Athlétisme : On fait le bilan des Championnats d’Europe de Birmingham 2026

17 août 2026 à 8:33

Ne vaudrait-il pas voir le verre à moitié plein pour nos Bleus lors de ces Championnats d’Europe de Birmingham ? Onze médailles, sept médailles en chocolat, des records de France battus, 41 athlètes/collectifs finalistes, l’équipe de France d’athlétisme a vécu une compétition compliquée en termes de récompenses, mais le rendez-vous continental a fait éclore de belles promesses pour l’avenir. Notre analyse. 

Birmingham restera dans les mémoires comme le théâtre d’une drôle d’équation bleue. Les Bleus repartent du centre de l’Angleterre avec onze breloques, trois en argent (Just Kwaou-Mathey sur 110 m haies, Muhammad Abdallah Kounta sur 400 m et Alice Finot sur 3000 m steeple) et huit en bronze. Cinquième nation en nombre de podiums, la France termine pourtant à une modeste 19e place au tableau des médailles, faute du moindre titre. Le contraste est saisissant avec Rome, deux ans plus tôt, où les Français avaient ramené 16 médailles, dont quatre en or. Il faut remonter à 2022, et avant ça à 1982, pour retrouver une campagne européenne sans le moindre sacre français. La quantité reste donc au rendez-vous, mais la dynamique s’est ralentie. C’est seulement la quatrième fois de son histoire que la France finit un Euro sans le plus beau des métaux (1958 à Stockholm).

 

 

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Une collecte étalée sur toute la semaine

La France n’a pourtant jamais vraiment quitté le paysage. Etienne Daguinos a ouvert le bal dès la première soirée avec le bronze du 5000 m (13’16″09), sa première médaille internationale sur piste. Laëticia Bapté lui a emboîté le pas sur 100 m haies (12″73), avant que Marie-Julie Bonnin ne sorte d’un concours de perche mal engagé avec une médaille de bronze. Dans la même soirée, Muhammad Abdallah Kounta est allé chercher l’argent du 400 m et Just Kwaou-Mathey celui du 110 m haies, avant qu’Alice Finot ne complète la collection sur 3000 m steeple. Le fond et la marche ont ensuite apporté leur lot de sourires. Jimmy Gressier a arraché le bronze du 10 000 m au terme d’un finish dont il a le secret, Aurélien Quinion a enfin décroché une médaille européenne sur le marathon marche et les marathoniens français ont ajouté un bronze par équipes, obtenu grâce à l’addition de leurs chronos individuels. Une médaille collective qui, presque passée sous les radars avant l’épreuve, a finalement pesé dans le bilan final.

Puis Hilary Kpatcha a transformé une nouvelle frustration en bronze à la longueur, un an après sa quatrième place aux Mondiaux de Tokyo et deux ans après sa cinquième place de Rome. À la perche Baptiste Thiery ne pouvait pas espérer mieux que le bronze, derrière les géants Armand Duplantis (6,15 m) et Emmanouil Karalis (6,00 m). Onze médailles, donc. Mais aussi un sentiment tenace de rendez-vous manqués, à l’image de Yann Chaussinand (9e de la finale du marteau), Gabriel Tual (demi-finales du 800 m) et Rose Loga (qualifications du marteau).

 

 

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Rome avait lancé une dynamique, Birmingham la un peu ralentit

À Rome, la France avait quatre champions d’Europe. Deux ans plus tard, aucun n’a conservé son titre. Seule Alice Finot est encore montée sur le podium, avec l’argent du 3000 m steeple. Gabriel Tual et Alexis Miellet, sacrés en Italie, sont eux restés loin de leur meilleur niveau et de leur standard à Birmingham. Jimmy Gressier, champion du monde et l’un des principaux atouts français, a lui aussi dû se contenter du bronze sur 10 000 m après avoir tenté de faire le doublé. Ce recul ne signifie pas que tout est à jeter. La France est quatrième de la placing table, qui récompense les huit premières places et mesure davantage la densité d’une délégation que le seul tableau des médailles. Selon la FFA, 55% des Français engagés ont terminé dans le top 8. Mais la densité ne suffit plus. Il faut désormais des athlètes capables de transformer une finale en victoire. Tout est là. Chaque médaille a semblé devoir être conquise à la force du poignet, sans jamais donner l’impression qu’un Français était vraiment attendu tout en haut.

Avec sept quatrièmes places, la France est la nation qui en compte le plus lors de ces Championnats d’Europe à Birmingham. Mais ces performances ne doivent pas pour autant être réduites à une simple déception, tant les contextes sont différents d’un athlète à l’autre. C’est notamment le cas de Margot Chevrier, quatrième à la perche, qui retrouvait l’équipe de France deux ans et demi après sa grave blessure à la cheville. Même chose pour Mathieu Collet, également quatrième à la perche, qui honorait sa première sélection en équipe de France A après plusieurs saisons perturbées par des blocages mentaux. Thomas Wikes, quatrième du 110 m haies, peut lui aussi être pleinement satisfait de cette première expérience dans un grand championnat. La France compte également quatre autres athlètes au pied du podium : Pauline Stey (semi-marathon marche), Jimmy Gressier (10 000 m) ainsi qu’Agathe Guillemot (1500 m) et Thomas Gogois (triple saut), tous deux en bronze à Rome il y a deux ans.

 

 

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Une équipe jeune, en pleine reconstruction

Ce Birmingham-là était aussi celui d’une équipe de France privée de plusieurs de ses figures, entre Kevin Mayer, Cyréna Samba-Mayela, Yann Schrub, Sasha Zhoya ou Cassandre Beaugrand. Jean Galfione et son équipe avaient donc choisi de regarder un peu plus loin, avec une génération appelée à prendre de l’épaisseur avant Los Angeles. Muhammad Abdallah Kounta, à 31 ans, a changé de dimension. Etienne Daguinos, Laëticia Bapté, Marie-Julie Bonnin, Hilary Kpatcha ou Baptiste Thiery ont découvert les podiums européens sur piste. Et les six médailles françaises ramenées des Mondiaux juniors à Eugene cet été rappellent que la réserve existe. Encore faut-il parvenir à la faire grandir.

Au bout du compte, Birmingham laisse donc une équipe de France loin de la flamboyance de Rome mais pas sans raisons d’espérer. Onze médailles, aucune en or, une quatrième place à la placing table et une génération qui commence à se faire une place. La moisson est réelle, mais elle ne doit pas masquer l’essentiel : À deux ans des Jeux de Los Angeles, les Bleus ont retrouvé le chemin des podiums. Il leur reste désormais à retrouver celui de la première marche.

 

Frank Bignet, directeur technique national

« Notre bilan n’est ni un soleil radieux, ni une éclipse totale. Il y a deux lectures à avoir sur ces championnats d’Europe : une difficile qui est le tableau des médailles, puisque sans médaille d’or, on rétrograde de manière peut-être trop sévère ; et une autre où on peut trouver d’autres chiffres plus favorables. Nous sommes quatrièmes à la placing table, ce qui traduit mieux la densité de notre délégation. Nous faisons partie des cinq nations comptant plus de dix médailles, ce qui est positif. L’équipe de France est performante mais elle ne dispose pas d’athlètes dominants. Chaque course et chaque concours est une conquête. Cela se joue parfois à pas grand-chose, comme pour Hilary (Kpatcha), qui est à deux centimètres de l’or. Sur certaines épreuves, le concert européen a un goût de championnat du monde. Dans d’autres, la marche est plus grande entre les niveaux européen et mondial. Le temps est précieux, il y a de l’urgence, car les Jeux de Los Angeles arrivent dans moins de deux ans désormais, c’est déjà demain. On connaît les leviers de la performance. Maintenant, il faut trouver le moyen de les adapter à la singularité de chaque athlète. Il faudra de l’engagement, de la méthode et de la persévérance. »

 

Jean Galfione, manager du programme Los Angeles 2028

« Je pense qu’on a une très bonne équipe de France, au-delà des résultats. On a vu des athlètes qui sont en train de comprendre qu’ils ont leur place parmi les meilleurs européens et aussi du monde. Il existe une émulation, et certains montrent le chemin. Dans leur comportement, ils sont au rendez-vous du jour J. Bien sûr, il y a des déceptions, et il y en aura toujours, mais je suis persuadé que l’équipe de France monte en puissance. Il y a des nouveaux visages, qu’on ne connaissait pas avant, qui apparaissent sur les podiums. Gagner, ça s’apprend, ce n’est pas inné, même si certains ont plus de facilité que d’autres. Le plus important, c’est que chaque entraînement, chaque exercice, au cours des prochains mois et années, sera fait avec une intensité nouvelle, à 110 ou 120 %, qui fera émerger un mental de vainqueur. »

 

Le grand cru italien, la razzia britannique à domicile

Pendant ce temps, l’Europe a continué de produire ses habituels monstres. L’Italie termine en tête avec dix titres, devant la Grande-Bretagne avec neuf et l’Allemagne avec six. Nadia Battocletti a signé un nouveau doublé sur 5000 et 10 000 m, pendant qu’Amy Hunt a pris une dimension nouvelle devant son public avec quatre titres, sur 100 m, 200 m et les deux relais (femme et mixte). Le Norvégien Karsten Warholm a, lui, décroché un quatrième titre consécutif sur 400 m haies, avec un record des championnats en 46″63. Le Grec Miltiadis Tentoglou a conservé sa couronne à la longueur pour la quatrième fois d’affilée grâce à un envol à 8,44 m. Le 800 m féminin, remporté par Audrey Werro en 1’54″81, nouveau record des Championnats, restera lui aussi comme l’un des grands moments de la semaine (lire notre décryptage). La Suissesse a devancé la Britannique Keely Hodgkinson et la Néerlandaise Femke Bol-Broeders. Côté frustration, l’Italien Marcell Jacobs, auteur du meilleur temps des demi-finales du 100 m, s’est blessé en finale (septième en 12″26).

 

 

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À domicile, les Britanniques ont d’ailleurs mis quelques jours avant de trouver leur public. Les tribunes de l’Alexander Stadium ont parfois sonné creux en début de semaine avant de se remplir progressivement à partir du vendredi. La fin de compétition a changé de visage, portée par les Irlandais, les Suisses et les supporters britanniques venus enfin donner au stade l’ambiance attendue.

Le cadre, lui, avait quelque chose d’assez particulier : Les délégations étaient logées au cœur d’une ville compacte, permettant aux athlètes de croiser facilement supporters et habitants, parfois quelques heures seulement après leur médaille. Une proximité appréciable, qui a finalement contribué à donner à ces premiers Championnats d’Europe organisés en Grande-Bretagne une identité bien différente des grandes messes européennes habituelles, malgré des débuts poussifs dans les tribunes et quelques ratés d’organisation.

 

La principale ombre au tableau : Le parcours et le format de la marche

L’idée avait de quoi séduire sur le papier. Réunir pour la première fois les quatre épreuves de marche (semi-marathon et marathon, hommes et femmes) sur un même site, avec des passages incessants devant le public. Mais à Birmingham, le choix d’une boucle d’un kilomètre a surtout montré ses limites. Sur certaines portions particulièrement étroites, la densité des marcheurs, les écarts de niveau et les différences de rythme ont créé des situations de circulation parfois délicates, avec des dépassements rendus inutilement compliqués.

En marche athlétique, où la régularité du rythme, la gestion de l’effort et la lecture tactique de la course sont essentielles, le tracé ne peut pas être pensé uniquement comme un outil de visibilité pour le public. Il doit aussi offrir aux athlètes suffisamment d’espace pour se doubler, se replacer et construire leur course sans interférences. Or, en concentrant quatre épreuves simultanément sur une boucle aussi courte, Birmingham a davantage privilégié le spectacle et la répétition des passages que la qualité sportive. Le paradoxe est d’autant plus frappant que ces championnats inauguraient les distances du semi-marathon et du marathon en marche au niveau européen.

Pour une première historique, on aurait pu attendre un dispositif permettant à ces nouvelles épreuves de s’exprimer dans les meilleures conditions. Le choix de condenser les quatre épreuves sur une boucle d’un kilomètre répondait aussi à une contrainte très télévisuelle, pour éviter des courses interminables, et proposer un format plus ramassé, quitte à sacrifier une partie de la fluidité sportive sur le terrain. Un échec.

Texte : Dorian Vuillet
Crédits photos : Gaëlle Mobuchon & Solène Decosta / STADION

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