il reste en France mais je respecte son choix. Pour l’instant notre collaboration à distance marche très bien. Il a la chance de nous connaitre par cœur parce qu’il travaillait en binôme avec Antony Yaïch.


.ʻʻ Il faudra aller encore plus vite ʼʼ


—  Vous avez visiblement passé un gros cap lors de ce stage de Pâques…

Mickaël est sur la philosophie de l’entraînement américain. C’est à dire des entraînements relativement longs et intensifs, avec un enchaînement d’une séance sur piste et d’une séance de musculation. Ce qui correspond à cinq heures d’entraînement par jour. Honnêtement, je ne sais encore ce que je vaux et je ne sais pas encore où je peux aller chronométriquement mais je sais que le pic de forme est encore loin. Si mon corps me laisse en paix, il y a de belles choses à réaliser cet été.

— Vous avez réalisé les minima (10″15) pour les Championnats d’Europe en août. Berlin peut-elle être votre première compétition internationale ?

Chaque année depuis mes débuts 2015, je me mets des objectifs ambitieux en début d’année. Pour la petite anecdote, quand je suis arrivé dans le groupe d’Antony, je lui ai dit que je voulais faire moins de 10″50. Sinon ça sert à rien que je continue l’athlé. Il me disait que j’étais un fou mais j’insistais et je lui disais que c’est ce que voulais faire. Au finale, j’ai fait 10″43. Je m’entraîne uniquement pour des sélections en équipe de France et Berlin évidement que j’y pense. Une sélection avec le relais serait un gros bonus.

Pour aller aux championnats d’Europe de Berlin, cette performance sera-t-elle suffisante ? 

Le niveau du sprint français progresse chaque année. Quand on regarde les bilans du 60 m cet hiver, je n’ai pas souvenir d’avoir vu autant d’athlètes sous les 6″70, il y a donc une belle densité. De ce constat, je suis quasiment sûr qu’on sera plus de trois à descendre sous les 10″15 cet été. Le fait d’avoir réalisé les minima, ça fait toujours plaisir mais ce n’est pas un soulagement, il faudra aller encore plus vite.


.ʻʻ J’entends cette comparaison au moins une fois par jour ʼʼ


— Comment va s’articuler la suite de votre saison ?

On a fait un long voyage, Yoann Rapinier et moi, pour rentrer des Etats-Unis et ça nous a fatigués. Nous sommes partis jeudi 3 mai dans l’après-midi et on est arrivé en France samedi matin. On a besoin de repos un petit peu. Mon prochain 100 m sera à Aix-les-Bains pour le second tour des Interclubs. Je vais enchaîner avec le Meeting d’Oordegem (Belgique) le 26 mai. Début juin, on a pas encore arrêté le programme des compétitions. Le 9 juin, on a une compétition de relais 4×100 m et 4×400 m avec l’équipe de France à Genève.

Grâce aux 10″14, j’espère pouvoir rentrer dans de gros Meetings pour me confronter à une concurrence de haut niveau et ainsi prendre de l’expérience. Dans l’optique de l’Euro Berlin, je dois être capable de rivaliser avec des athlètes de haut niveau pour réussir le championnat. On est a trois mois du rendez-vous européen, il y a encore le temps pour faire descendre le chrono. 

— On a entendu dire qu’on vous confondait souvent avec Paul Pogba…

(Rires) Je suis plus grand que lui ! J’ai un très bon ami qui était en équipe de France des jeunes avec lui et il me disait que c’était mon jumeau. Et depuis qu’il est très connu ça me suit depuis des années mais ça me fait évidement bien rigoler. Honnêtement, j’entends cette comparaison au moins une fois par jour. Dernièrement, je marchais dans la rue et il y a un groupe d’enfants qui courraient vers moi pour faire des selfies et avoir des autographes. Je leur disais que ce n’était pas moi mais ils pensaient que je me moquais d’eux. Ou sinon c’est souvent « Mouhamadou, on t’a déjà dit que tu ressemblais à Pogba ? ». Le pire c’est que maintenant je commence à y croire.

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L’Euro de Berlin, c’est plus que jamais dans les plans de Mouhamadou Fall, surtout si son corps le laisse encore tranquille dans les prochaines semaines.

Rédacteur

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