Teddy Tamgho, au coeur d’un entraînement avec la « Team Transmission » - STADION-ACTU
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Teddy Tamgho, au coeur d’un entraînement avec la « Team Transmission »

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Le champion du monde du triple saut Teddy Tamgho nous a ouvert à Reims les portes de son entraînement avec son groupe de jeunes talents français de la discipline. Un reportage exclusif signé Arthur Dirou et Julien Caillaud pour www.stadion-actu.fr.

Depuis l’annonce de son arrivée à Reims en septembre, Teddy Tamgho repoussait poliment nos demandes d’entretien. Il souhaitait du temps pour expliquer son choix et évoquer son rôle de coach. Samedi 24 mars, dans le Hall d’athlétisme du CREPS, son jardin depuis six mois, le champion du monde du triple saut a accepté de nous recevoir. En athlétisme, la performance est (trop) souvent privilégié au détriment de la préparation. Teddy Tamgho nous a ouvert les portes d’une séance de bondissements. Pendant plus de deux heures, rien n’a échappé au regard aiguisé du recordman du monde en salle du triple saut (17,92 m). D’une voix calme et posé, il s’est livré sans filtre.

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Échauffement en mode Super Bowl

Il est 15h50 quand Teddy Tamgho arrive dans la salle. Dans le sport, l’harmonie entre athlète et entraîneur est très importante. Teddy Tamgho l’a très bien compris et possède un check différent pour chacun de ses poulains. Les hostilités débutent à 16h00 et doivent comme toute séance normalement constituée, commencer par un footing avant de se poursuivre par des répétitions et des gammes. Mais dans la « Team Transmission », on ne fait jamais rien comme tout le monde. Pour le triple saut, la vitesse et la détente sont des aptitudes physiques essentielles. Elles peuvent être facilement travaillées avec… une partie de football américain. 

« C’est leur footing » explique naturellement Teddy Tamgho. Si les « petits » du champion du monde 2013 sont avant tout des redoutables chasseurs de médailles sur le triple bond, ils ne sont pas des manches avec un ballon ovale non plus. Les jeunes, très liés, qui ont toutes et tous l’âme d’une compétitrice ou d’un compétiteur ne veulent perdre aucun jeu. Des « readyset, hot » pour signaler le départ, des cris d’encouragement, des éclats de rire se sont vite répandus dans le Hall rémois et sont venus rythmer le début de la séance. Oui, la compétition ne se limite pas aux sautoirs de triple saut pour les athlètes.

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Séance de bondissements

À peine quelques jours après la fin de la saison hivernale, le groupe a repris l’entraînement avec le regard tourné vers l’été. À la veille d’une saison estivale importante qui pourrait leur donner un billet pour les différentes échéances internationales, les athlètes entraînés par Teddy Tamgho s’entraînent dur mais sans pression. Pointes aux pieds, le collectif, groupé et concentré avant d’attaquer la séance, écoute attentivement les consignes du sociétaire du Bordeaux Athlé.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, ils se tapent dans les mains et échangent des accolades. C’est parti. Ils enchaînent, à la queue leu leu, des bondissements qui feraient pâlir tous les passionnés d’athlétisme. Rouguy Diallo, championne du monde juniors, est la première à se lancer. Elle est suivie par Illionis Guillaume, championne de France Elite cet hiver, ainsi que par Martin Lamou, Melvin Raffin et Quentin Mouyabi, respectivement premier, deuxième et quatrième des Europe juniors l’été dernier. Après chaque bond, chacun effectue un tour au stand coaching où le saut est décrypté et analysé en vidéo à chaud avec le maestro. Pendant ces instants, le Français leur parle beaucoup, les motive, leur apporte toute sa confiance. 

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Tout pour l’équipe

La séance ressemblait à s’y méprendre à une réelle compétition. Il faut dire que tout au long de la séance, le groupe a mis tous les ingrédients nécessaires pour nous régaler : concentration, performance technique et solidarité. Quand ils sont lancés, plus rien ne peut les arrêter. Dans le bac à sable du Hall Poczobut, les triple sauteurs montent crescendo. La « Team Transmission », c’est bien plus qu’une équipe. C’est une famille. Il suffit d’observer l’ultime bond de la séance de Quentin Mouyabi pour s’en convaincre. Le champion de France espoirs en salle est sur la piste d’élan du sautoir. Regard fixe, respiration profonde, concentration au maximum. Instinctivement, ses camarades lancent une clap général et crient pour l’encourager. Tous ces gestes ne s’apprennent pas, ils s’acquièrent avec un sentiment d’appartenance au groupe.

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Accompagnement psychologique

Dans une quête d’optimisation de la performance, l’athlète de 28 ans travaille aux cotés d’Edem Allado, son associé, et de Catarina Lopes, la psychologue. Ces deux acteurs majeurs du collectif, complètement imprégnés de la philosophie Tamgho, ne sont sûrement pas pour rien dans la réussite des jeunes triple sauteurs. Rigoureux et proches des athlètes à l’instar de Teddy Tamgho, ils savent créer un environnement propice à l’éclosion des athlètes du groupe. À la fin de la séance de bondissements, Teddy Tamgho conseille à l’un d’entre eux d’échanger avec la spécialiste sur les sauts réussis de l’après-midi. Un temps d’échange primordial autant pour les athlètes que pour Teddy Tamgho qui est demandeur d’un retour de la part de Catarina.

L’entraînement se poursuit par un travail excentrique des quadriceps pour toute la troupe. Et comme dans le groupe de Tamgho, on ne fait jamais rien comme tout le monde, c’est à ce moment-là que les gammes sont réalisées avec une corde résistante. De leur côté, Rouguy Diallo et Ilionis Guillaume travaillent leurs pieds et les appuis spécifiques du triple saut. Sur ce travail qualitatif chacun est concentré et attentif, et Teddy Tamgho se montre particulièrement exigeant avec ses athlètes.

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À travers ce reportage qui livre un aperçu de la préparation des athlètes, Teddy Tamgho emploie le nous avant le je. Au nom du collectif. Les athlètes profitent pleinement de l’expérience et du savoir de leur coach. Il fait travailler tout le monde dans le même sens, avec une vision partagée du projet. On est pressé de découvrir ce que l’entraînement va donner sur les sautoirs cet été.

Arthur Dirou

Rédacteur

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