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Pierre-Ambroise Bosse : « Je ressens l’envie de faire encore mieux »

C’était LA star de la compétition et sa présence au DécaNation samedi à Angers n’est pas passée inaperçue. Loin de là. Des jeunes filles sautillent en hurlant de joie. Elles n’en reviennent pas. Mieux qu’un autographe de Justin Bieber, elles viennent de faire un « selfie » avec Pierre-Ambroise Bosse. Il est venu en toute simplicité, naturel, chaleureux, au milieu des gens. Victime d’une agression il y a deux trois semaines à Gujan-Mestras, PAB a fait sa première apparition en public. Entretien.

— Pierre-Ambroise, tout d’abord, comment vous sentez-vous ?

Oui, ça va beaucoup mieux. Je ne ressemblais pas à ça il y a quelques semaines, et de toute façon, je ne me serais pas montré. Voilà, les choses en surface se sont résorbées assez vite, parce que, quand on est en forme, le corps humain bosse. Les petites fractures ne sont pas encore remises donc il faut encore que je fasse attention à moi.

— Pouvez-vous nous parler de votre agression ?

Une enquête est en cours et je fais confiance à la justice française. Ce n’est pas une histoire personnelle, mais des gens dangereux et qui doivent prendre conscience sérieusement qu’ils le sont. Moi, je suis un non-violent, je résous tout avec les mots. Je n’ai pas de haine particulière et  je pense que ça vient des valeurs que m’ont inculquées mes parents. Je ne suis pas un enfant battu, je pense que ça se voit (rires). Ma vie a commencé avec le sport dès l’âge de six ans et le sport, c’est l’inverse de la violence.

— Pourquoi venir à Angers ?

Déjà, parce que c’est un événement auquel je devais participer. J’avais des Meetings de prévus aussi mais je ne peux pas courir. On m’a proposé de venir pour donner des nouvelles de moi. C’est l’opportunité pour moi aussi d’aller féliciter des gens comme Kévin Mayer, Yohann Diniz, Mélina Robert-Michon que je n’ai pas pu voir encore. Déjà, rien que ça, ça va me faire plaisir. Après, beaucoup de gens m’ont soutenu, j’aimerais les regarder dans les yeux et leur dire merci. J’ai reçu énormément de messages, déjà avant l’agression et même avant la médaille. Il y a trois ans, lors du précédent DécaNation à Angers, ces gens étaient déjà là et je ne les oublie pas.


ʻʻ J’ai reçu des messages très forts ʼʼ


— Êtes-vous surpris du nombre incroyable de témoignages de soutien que vous avez reçus ?

Oui, agréablement surpris. Même si je rebondis très vite de toutes mes épreuves, celle-là était particulièrement difficile à vivre. Ils ont touché à ma tête quoi ! Une cicatrice, un œil qui part : ça aurait pu être crucial, pas forcément que pour ma vie d’athlète. On a touché à quelqu’un de connu, ça a fait mal, ça a touché les gens je pense. J’ai reçu des messages très forts, des pavés de gens qui me racontaient leurs histoires et qui m’ont mis les larmes aux yeux. C’est marquant, dans une vie. Des gens que tu ne connais pas te racontent un bout de leur vie, des histoires qu’ils ne racontent même pas à leur psy et ils me la racontent à moi ! Je vous jure, c’est touchant.

— Comment expliquez-vous un tel élan de sympathie ?

J’aime les gens, mais j’ai toujours pensé le Français un peu jaloux de celui qui réussit. Là, je peux vous dire que j’ai vu le Français sous un autre visage. Croyez-moi, j’ai même vu l’antithèse de tout ça. J’ai vu vraiment un très beau visage de la France ces dernières semaines, et le pire, c’est qu’il n’y a que moi qui l’ai vu. Mais la ferveur, c’est fluctuant. En athlétisme, on ne sauve pas des vies. Dans six mois, on aura oublié un peu ce qui s’est passé. Pour l’instant, les gens veulent me voir, me féliciter pour ma médaille. Dans deux ans, ce sera : « Je crois que je l’ai déjà vu lui, ce n’est pas un sportif connu ?  »

On a tous envie d’avoir notre jardin secret et l’envie de pouvoir boire un verre entre amis sans être reconnu, même si ce n’est pas une sensation désagréable. Parfois, c’est juste un peu trop, c’est d’ailleurs pour ça que je vais aller m’entraîner à l’étranger. J’ai beaucoup aimé l’Australie, par exemple, où je suis déjà allé par le passé. Je pense que je vais y retourner un peu, peut-être deux mois, et je veux tester la Nouvelle-Zélande aussi.


ʻʻ Cette médaille d’or n’est pas une fin en soi ʼʼ


 — Qu’est-ce qui a motivé votre décision de partir vous entraîner en Australie ?

J’ai toujours aimé partir à l’étranger pour découvrir parce que je n’ai pas forcément eu l’occasion de le faire quand j’étais petit et j’aime bien allé dans un endroit où l’on est bien accueilli. J’ai des amis là-bas et pas que des amis coureurs. L’Australie c’est extraordinaire pour s’entraîner. Ce qui est bien avec l’athlétisme c’est qu’on choisi où on veut aller quand on veut, c’est génial. Personne nous voit pendant 90% du temps. Quelle partie de l’Australie ? Je ne sais pas encore.  J’ai quelqu’un à aller voir à Melbourne (rires).

— Quel est votre programme pour les semaines à venir ?

Avec tout ce qui s’est passé, on a pas eu le temps de faire le rétroplanning mais ça va se faire dans les prochains jours. Pour l’instant, je n’ai pas de peps et je n’ai envie de faire du sport. Je n’ai pas récupéré de ma médaille d’or non plus. Nerveusement. En toute honnêteté, c’est plus difficile de vivre après une médaille qu’après une défaite. Une victoire est plus dure à assimiler, nerveusement, et il a fallu que je me fasse agresser pour pouvoir dormir un peu.

— Sportivement, qu’est ce que peut vous souhaitez pour la suite ?

Je ressens l’envie de faire encore mieux. On a parlé d’exploit, mais ça fait quand même 5-6 ans que je m’entraîne à très haut niveau et que je m’envoie des séances de malades mentaux. J’ai fait quatrième aux JO de Rio aussi et j’aurais pu avoir une petite médaille aussi, si j’avais fait d’autres choix peut-être. Donc ce n’est pas vraiment un exploit. Maintenant, j’ai envie de faire encore mieux, d’améliorer mon record personnel, d’encore mieux courir en championnat. Cette médaille d’or n’est pas une fin en soi..


En cette fin d’interview, on a envie de le faire sourire alors on lui demande de faire parler ses talents d’imitateurs et le champion du monde du 800 m se lance tout sourire dans une imitation de la voix si caractéristique de Franck Dubosc. Oui, parce que courir vite n’est pas son seul talent.


Arthur Dirou
Rédacteur / Administrateur

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