Urban Trail de Lille : Record d’Europe pour Jimmy Gressier sur 5 km avec Yann Schrub à ses trousses, record de France pour Cassandre Beaugrand sur 10 km

04 avril 2026 à 16:50

L’Histoire s’est écrite en direct sur notre chaîne YouTube ce samedi. Et il ne fallait surtout pas avoir un petit creux ou une envie pressante, au risque de louper une miette de l’Urban Trail de Lille. Ils avaient fait de leur opposition un rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte et leur bras de fer a été dantesque. Jimmy Gressier a enivré la capitale des Flandres de son bonheur en négociant le 5 km en 12’51, record d’Europe à la clé, cinq secondes devant Yann Schrub (12’56), qui aurait pu s’approprier la nouvelle marque continentale sur la distance. Sur 10 km, Cassandre Beaugrand est devenue la première Française à casser la barre des 31 minutes, avec un temps de 30’52. Récit d’une incroyable après-midi de course à pied.

On vous avait pourtant prévenu : Vous n’aviez aucune excuse pour déserter notre chaîne YouTube ce samedi. Et pour cause, une page d’histoire s’est écrite dans la capitale des Hauts-de-France. Le monde de la course à pied était en apnée : Jimmy Gressier, champion du monde 2025 du 10 000 m à Tokyo, et Yann Schrub, recordman d’Europe du 10 km (26’43 le 23 février 2026 à Castellón en Espagne), se défiaient sur 5 km. Un air de déjà-vu. L’an passé, ces deux mêmes fusées du macadam avaient fait basculer la discipline dans l’irréel en claquant deux chronos stratosphériques. Le Boulonnais s’était octroyé une nouvelle marque de référence du Vieux Continent (12’57), tandis que le Messin avait signé un coup de tonnerre chronométrique en 13’00. La question n’était pas de savoir si le record d’Europe allait être battu, mais si la meilleure marque planétaire de 12’49 allait être abaissée, et surtout, qui franchirait la ligne d’arrivée en tête ?

 

Jimmy Gressier : « Je suis capable de courir 12’40-12’45 sur la route »

Autant vous dire qu’on s’attendait à un bras de fer entre deux des plus grands fondeurs tricolores de l’Hexagone. Un combat de boxe. Un clash. Appelez-le comme vous le voulez. On a vécu un moment d’anthologie dans une ambiance digne du Tour de France. Mis en orbite par Romain Mornet, présent aux Mondiaux en salle sur 1500 m, et Pierrik Jocteur-Monrozier (passage au 1er km en 2’33, 2e km en 5’12, 3e en 7’50 et 4e km en 10’25), les deux amis dans la vie mais rivaux en compétition ont dévalé le Boulevard de la Liberté à des allures stratosphériques (plus de 23 km/h). Au terme d’une dernière ligne droite irrespirable, le « P’tit gars du Chemin-Vert » a une nouvelle fois fait parler son finish pour retrancher six secondes à son propre record d’Europe. Un chrono hallucinant de 12’51, à deux secondes de la meilleure marque planétaire détenue par l’Éthiopien Berihu Aregawi depuis le 31 décembre 2021 à Barcelone (12’49).

À quoi reconnaît-on un immense champion ? Après avoir clamé haut et fort son envie de marquer les esprits, Jimmy Gressier aussi a admis ne pas être en pleine confiance. Après le tourbillon d’émotions provoqué par ses deux médailles au pays du soleil levant, le retour au quotidien n’a pas toujours été facile pour lui. « C’était vraiment une course incroyable. Je savais que Yann (Schrub) était en forme. J’ai eu beaucoup de mal à me remettre de mes émotions après les Mondiaux : la redescente émotionnelle a été dure à gérer. J’ai su me remettre en question. J’ai fait beaucoup d’efforts ces cinq dernières semaines, car il y avait un Yann ultra en forme. Je lui tire mon chapeau, car, comme il le dit lui-même : « c’est dans la concurrence qu’on se tire ». Je pense aussi à Etienne (Daguinos). Tous les supporters français doivent être fiers d’avoir des athlètes de ce niveau, qui s’entendent aussi bien et se poussent vers le haut. J’ai attaqué de loin. Quand je vois à la fin que je suis à 12’35 et qu’il ne me reste pas beaucoup de mètres à grappiller, je me dis : ‘’Non mais le record du monde il est là’. Honnêtement, je pense que je suis capable de courir 12’40-12’45 sur la route », savoure le médaillé de bronze du 5000 m à Tokyo en septembre 2025.

 

 

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L’aérodynamisme au service de la vitesse

Pour l’accompagner dans cette quête, KIPRUN, marque running et trail de DECATHLON, a ainsi co-développé avec Jimmy Gressier une panoplie aérodynamique unique. Conçue à partir de composants techniques sélectionnés pour leurs propriétés aérodynamiques, elle permet de limiter la traînée générée par sa foulée. Ajustée avec précision grâce à un scan 3D de son corps, la panoplie a fait l’objet de tests en soufflerie dans des conditions et à des plages de vitesse similaires à celles nécessaires pour faire tomber le record d’Europe. Un travail de haute précision, associé à une démarche scientifique, qui permet de transformer cette panoplie en un véritable outil de performance, capable de générer les gains marginaux nécessaires pour repousser les limites de la performance.

 

 

À l’issue de la cérémonie protocolaire, le poulain d’Arnaud Dinielle donnait sa coupe et sa pancarte de nouveau recordman d’Europe à son grand-père Daniel Robert. Nul doute que ces trophées viendront se loger dans l’appartement de ce dernier à Boulogne-sur-Mer, véritable armoire à trésors des exploits de Jimmy Gressier.

 

Yann Schrub ne perd pas le Nord

Il l’avait annoncé à l’issue de sa médaille de bronze sur 3000 m aux Championnats du monde en salle à Torun, en Pologne, fin mars. Le recordman d’Europe du 10 km avait la ferme intention d’inscrire son nom au palmarès à Lille. Le finaliste du 10 000 m des JO de Paris 2024 a lancé les hostilités aux alentours du troisième kilomètre. Quitte à lancer à ses adversaires des regards pour leur demander de le relayer. « Je voulais donner le meilleur de moi-même et aller jusqu’au bout de mes forces. L’hiver était déjà réussi, donc je visais vraiment le record du monde. Quand j’ai vu qu’on ralentissait, j’ai pris les devants. Bravo à Jimmy, il a tiré le meilleur de nous deux aujourd’hui. Il a attaqué au bon moment. Cela fait deux fois qu’il gagne chez lui sur 5 km, et quand le combat est dur comme ça, la victoire est d’autant plus belle. Je suis content de faire un petit break maintenant », retrace le troisième de l’épreuve, derrière Jimmy Gressier (12’51) et l’Éthiopien Addisu Yihune (12’54). Légère alerte : le protégé de Dominique Kraemer a ressenti une douleur à l’aine cette semaine. Ses yeux sont désormais rivés sur les championnats d’Europe à Birmingham (10 au 16 août).

 

Flavien Szot : Une ambiance digne « du virage Pinot au Tour de France »

Flavien Szot se classe troisième Français en 13’18, nouveau record personnel à la clé. Une (presque) surprise. « J’étais venu pour 13’30 ». Vraiment ? « Il abuse », s’amuse Luc Le Baron (28’00 sur 10 km) avec qui il s’entraîne à l’INSEP sous la houlette d’Adrien Taouji. « Pendant trois kilomètres, j’essaye de recoller le groupe de devant. Je n’ai pas réussi. L’ambiance était incroyable. La route était hyper étroite », reprend le pensionnaire de l’Entente Savoie Athle. Une ambiance qu’il décrit comme digne « du virage (Thibaut) Pinot au Tour de France ». Les deux inséparables s’envoleront en Afrique du Sud du 16 avril au 14 mai pour préparer la saison estivale. Chez les femmes, Aude Clavier a réalisé un temps de très bonne facture (15’16). « Je voulais faire mieux que mon premier 5000 m de l’année dernière (15’26″57 le 14 juin 2025 à Vienne en Autriche). Je suis partie vraiment tranquille », souligne la sociétaire d’Amiens UC « Au final, je finis trop bien. J’en ai encore sous le pied », poursuit celle qui était en stage en Afrique du Sud. Elle s’alignera au 10 km de Valenciennes dimanche prochain (12 avril) avec l’objectif de s’approcher des 31’45. Voire mieux.

 

Record de France pour Cassandre Beaugrand sur 10 km, Clara Entresangle sur ses pas

Une nouvelle marque de référence hexagonale par course. C’est désormais le tarif habituel pour Cassandre Beaugrand. En effet, dire que c’est une surprise serait mentir : C’est néanmoins un retentissant exploit, pur et simple. Après un record de France à la Monaco Run Gramaglia le 9 février 2025 sur 5 km (14’53), la championne olympique de triathlon à Paris a récidivé sur le double de la distance. Venue en terres nordistes pour « se faire plaisir », la quintuple championne de France de cross-country chez les jeunes entre 2013 et 2017 s’est adjugée le temps de référence tricolore sur 10 km (30’52), jusqu’alors détenu par Alessia Zarbo (31’00 à Prague en septembre 2025).

« Je suis très compétitrice, quand je m’aligne sur une course, j’ai envie de bien figurer. Je venais pour tenter les 31 minutes et, au final, j’avais de bonnes jambes. Musculairement, j’ai vraiment coincé à la fin. Je ne sais pas si ça s’est vu, mais j’étais pleine de crampes ! Je me suis accrochée. Ça fait mal, un 10 bornes, donc félicitations à tous, parce que j’ai beau croire que le triathlon, c’est dur, la course à pied peut être vraiment dure aussi », relève celle qui a fait voler en éclat son record personnel (33’12 en 2016 à Rome). Je suis persuadée qu’avec un peu de travail, je peux l’améliorer. Je n’ai jamais regardé ma montre. Je me suis mise en mode compétitrice. J’avais vraiment l’impression qu’il y avait du monde tout au long du parcours. J’attendais mon nom à chaque fois que je passais. »

 

 

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Un record de France peut en cacher un autre. Lauréate du 10 km d’Aix-les-Bains le week-end dernier, où elle avait marché sur l’eau (31’50), Clara Entresangle, championne du monde universitaire de cross court, a égalé la meilleure marque espoirs, détenue également par Sara Benfares depuis 2022 (31’45 à Hyères). À noter le deuxième meilleur chrono de l’histoire sur 10 km en 28’58 d’Agnes Jebet Ngetich. La Kényane échoue à douze secondes de son propre record du monde, établi en 2024 à Valence (28’46). L’Italienne Nadia Battocletti, récente championne du monde en salle du 3000 m, s’est illustrée en claquant le deuxième meilleur chrono européen de l’histoire, en 30’08, à une toute petite seconde de la Britannique Megan Keith (30’07 à Castellon en 2026).

 

 

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Simon Bédard opportuniste, Etienne Daguinos et Bastien Augusto n’ont pas été au bout de leur effort

Lui-même ne le croyait pas. Et pourtant, c’est bien lui. Simon Bédard s’est classé premier Tricolore du 10 km. Flashé en 27’54, le ténor de Haute Bretagne Athlétisme a pulvérisé son record personnel de 11 secondes (ancien : 28’05 à Valence en 2025). « Lundi, j’étais encore aux États-Unis. Je ne dors que 5 heures par jour », éclaire-t-il. Je me suis retrouvé assez esseulé au troisième kilomètre. Dans le dernier kilomètre, j’ai réussi à lâcher les chevaux. »

 

 

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Respectivement cinquième (59’27) et huitième (1h00’29) du semi-marathon de Berlin le week-end passé, Etienne Daguinos et Bastien Augusto ont préféré mettre le clignotant. Partis sur des bases de moins de 27 minutes, les deux Bleus espéraient enchaîner avec un chrono de haut vol sur 10 km. À 19 ans, Khairi Bejiga a inondé de son talent l’Urban Trail de Lille en s’imposant sur le 10 km en 26’51. L’Éthiopien a été accompagné sur le podium par deux Kényans, Laban Kiptoo Kosgei (26’59) et Cornelius Konor (27’06). Lille s’impose comme la capitale tricolore de la course à pied. Un an après leur duel mémorable, Jimmy Gressier et Yann Schrub ont récidivé. On ne leur pose même pas la question de leur présence en 2027 : La réponse est déjà connue. On ne donne pas cher de notre peau que le record du monde tremblera à nouveau.

 

 

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REPLAY de l’Urban Trail de Lille 2026

 

Tous les résultats de l’Urban Trail de Lille 2026

Texte : Renaud Chevalier 
Crédits photos : Etienne Heugue / STADION

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