Un an et demi après son dernier marathon couru en mode performance à Séville, où elle avait signé un record de France en 2h23’38, Manon Trapp s’apprête à retrouver la distance reine dimanche à Berlin. Pour son retour sur les 42,195 km, la Française de 26 ans a choisi un marathon prestigieux et roulant, après une préparation estivale particulièrement dense à Font-Romeu et un changement d’entraîneur. Désormais accompagnée par Thomas Vandormael, la sociétaire de l’Entente Savoie Athlé aborde cette course avec ambition, mais surtout avec l’envie de retrouver des repères. Entretien.
— Manon, comment allez-vous à quelques jours du Marathon de Berlin ?
Ça va bien ! Je suis contente d’arriver à cette échéance.
— Êtes-vous satisfaite de votre préparation ? S’est-elle déroulée comme vous le souhaitiez ?
Oui, globalement. J’ai changé de coach en juillet, au tout début de ma préparation marathon. J’ai donc fait une nouvelle prépa, un peu sans repères. J’ai passé deux mois à Font-Romeu (5 juillet au 3 septembre) et forcément, en altitude, les allures sont un peu différentes. J’ai aussi testé une nouvelle méthode d’entraînement, parce que chaque entraîneur a sa façon de travailler. J’ai fait des choses dont j’étais très contente.
Je pense que l’entraînement était plus conséquent que lors de mes dernières préparations marathon. Je me sens en forme. Après, c’est vrai que j’ai moins de repères parce que ce sont des séances que je n’avais pas l’habitude de faire. Je ne peux donc pas forcément comparer avec ce que j’avais fait auparavant.
« J’ai atteint 206 kilomètres. Globalement, j’ai fait plus de kilomètres que lors de mes dernières préparations. »
— Comment cette collaboration avec Thomas Vandormael s’est-elle mise en place ?
C’est vraiment arrivé par hasard. J’avais arrêté ma collaboration avec Jean-François Pontier à Font-Romeu au début de la préparation et, à ce moment-là, je n’avais pas vraiment de coach en tête. Au début, j’étais bien entourée, notamment avec Faustin Guigon et des proches qui ont quand même de l’expérience. Je me suis dit qu’ils allaient m’aider et qu’en attendant, j’allais prendre le temps de réfléchir à la suite.
J’ai ensuite parlé avec Cécile Jarousseau (internationale française de cross-country et de course en montagne), qui m’a parlé de Thomas. Je ne le connaissais pas vraiment, notamment parce qu’il travaille principalement en Belgique. Elle m’a dit qu’elle pensait que ça pourrait vraiment matcher, notamment parce qu’on partageait beaucoup de similitudes sur l’entraînement, la philosophie et la vision des choses, avec une approche assez humaine. Il était à Font-Romeu avec ses athlètes pour préparer les championnats d’Europe de Birmingham. On a parlé pendant deux heures autour d’un café. Lui était également très motivé pour commencer tout de suite.
— Quel a été votre plus gros kilométrage hebdomadaire ?
Je crois que j’ai atteint 206 kilomètres. Globalement, j’ai fait plus de kilomètres que lors de mes dernières préparations. Et ce qui était dur, c’est qu’à Font-Romeu, tu fais quand même tout le temps du dénivelé. J’ai fait deux mois avec pas mal de dénivelé, en plus de grosses semaines. C’était une préparation plutôt courte parce que j’ai eu un petit temps de latence avec le changement d’entraîneur, mais elle a été intense.




— Pourquoi avoir choisi Berlin pour votre marathon d’automne ?
Je me suis entraînée à fond à Font-Romeu tout l’été. Je me suis donc demandé quel marathon roulant arrivait juste après cette période. Berlin cochait beaucoup de cases. C’est un Major, c’est un marathon réputé très plat et il est aussi organisé par mon sponsor. Tout concordait. Après, c’est vrai que la chaleur me faisait peur. Les températures ne se sont pas trop arrangées tout au long de l’été, et je ne voulais pas courir un marathon dans la chaleur. Aux Mondiaux de Tokyo (32e en 2h36’09), j’avais déjà eu assez. Je voulais vraiment courir un marathon dans de bonnes conditions. Berlin est plat et, normalement, il devrait faire autour de 20 degrés maximum, donc ça va.
— Est-ce que Valence s’est aussi présentée comme une option au moment de choisir votre marathon ?
J’ai davantage d’énergie l’été pour faire de grosses semaines. Je sens que mon énergie baisse forcément lorsqu’on rentre dans l’automne et l’hiver. Quand j’avais fait Valence en 2023 (qui se déroule début décembre, 2h25’48 pour son premier marathon), j’avais trouvé ça assez difficile avec les journées qui raccourcissent et le mauvais temps. C’était ma première préparation dans des conditions vraiment difficiles et je n’étais même pas partie en stage. Pour moi, le choix de Berlin était donc plus cohérent. Valence reste quand même un marathon de performance et j’aimerais bien y retourner. Mais là, j’avais vraiment envie de courir un marathon parce que je n’en avais pas fait depuis un moment.
« L’objectif reste d’être ultra-performante en 2027. »
— Vous n’avez plus couru de marathon en mode performance depuis un an et demi, à Séville (record de France en 2h23’38, depuis battu par Mekdes Woldu en 2h23’13). Dans quel état d’esprit abordez-vous ce retour ?
Forcément, il y a un peu de stress et de doute parce que ça fait longtemps. Là, je reviens surtout pour reprendre confiance et reprendre de l’expérience. J’ai quand même envie de partir sur les bases de mon record, parce que je pense que j’en suis capable au vu de ma grosse préparation. Je vais donc partir sur mon record et essayer de prendre un maximum de plaisir. Et j’espère qu’à l’arrivée, le résultat sera là aussi.
Mais je viens également pour construire la suite. En changeant d’entraîneur, il fallait qu’on apprenne à se connaître. Je ne le connaissais pas beaucoup et lui non plus. Je pense que c’était important de passer par là pour me construire pour la suite. L’objectif reste d’être ultra-performante en 2027. Là, on apprend à se connaître, j’apprends de nouvelles choses sur l’entraînement et c’est hyper intéressant. Je vois aussi les marges de progression que j’ai. Est-ce que ça va payer dimanche ? Je ne sais pas.
— À quoi ressemblerait un marathon réussi pour vous dimanche ?
Mon scénario idéal, c’est de partir sur l’allure de mon record, d’avoir de super sensations et d’arriver à l’arrivée vraiment fière, en ayant pris du plaisir.
— Allez-vous avoir un meneur d’allure pour vous accompagner ?
J’aurai un meneur d’allure qui a été choisi par mon manager, Julien Di Maria. Il a l’habitude de travailler avec des athlètes et des meneurs d’allure. C’est un Kényan et je pense pouvoir avoir confiance dans la fiabilité du lièvre qu’il m’a choisi. Il sera là tout au long de la course.
« Le fait d’avoir terminé cette préparation dans de bonnes conditions, c’est une première victoire. »
— Avez-vous regardé la liste des engagées ?
Oui, j’ai regardé rapidement. J’ai l’impression qu’il y a quand même une grosse densité, avec beaucoup de filles sous les 2h20. Je me suis dit : « Incroyable le niveau qu’il y a ! ». À mon niveau de performance, il y en a un peu moins. Je compte aussi sur la densité chez les hommes.





— Vous semblez aussi vouloir inscrire ce marathon dans une démarche plus globale, au-delà du seul résultat de dimanche…
Oui. Déjà, le fait d’avoir terminé cette préparation dans de bonnes conditions, c’est une première victoire. Il faudra être forte le jour J, à 100% mentalement et physiquement. Je veux surtout prendre le temps après Berlin. Je pense que j’ai parfois fait l’erreur de reprendre trop vite la compétition. Cette préparation a été dure, mouvementée, avec le changement d’entraîneur et toute la pression liée au retour. Je veux vraiment prendre le temps de récupérer, physiquement comme mentalement, et ne pas me précipiter. Si je sens que je reviens bien, j’aimerais notamment faire du cross en fin d’année et peut-être travailler davantage sur des distances plus courtes. J’aimerais aussi courir un 10 kilomètres roulant. J’ai envie de profiter de cette période pour construire et continuer à progresser.
Crédits photos : Jean-Luc Juvin, Solène Decosta & Gaëlle Mobuchon / STADION























