On a assisté à une véritable démonstration de Jimmy Gressier qui s’est offert un quatrième titre national sur 10 km en 27’47 à Troyes ce dimanche, après avoir assommé la concurrence dès le départ. Chez les femmes, l’espoir Louise Bailly a déjoué les pronostics pour s’imposer en 32’34.
La capitale de l’Aube a pris des airs de grand rendez-vous populaire en ce dimanche pluvieux de mai. Dans les rues bondées d’admirateurs du champion du monde du 10 000 m ou de simples curieux, le gratin français du 10 km a impressionné. Après l’arrivée des semi-marathoniens partis à 8h30, place à la scène nationale. Les plus jeunes (de moins de 18 ans), accompagnés des plus âgés (de plus de 40 ans), ont ouvert le bal à 10h45. Déjà, la densité et l’intensité de l’effort ne sont pas passés inaperçus.
Une heure plus tard, c’était au tour des dames de s’illustrer. L’espoir Louise Bailly (32’34, Grand Toulouse Athlétisme) a très vite pris les commandes pour s’imposer avec autorité. « Je suis super contente, parce que c’était mes premiers Championnats de France de 10 km. Comme je ne connaissais pas trop les noms, je ne me suis pas mise de pression », a raconté la Toulousaine après avoir coupé la ligne d’arrivée avec 40 secondes d’avance sur ses premières poursuivantes.
Puis, à 12h45, est venu le moment attendu de la journée : l’entrée en piste de Jimmy Gressier, qui s’est acquitté des minima européens EA pour les Championnats d’Europe de Birmingham grâce à un chrono de 27’46. « J’ai dit aux gars : ‘Si vous voulez chercher un chrono, mettez-vous derrière moi’. Mais comme d’habitude, je n’arrive pas à me contenir et, avec le public, je suis passé en 2’40 au 1000 m. Je me suis retourné, il y avait plus personne, a souri le champion du monde du 10 000 m, parti seul vers le titre. Je suis content d’avoir fait moins de 27’50 parce que c’est ce que j’étais venu chercher. Je n’ai pas fait le malin, c’était dur quand même, je n’avais plus rien dans les jambes. Il va falloir retourner à l’entraînement et continuer de bosser ». La course était également ouverte au grand public (Open), qui s’est élancé dans la foulée des meilleurs Français.
Des masters aux espoirs, la relève répond présent
Le Nancéien Benjamin Choquert (28’59, Nancy Athlétisme Métropole) n’a laissé aucune chance aux jeunes pousses du fond français. Le master 1, référence du duathlon tricolore, a frappé fort. Il repart du « Bouchon de Champagne » avec le record de France de sa catégorie et un titre national. « Il y a quelques faux-plats montants et, avec le vent, ce n’était pas facile de relancer seul tout le temps. Mais le plus important, c’était le titre », a résumé « Ben choco ».
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Derrière lui, les juniors se sont battus pour les médailles et les places d’honneur. Les étoiles dans les yeux, Clément Hostache (29’42, Etoile Dreux Athletic Club) lance : « C’est une grosse surprise ! Je venais prendre du plaisir, donner tout ce que j’avais et peut-être viser un podium. À 500 m, j’ai vu que je pouvais revenir. Je savais que j’allais être dans le top 5 et que le podium était faisable. La cerise sur le gâteau, c’est mon record de 10 secondes ». La breloque dorée chez les cadets revient logiquement à Malo Kerhamon (Fibre Elite Running) en 30’03.
Vainqueur chez les M4, David Maurice (33’32, Val Saint-Pierre Athlétisme) a été obligé de se montrer stratégique jusqu’au bout. « On m’a dit qu’il y avait deux M4 derrière moi, donc j’ai accéléré progressivement. Dans les 200 derniers mètres, j’ai sprinté à fond pour être sûr qu’il n’y ait pas un arbre qui cache un M4 », a-t-il plaisanté.
Louise Bailly haut la main, Mathilde Sénéchal s’arrache
Déjà sacrée championne de France espoir du 5 km à Fréjus en octobre dernier, Louise Bailly (19 ans) confirme son talent. Avec un temps de 32’34, la spécialiste du triathlon a élevé le niveau, déjà relevé au départ. « La Belge (Julie Voet) est partie devant, mais je ne me suis pas affolée. J’ai pris la foulée de Laly Porentru (sacrée chez les U20 en 33’42), puis je suis revenue. Au 8e kilomètre, j’ai regardé devant et j’ai profité. »
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Derrière elle, la lutte pour le podium a été beaucoup plus indécise. Mathilde Sénéchal (33’14, AJ Blois-Onzin), la championne de France du marathon 2025, a longtemps serré les dents avant de décrocher l’argent. « Je suis partie sur un rythme assez élevé, même si j’ai déjà couru 1 minute plus vite. Je suis contente d’avoir tenu, parce que je sentais que j’avais mal aux jambes, mal au ventre, et j’ai réussi à tenir cette difficulté mentalement jusqu’au bout. » Informée tardivement de l’avance prise par les espoirs, elle a accéléré pour les rattraper, mais « surtout pour que ça se termine, parce que je n’en pouvais plus ».
Sarah Hasni (33’15, Alès Cévennes) complète le podium après une belle bagarre dans les derniers kilomètres. « J’ai progressivement accéléré parce que je sais que je n’ai pas de finish. Mathilde m’a doublée, puis je suis revenue avant qu’elle repasse devant à la fin. C’était une belle guerre, a retracé la médaillée de bronze, ravie de repartir avec sa première médaille nationale autour du cou. J’avais fait 4e à Roanne il y a deux ans, donc je visais un top 5. Une médaille, ça fait toujours plaisir ». La doyenne de la course, Christiane Krabal (Master 9, AC Château-Thierry, 1h09’23), bientôt 81 ans, a elle aussi eu droit à un tonnerre d’encouragements. « Je n’ai jamais été autant encouragée à l’arrivée », savourait-elle, entourée de ses partenaires de club.
Jimmy Gressier, seul au monde
Le suspense ? Inexistant. Jimmy Gressier a rapidement étouffé la concurrence avant de filer seul vers le titre. Après son succès, le recordman d’Europe du 5 km a surtout tenu à remercier le public : « Merci de votre présence, merci de rendre ce sport aussi beau. Il y a quelques années la course à pied on disait que c’était un sport nul à pratiquer et aujourd’hui, tout le monde s’y met. C’est grâce à vous. »
Puis le Nordiste de 29 ans s’est livré avec sincérité sur son rapport à la performance : « Je pense que je suis né pour répondre à la pression, pour aller chercher des choses extraordinaires, du moins, je travaille au quotidien pour me procurer cette chance d’aller chercher des résultats qui me rendent vivant au quotidien. Je sais la chance que j’ai et généralement ça paie, parce qu’il n’y pas de triche, que du travail derrière tout ça ». Très sollicité après l’arrivée, le quadruple champion de France du 10 km (2017, 2019, 2022 et 2026) a enchaîné les autographes. Pas de repos pour le protégé d’Adrien Taouji, qui s’alignera sur 1500 m au Meeting Diamond League de Stockholm (7 juin) et qui sera, ce soir-même, déjà dans le train en direction de Font-Romeu pour quatre semaines d’entraînement.
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Simon Bédard (Haute Bretagne Athlétisme, 28’34) s’adjuge la deuxième place juste devant Abderrazak Charik (28’35, Racing Multi Athlon). Pour l’un et l’autre, le job est fait. « Je savais que je ne pouvais pas gagner. Jimmy m’a proposé de le suivre, mais ça allait être un peu trop rapide vu les conditions. Je sors d’un gros stage d’entraînement, donc je savais que je n’avais pas 27’40 dans les jambes », confie le vice-champion de France, tourné vers la Coupe d’Europe du 10 000 m à La Spezia (Italie, le 23 mai), avec dans le viseur un chrono sous les 27’30.
Pour le Franco-Algérien, pas de déception, mais de la satisfaction. « Les conditions n’étaient pas favorables pour faire un chrono. Je savais que ça allait se jouer au sprint et malheureusement quand tu te retrouves derrière un mec qui fait 7’45 au 3000 m, c’est un peu compliqué. J’ai fait le nécessaire, donc je suis très fier d’avoir honoré le maillot du club », a-t-il déclaré, déjà concentré sur son prochain objectif : passer sous les 28 minutes sur 10 km, rejoindre définitivement les meilleurs Français et aller chercher le titre national algérien.
Inès Hamoudi bat le record du semi
Sur le semi-marathon, le Marocain Moussab Hadout a bouclé la course en 1h03’33. Ce manque de densité lui coûte peut-être un record personnel qu’il aurait aimé abaisser, même s’il a pris du plaisir à l’emporter. Derrière lui, Emrik Sizarols (1h08’11, CA Beglais) et Julien Parisot (1h08’15, SDA Aix-en-Othe) sont également montés sur la boîte.
Inès Hamoudi a doublé la mise en établissant le nouveau record de l’épreuve (1h10’34, Racing Multi Athlon), tout en améliorant son propre record (1h11’11 à Nice le 19 avril). Lessivée, elle s’est affalée au sol avant d’être rapidement prise en charge par la Croix-Rouge pour lui apporter le soutien nécessaire. « La course n’a pas été facile, les jambes n’étaient pas trop présentes aujourd’hui, mais je me suis bien battue et je suis très fière de m’être accrochée mentalement, a-t-elle raconté plus tard dans la matinée. Des fois, il ne faut plus se concentrer sur la douleur physique, mais se rappeler qu’on est là pour ça. On s’entraîne tous les jours pour ne rien lâcher. La tête prend le relais, même quand les ressources ne sont plus là. Il faut se souvenir du plaisir, de la passion et des heures de travail effectuées ». Huitième au scratch, elle a été soutenue par un pacer, Antoine Michon, qui lui a évité de se retrouver seule sur les 21 kilomètres. Laëtitia Bleunven (1h15’33, Stade Brestois) et Emilie Jacquot-Claude (1h17’15, Athlé Sports Sarreguemines Arrondissements) ont complété le podium chez les féminines.
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Pilotée par la ville de Troyes, la 31e édition du Semi-Marathon a réuni plus de 10 000 participants, répartis sur les trois épreuves au programme. Avec 3500 coureurs sur le semi-marathon, 1050 inscrits au challenge entreprise et 5600 finishers du 10 km, dont 3600 pour le championnat et 2000 en open. Après cette belle fête du running tricolore, la cité champenoise vous donne d’ores et déjà rendez-vous l’année prochaine pour rassembler la fine fleur française du semi-marathon.
Tous les résultats des Championnats de France du 10 km 2026
Texte : Sabine Loeb
Crédits photos : Clément Zunino & Camille Folastre / STADION






















