Maxime Chaumeton : « Quand je suis en France, j’ai le sentiment d’être à la maison »

10 juin 2026 à 10:24

Un autre cadeau tombé du ciel dans un demi-fond français en plein boom ? Irrésistible sur le 5 km de la première édition du Brest Arkéa Running Tour, Maxime Chaumeton souhaite porter les couleurs tricolores lors des grandes compétitions internationales. Né à Johannesburg d’un père français et d’une mère sud-africaine, l’athlète de 25 ans, auteur notamment d’un impressionnant 26’55 sur 10 km et de 13’06 sur 5 km, affiche avec fierté son attachement à la France. Stadion l’a rencontré à la veille de sa course dans son hôtel de la cité du Ponant.

— Maxime, pouvez-vous vous présenter et nous raconter comment vous êtes arrivé à l’athlétisme ?

Je suis né à Johannesburg, en Afrique du Sud. Mon père est français et ma mère est sud-africaine. J’ai grandi en Afrique du Sud et j’ai effectué une grande partie de ma scolarité au lycée français Jules-Verne de Johannesburg. Vers l’âge de 13 ans, j’ai décidé de changer d’établissement. J’étais davantage attiré par le sport que par les études. J’ai intégré une école sud-africaine à caractère militaire, ce qui me permettait notamment de jouer au football contre les autres écoles du pays. J’ai continué le football pendant quelques années jusqu’au jour où j’ai rencontré le fils de celui qui allait devenir mon entraîneur. Nous avons couru un 800 m interscolaire et je l’ai battu sans avoir jamais suivi d’entraînement spécifique.

 

— À quel moment avez-vous compris que vous étiez fait pour la course à pied ?

Son père, Hendrick Ramaala, est alors venu me voir. C’est une légende de la course à pied en Afrique du Sud, vainqueur du marathon de New York en 2004, ancien recordman national du 10 000 m et du semi-marathon, médaillé mondial sur semi-marathon et multiple top 10 au marathon de Londres. Il m’a simplement dit : « Si tu arrives à battre mon fils sans t’entraîner, pourquoi ne pas essayer l’athlétisme ? ». J’ai commencé à courir sérieusement à 16 ans. Puis à 17 ans, je me suis complètement investi dans le projet.

« Plus le temps passe, plus je me sens Européen et Français »

— Les résultats sont-ils arrivés rapidement ?

Pas vraiment. Mon entraîneur voulait construire les choses progressivement. Moi, je voulais directement courir sur route, mais il m’a imposé la piste. J’ai commencé par le 1500 m et le 3000 m, des distances que je n’aimais pas forcément. J’ai pourtant réalisé 3’43 sur 1500 m à 17 ou 18 ans, ce qui reste aujourd’hui mon record personnel. Ensuite, il m’a progressivement fait monter sur les longues distances. Son programme est orienté semi-marathon et marathon. Il m’a toujours répété qu’il fallait maîtriser les distances plus courtes avant de passer aux suivantes. Petit à petit, les performances sont arrivées. J’ai notamment couru 13’06 sur 5 km à Lille le 4 avril. Honnêtement, je pense valoir autour de 12’50 aujourd’hui.

 

— Que représente pour vous ce chrono de 26’55 sur 10 km à Brasov (Roumanie) le 5 octobre dernier ?

Cette performance aurait pu constituer un record de France si j’avais déjà été éligible. J’étais évidemment heureux de battre le record d’Afrique du Sud, mais plus le temps passe, plus je me sens Européen et Français. En Afrique du Sud, on me rappelle souvent que je ne suis pas vraiment africain. Quand je suis en France, j’ai le sentiment d’être à la maison.

« Je suis dans ma troisième année sans sélection internationale »

— D’où vient cette envie de représenter la France ?

Mon père est français, toute ma famille paternelle vit ici et j’ai toujours passé mes vacances en France. Aujourd’hui, je suis licencié au Racing Multi Athlon, j’habite une partie de l’année à Courbevoie et je me sens profondément attaché à ce pays. J’aimerais vraiment avoir l’opportunité de courir sous les couleurs françaises. Ce serait quelque chose de très spécial.

 

— Où en sont les démarches ?

J’ai déjà pris contact avec World Athletics pour comprendre le processus. La règle impose généralement trois années sans représenter sa sélection nationale avant de pouvoir changer d’allégeance sportive. Ma dernière compétition sous les couleurs sud-africaines remonte aux Championnats du monde de semi-marathon de Riga (Lettonie), le 1er octobre 2023. Aujourd’hui, je suis dans ma troisième année sans sélection internationale. J’espère donc que le dossier pourra avancer rapidement.

« Une densité incroyable »

— Que pensez-vous de la densité actuelle du demi-fond et du fond français ?

Franchement, je trouve ça exceptionnel. Quand on regarde Jimmy Gressier, Yann Schrub, Valentin Gondouin, Bastien Augusto, Etienne Daguinos ou encore Félix Bour, on voit une densité incroyable. À mes yeux, le niveau français est aujourd’hui largement supérieur à celui de l’Afrique du Sud. Je pense même qu’une équipe de France alignée sur un Ekiden pourrait battre des records impressionnants. Cette émulation est très motivante pour moi. J’aimerais progresser à leurs côtés.

 

— Quels sont vos prochains objectifs chronométriques ?

À court terme, j’aimerais attaquer un 10 km en 26’30. Mon entraîneur m’a toujours appris à progresser étape par étape, mais je pense que j’ai désormais le niveau pour tenter quelque chose de très ambitieux. Si je vise 26’30 et que je manque légèrement mon objectif, je peux tout de même courir 26’40 ou 26’45. Je préfère essayer quelque chose de grand.

« Je me vois capable de courir un jour en 2h01 ou 2h02 »

— Peut-on espérer vous voir un jour monter sur marathon ?

Je pense que mes plus grandes performances viendront sur semi-marathon et marathon. Depuis mes 17 ans, je m’entraîne autour de 180 kilomètres par semaine. Toute ma préparation est construite dans cette optique. J’aimerais débuter sur semi-marathon avec une performance autour de 58’30. Ensuite, progressivement, aller vers le marathon.

 

— Quels sont vos plus grands rêves en athlétisme ?

Pour Los Angeles 2028, mon objectif serait de représenter la France sur 5000 m et 10 000 m. Mais si je regarde plus loin, vers 2032, je n’ai qu’un seul objectif : La médaille d’or olympique sur marathon. Je me vois capable de courir un jour en 2h01 ou 2h02. C’est ambitieux, mais je crois qu’il faut avoir de grands rêves pour accomplir de grandes choses. 

Propos recueillis par la rédaction
Crédits photos : STADION

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