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Timothée Adolphe : « Il faudra rebondir dès cet été à Londres »

Après une année 2016 loin de ses espérances d’un premier titre olympique, Timothée Adolphe a retrouvé le sourire hier au moment de participer aux championnats de France handisport à Nantes. Mais il n’a toujours pas digéré son échec brésilien, conséquence d’une disqualification pour avoir empiété sur la ligne intérieure de son couloir. Engagé dans une journée marathon, le sociétaire du Paris Université Club  a remporté le titre dans les deux épreuves auxquelles il a pris part ce samedi. Finalement amoindri par des soucis au tendon d’Achille, le pensionnaire de l’Insep n’a pas pris le départ du 200m. Accompagné par Gautier Simounet, le “Guépard Blanc” a ouvert de manière éclatante sa compétition en pulvérisant le record d’Europe du 60m (T11) en 7’’38 avant de l’emporter en finale en 7″41. Perfectionniste, il faisait à l’arrivée un peu la fine bouche, se sentant capable d’aller beaucoup plus vite. Mais soutenu par son guide Fadil Bellaabouss, il prenait rapidement le chemin  de l’anneau du Stadium-Pierre Quinon pour le 800m. En 2’15″40, il gonflait son palmarès d’un nouveau titre national. Le médaillé de bronze des mondiaux 2013 et 2015 sur 400m veut tourner la page pour revenir en forme aux Mondiaux à Londres en août. Et pourquoi ne pas y décrocher la plus belle des médailles. 

— Stadion : Bonjour Timothée, première question, comment allez-vous ?

Je sors d’une opération de l’épaule qui a nécessité une rééducation longue et fastidieuse. L’épisode de Rio a été un peu sombre entre la blessure à l’épaule en demi-finale du 100m, alors qu’on était favori, et ma disqualification sur 400m. La blessure que j’ai eue aux JO, entre nous, ce n’est pas une blessure qu’on se fait généralement en athlétisme. C’est plus une blessure qu’on rencontre au judo, au rugby ou dans les sports de contact (rires). Psychologiquement elle fait mal. Il y a un goût d’inachevé. C’est pas un ischio-jambier ou une blessure d’athlète proprement dit. Il y avait vraiment la place d’aller chercher une médaille. Sur 100m, on bat le record d’Europe en série avec 11″11 et la médaille de bronze se prend dans ce même chrono. On va pas dire qu’on a couru la série tranquillement mais ça reste les séries, c’est le matin et il y a pas mal de regrets par rapport à ça. Derrière on gagne facilement la série du 400m contre le brésilien, champion et recordman du monde du 400m qu’on domine. Pour un pied sur une ligne c’est dur mais c’est la règle. C’est beaucoup d’années de travail et d’investissement pour trois appuis sur une ligne. J’allais à Rio pour faire tomber les brésiliens parce que dans ma catégorie en T11 ils étaient favoris.


ʻʻ Il faut tourner la page et en écrire une autre à Londres ʼʼ


— Avec du recul, quel bilan tirez-vous de ces Jeux Olympiques ?

Je ne vais pas vous mentir, il faut avancer mais je crois que pour digérer les JO il faudra rebondir dès cet été à Londres. Je pense que les gens ont vu qu’on avait le niveau pour faire quelque chose. Cette disqualification a également plein d’impact sur mon entourage, mes guides ou encore mon entraîneur. On parle souvent que l’athlète en lui même fait des sacrifices mais il y a du monde autour de moi qui font tout pour me mettre dans les meilleures conditions pour réussir. Je ne cours pas que pour moi. J’ai envie de dire que je cours plus pour les gens qui m’entourent, pour les rendre fiers, que pour moi-même. Il y a beaucoup d’attente et de personnes qui croient en notre projet. Rio ce n’était pas notre heure mais il faut tourner la page et en écrire une autre à Londres.

— Comment s’est déroulé votre stage à Monte-Gordo ?

Mon stage a bien commencé mais rapidement j’ai eu une gêne au tendon d’Achille. C’est une inflammation de la gaine qui entoure le tendon d’Achille. Rien de bien méchant, cela m’arrive de temps en temps une à deux fois par saison. En général, une séance d’ondes de choc et c’est réglé, en 24 ou 48h je peux recourir. Mais malheureusement on avait pas d’ondes de choc avant mercredi (22 février). On a aménagé les derniers jours de stage. J’ai encore quelques douleurs aujourd’hui donc on a décidé de ne pas courir le 200m pour ne pas prendre de risque. On s’est aligné sur 60m et 800m à la fois pour travailler la vitesse et le foncier. Je n’ai pas pu m’exprimer pleinement à cause de cette gène. On est athlète de haut niveau, on doit donc savoir faire avec et gérer les imprévus. Maintenant j’ai quelque jours de repos, Je reprends l’entrainement jeudi et j’espère que mon inflammation sera réglée.   

— Vous repartez de Nantes avec le titre sur le 60m et sur 800m. Dans quel état d’esprit avez-vous abordé ces Championnats de France ?

Je suis content parce qu’il y a un de mes principaux partenaires “Les Chiens Guides” qui est présent. Et aujourd’hui (25 février) on était dans une continuité de travail. Je suis satisfait. Il y a un record d’Europe du 60m (7″38) dès les séries donc même si j’ai repris l’entraînement que fin décembre-début janvier, les jambes sont là. On ne va pas se mentir, je suis frustré du temps en finale (7″41) parce qu’avec le chrono qu’on fait en série sans forcer, on savait qu’on pouvait faire mieux. Mais il y avait la fatigue du voyage d’hier. On est parti à 9h30 de Monte-Gordo et arrivé à 01h30 à Nantes. Je ne cherche pas d’excuse mais il faut remettre les choses dans le contexte et ne pas être trop gourmand. Ce n’est que ma deuxième sortie hivernale. Forcément on voit que sur le 800m qu’il y a encore du travail à faire sur le foncier. 


ʻʻ J’ai une approche de plus en plus professionnelle dans ma pratique de sport de haut niveau ʼʼ


— Quel bilan tirez-vous de vos deux premières compétitions de l’hiver, à Bercy et à Nantes ?

Sur 60m on est régulier. Je réalise 7″42 au Meeting de Paris Bercy (8 février) et 7″38 en série puis 7″41 en finale aujourd’hui. Il y a une base de vitesse qui est là mais il faut continuer à travailler. Ma saison hivernale s’arrête ici parce qu’en handisport il n’y a pas d’échéance internationale comme peuvent avoir les valides à Belgrade. On va donc repartir sur un gros cycle de travail pour être prêt cet été. D’autant plus que la saison va être un peu plus courte parce que les Mondiaux sont en juillet. Mais la date limite pour réaliser les minima est le 9 juin donc c’est tôt, il faudra être vigilant. Les minima ne me font pas peur, ils sont plus faciles que l’année dernière. Maintenant  il faut aller chercher la médaille à Londres.

— Justement, sur quelles distances souhaitez-vous vous aligner à Londres ?

Les Anglais nous ont concocté un programme qui nous permettrait de participer au 100m, 200m et 400m. Pour ma part, depuis 2012 où je suis sur le circuit, c’est la première fois sur une compétition internationale que le programme a été établi de façon très intelligente. On se rapproche de plus en plus de la programmation des valides. Je prends par exemple le 400m où on va avoir un tour par jour. Avant on avait les séries et demi-finales dans la même journée. Il y a donc moins de risque de blessure. On a trois tours de 100m en trois jours, ça ressemble un peu aux valides. Et le 200m également un tour par jour. Mon objectif reste le 100m et le 400m parce que j’ai envie de prendre une revanche par rapport à Rio.

— Quels seront vos ambitions là-bas ? 

On a l’ambition de se voir gagner la médaille d’or. On travaille dur, sans prétention, pour ne viser que la finale. C’est un long travail qui est géré par notre coach et mes guides. Mes performances ces dernières années laissent supposer qu’on est en mesure de s’approprier les records du monde sur 100m et 400m (records personnels à 11″11 et 51″21). Après comme j’avais également annoncé en 2014, j’ai battu les records d’Europe du 100m et du 400m et ils ont mis un peu de temps à sortir. Je suis content que sur le plan européen il y ait une concurrence France-Espagne. Cela remet la catégorie T11 sur le devant de la scène. Et on a de la chance d’avoir de la densité, ce qui est intéressant pour le mouvement handisport aussi.

Timothée Adolphe et Gautier Simounet sont sacrés champion de France du 60m en 7"41 (T11) ! Athlétisme Handisport

Publié par Stadion, l'athlé en direct sur samedi 25 février 2017

— Quelles sont vos conditions d’entraînement actuellement ?

J’ai la chance d’être interne à l’Insep et de profiter des infrastructures. On a des conditions optimales d’entraînement. De pouvoir s’entraîner au chaud quand il fait froid ou humide. C’est du luxe, on ne va pas se mentir. Même si quelques fois le froid ça ne fait pas de mal et ça fait travailler le mental. Il y a juste un point à améliorer c’est la nourriture, tous les pensionnaires le disent. Jusqu’en 2015 je faisais Épernon (Eure-et-Loir) jusqu’à l’Insep. C’était 2h30 aller, 2h30 retour. Cela empiétait sur la récupération et ça générait de la fatigue. L’Insep ça a un avantage indéniable, celui d’avoir sur place les soins de mon kiné Cédric Lucas. On se voit trois fois par semaine et on bosse sur les bobos qu’on peut avoir au quotidien. Et s’il y en a pas, on fait de la prévention pour justement éviter les blessures. Et ça marche plutôt bien. Sur le sprint on travaille la mise en action parce que je suis spécialiste du 400m donc si on veut performer sur 100m et 200m il faut travailler le départ. Il y a déjà des bonnes choses qui ont été assimilées sur ce début de saison. On a pu le voir en série tout à l’heure. Par contre en finale ce n’était pas terrible parce qu’on ne sort pas ensemble des starting-blocks. Cela m’a obligé à me redresser très vite et à terminer plus tôt ma poussée. Excusez-moi du terme, mais techniquement la finale elle était dégueulasse, il n’y a pas d’autre mot. On va également travailler le foncier et l’aérobie qui sont mes points faibles. J’apprécie de plus en plus ces types de séance. Je pense que c’est l’expérience qui rentre en jeu avec mes cinq guides et que je rémunère. J’ai une approche de plus en plus professionnelle dans ma pratique de sport de haut niveau. On ne laisse vraiment rien au hasard. Il y a toute une équipe autour de moi. Cela fait partie de la professionnalisation du mouvement paralympique. 


ʻʻ  J’aimerai aller chercher le titre mondial ʼʼ


— Comment jugez-vous l’engouement et la médiatisation du grand public pour l’handisport ?

On a besoin de partenaires et il y a à l’heure d’aujourd’hui des entreprises qui sont intéressées pour vivre un réel projet humain. L’handisport véhicule des valeurs fortes qu’on peut retrouver dans une entreprise comme la performance, le dépassement ou le progrès. On est sur une bonne dynamique avec la médiatisation des JO grâce à France Télévision et le grand public a répondu présent également. La preuve on était à Nantes il y a deux ans et il n’y avait pas autant de médias. C’est d’un autre côté à nous sportifs de rendre ces compétitions intéressantes et attrayantes. Mais les médias ont aussi un rôle important à jouer en contribuant à promouvoir la pratique du handisport. La performance d’un athlète handicapé prouve sa capacité à surmonter son handicap, afin d’être considéré comme des sportifs valides.

— On imagine que vous êtes reparti sur la piste au moins jusqu’aux Jeux de Tokyo ?

On a le record du monde dans les jambes. Il ne faut pas brûler les étapes. On a fait troisième aux Championnats du Monde en 2013 et 2015, j’aimerai aller chercher le titre mondial. Je sais qu’on en a les capacités. Mais c’est bien beau de dire cela mais à un moment il faut agir. Le titre à Tokyo j’y pense forcément. Je viens de voir que Budapest a retiré sa candidature et qu’on se retrouve face à Los Angeles qui est un gros candidat. Je pense qu’on a un beau dossier qui est mieux construit qu’en 2012 et plus porté par le mouvement sportif même si au début j’étais un peu sceptique. Ça peut avoir un certain poids sur le résultat final. Alors c’est vrai que si Paris s’apprête à accueillir les JO 2024 peut-être que j’aurai envie de m’engager sur quatre ans de plus mais ça serait encore beaucoup de sacrifices. Et le 400m c’est une discipline qui use, ça il faut l’avoir en tête, j’aurai alors 34 ans. Si je me relance sur quatre ans c’est pour aller chercher quelque chose surtout à domicile. Ce n’est pas pour aller et me faire sortir en séries ou en demi-finales. J’irai aux Jeux de Paris que si on croit en nos chances. Devant le public français je n’ai pas envie d’offrir une sortie décevante. Le recordman actuel du 400m Daniel Silva a bien battu le record du monde (49″82) à 32 ans. Alors je me dis que c’est possible si les blessures me laissent tranquille. C’est encore long, j’ai sept ans devant moi encore et beaucoup d’autres compétitions internationales à venir. 

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