500 euros. C’est sans doute le prix qui interpelle lorsqu’on découvre la nouvelle adidas Agravic Speed Ultra Evo. Présentée par adidas comme sa chaussure de trail la plus rapide jamais conçue, elle se distingue surtout par son tarif, qui la propulse dans une catégorie encore largement inexplorée, celle des chaussures de trail à 500 euros. Décryptage.
Disponible à partir du 24 août, l’Agravic Speed Ultra Evo reprend directement les recettes développées par adidas pour sa gamme Adizero, et notamment l’Adios Pro Evo 3, la paire avec laquelle Sabastian Sawe a pulvérisé le record du monde du marathon en 1h59’30 à Londres, devenant le premier homme de l’histoire à briser la barrière des 2 heures. L’ambition est claire : Transférer sur les sentiers les technologies qui ont permis à la marque allemande de repousser les limites de la performance sur route. Mais sur trail, la question n’est pas simplement de courir plus vite. Il faut également encaisser les irrégularités du terrain, négocier les descentes, conserver de la stabilité et maintenir un niveau de confiance élevé pendant plusieurs heures. C’est précisément là que l’Agravic Speed Ultra Evo devient intéressante.
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250 grammes et une architecture directement héritée de la route
Sur le papier, la fiche technique est spectaculaire. Avec un poids moyen annoncé de 250 grammes (en taille 42,5), l’Agravic Speed Ultra Evo gagne environ 5% par rapport à l’Agravic Speed Ultra 2. Une évolution relativement modeste sur la balance, mais qui prend davantage de sens lorsqu’elle est associée à une plateforme conçue pour maximiser le retour d’énergie. Le marque aux trois bandes annonce ainsi plus de 10% de retour d’énergie supplémentaire par rapport à la Speed Ultra 2 et une amélioration de 1% de l’économie de course. Il faut évidemment prendre ces chiffres avec prudence. En en effet, ils proviennent des protocoles de test de la marque et ne signifient pas qu’un coureur gagnera mécaniquement 1% sur son chrono en compétition. Ils donnent néanmoins une indication sur la philosophie du modèle.
L’Agravic Speed Ultra Evo n’est pas conçue comme une simple chaussure de trail allégée. Le nouveau modèle cherche à reproduire le comportement des « superchaussures » modernes de marathon : Beaucoup de mousse, une forte restitution d’énergie, une géométrie dynamique et une interaction très travaillée entre le pied et la plateforme.

Le LIGHTSTRIKE PRO au cœur du dispositif
La pièce maîtresse est évidemment la mousse LIGHTSTRIKE PRO, déjà largement associée aux modèles de compétition sur route d’adidas. Ici, la marque utilise une construction moulée qui permet de maximiser le volume de mousse sous le pied tout en conservant une plateforme suffisamment stable pour le trail. Adidas annonce une déformation 15% supérieure de la mousse sans compromettre la stabilité. Le travail ne s’arrête pas à la mousse.
La géométrie en rocker doit favoriser le déroulé du pied et rendre les transitions plus fluides. Sur un terrain roulant, cette architecture peut permettre de conserver une foulée dynamique avec moins d’effort. Sur des portions plus techniques, le défi est évidemment différent : Une chaussure qui fonctionne parfaitement sur bitume n’a aucune garantie de se comporter de la même manière sur des pierres, des racines ou des dévers. C’est justement le pari de cette Agravic Speed Ultra Evo.

Le double ENERGYRIM : La technologie qui doit faire la différence sur les sentiers
L’élément le plus intéressant de cette nouvelle architecture est probablement le double ENERGYRIM. Inspiré de l’ENERGYRIM de l’Adios Pro Evo 3, le système utilise une construction dans laquelle les deux côtés de la chaussure peuvent fonctionner de manière indépendante. Cette caractéristique est particulièrement pertinente en trail. Sur route, le sol est relativement prévisible. Le pied frappe une surface plane et la chaussure peut être optimisée pour accompagner un mouvement relativement répétitif. En montagne, chaque appui peut être différent. Le pied peut arriver légèrement de travers, rencontrer une pierre ou subir une différence de hauteur entre les deux côtés de la plateforme. Une chaussure de trail très performante doit donc trouver un compromis entre propulsion et adaptation.
C’est exactement le problème auquel adidas tente de répondre avec son double ENERGYRIM. La marque annonce à la clé une meilleure adaptation aux terrains accidentés, davantage de stabilité et plus de 10% de retour d’énergie supplémentaire par rapport à la génération précédente. Sur le papier, c’est probablement l’une des caractéristiques les plus prometteuses du modèle.

Une tige pensée comme une seconde peau
La partie supérieure adopte une approche beaucoup plus minimaliste. adidas utilise une maille technique tissée, extensible dans une seule direction, avec un col pare-débris intégré et un minimum de coutures. L’objectif est double : Réduire le poids et obtenir un maintien très précis du pied. L’approche rappelle là encore les chaussures de route les plus radicales. La tige n’est plus forcément pensée comme une structure protectrice traditionnelle, mais comme une interface entre le pied et la plateforme.
Sur un ultra, cette approche devra toutefois être jugée sur le terrain. Entre une chaussure de compétition (type marathon) utilisée pendant 2 ou 3 heures et une chaussure destinée à des épreuves de montagne pouvant durer beaucoup plus longtemps, les exigences en matière de confort, de maintien et de tolérance sont très différentes. L’Agravic Speed Ultra Evo semble clairement avoir été conçue en priorité pour la performance, plutôt que pour la polyvalence.
En collaboration avec treize athlètes
adidas indique dans le communiqué avoir travaillé avec 13 athlètes dans le cadre d’un programme de développement pluriannuel. Le détail est important : Pour une chaussure qui tente d’importer des technologies issues de la route vers le trail, le développement ne peut pas simplement consister à adapter une semelle extérieure et une tige à une plateforme existante.
La difficulté est justement de conserver le comportement dynamique d’une « superchaussure » tout en ajoutant suffisamment de contrôle pour évoluer sur un terrain instable. La firme allemande affirme avoir combiné tests en laboratoire et essais en conditions réelles, avec un travail spécifique sur les montées, les descentes et les terrains techniques. C’est probablement sur ce dernier point que les premiers retours de terrain seront les plus intéressants.

Et maintenant, parlons des 500 €
Parce que c’est là que cette Agravic Speed Ultra Evo devient réellement un produit à part : 500 €. À ce tarif, adidas ne lance pas simplement une nouvelle chaussure de trail : la marque place son modèle tout en haut de la pyramide tarifaire du marché. À notre connaissance, l’Agravic Speed Ultra Evo devient ainsi la chaussure de trail la plus chère du marché. Et pas légèrement. 500 €, c’est un tarif qui dépasse largement celui de la plupart des chaussures de compétition haut de gamme. Il rapproche même cette paire d’un équipement très spécialisé, presque comparable dans son positionnement à certains produits d’exception de l’univers outdoor.
La question n’est donc plus seulement : « Est-ce une bonne chaussure ? ». Elle devient : « Le supplément de performance justifie-t-il 500 € ? ». C’est une question autrement plus difficile. Pour un athlète professionnel, un coureur élite ou un compétiteur pour lequel quelques secondes peuvent avoir une valeur considérable, la réponse peut potentiellement être oui. Si la chaussure apporte réellement un gain mesurable en économie de course tout en conservant la stabilité nécessaire sur terrain technique, son prix peut être considéré comme le coût d’un outil de performance.
Pour le coureur amateur, en revanche, le raisonnement est beaucoup plus compliqué. Une chaussure deux fois moins chère ne sera évidemment pas deux fois moins performante. Et il est très probable que la différence de prix ne se traduise pas par une amélioration proportionnelle du chrono. C’est le principe même des produits ultra-premium : Les derniers pourcents de performance coûtent extrêmement cher.
Une chaussure de laboratoire portée sur un sentier ?
L’Agravic Speed Ultra Evo représente finalement quelque chose de plus intéressant qu’une simple nouveauté adidas. Elle illustre la transformation actuelle du marché du running. Pendant longtemps, la technologie des chaussures de compétition sur route et celle du trail ont évolué relativement séparément. Aujourd’hui, les frontières deviennent beaucoup plus floues. Plaques, mousses haut de gamme, géométries agressives et systèmes de restitution d’énergie arrivent progressivement sur les sentiers. Mais le trail impose une contrainte supplémentaire : le terrain ne coopère pas. Une « superchaussure » de marathon peut optimiser presque chaque paramètre autour d’une surface régulière. Une chaussure de trail doit accepter l’imprévisible. L’Agravic Speed Ultra Evo est donc intéressante précisément parce qu’elle tente de résoudre cette équation.

Notre première lecture : Impressionnante sur le papier, mais 500 € est un véritable obstacle
Sur le plan technologique, difficile de nier l’ambition du projet. 250 grammes, LIGHTSTRIKE PRO, rocker, double ENERGYRIM, réduction des coutures, tige minimaliste et transfert de technologies issues de l’Adizero… adidas a clairement assemblé les composants les plus sophistiqués de son arsenal. Le discours autour de l’économie de course et du retour d’énergie est également cohérent avec l’évolution récente des chaussures de compétition. Mais le prix de 500 € change totalement la grille de lecture. À ce niveau de tarif, l’Agravic Speed Ultra Evo ne sera pas jugée comme une chaussure de trail parmi d’autres. Elle sera jugée comme une vitrine technologique. Et c’est probablement exactement ce que souhaite adidas. Et dans un marché où les chaussures de trail les plus performantes flirtent déjà avec des tarifs élevés, adidas vient clairement de poser une nouvelle limite.
La question sera désormais de savoir si cette vitrine technologique se traduit par un avantage suffisamment tangible sur les sentiers pour convaincre les coureurs de sortir 500 € de leur portefeuille. Car à ce prix, la promesse n’est plus simplement de courir vite. Elle est de courir plus vite que les autres chaussures, et suffisamment mieux pour que la différence soit perceptible.
L’Agravic Speed Ultra Evo sera disponible au grand public à partir du 24 août 2026 au prix de 500 €, sur le site officiel adidas.fr.
Crédits photos : adidas




















