Brest Running Tour : Emmanuel Roudolff-Levisse et Mazarine Amis triomphent au bout du monde

07 juin 2026 à 14:55

Avec 6500 participants, l’édition inaugurale du Brest Running Tour a été une très belle réussite ce dimanche 7 juin et a vu triompher Emmanuel Roudolff-Levisse (1h05’08) et la locale Mazarine Amis (1h15’27) pour sa première incursion sur la distance. Sur les autres épreuves, les cadors ont brillé à l’image de Simon Bédard sur 10 km et Maxime Chaumeton sur 5 km, alors que Mekdes Woldu a signé le doublé 5 et 10 km. Récit en direct de la cité du Ponant.

Il faut parfois longtemps pour qu’une idée évidente finisse par exister. Brest, ville tournée vers le large, sportivement dynamique, n’avait plus de semi-marathon depuis des années. Un vide incompréhensible pour quiconque connaît l’attachement de la Bretagne à la culture running. Gwenaël Vigot, figure bien connue de l’athlétisme finistérien, également organisateur d’Odysséa à Brest, a décidé de combler ce manque. En s’intercalant habilement dans le calendrier breton, sans marcher sur les pieds des courses existantes, il a réuni les clubs Courir sur Brest et le Stade Brestois Athlétisme autour du projet, mobilisé plus de 100 bénévoles et convaincu le Crédit Mutuel Arkéa de devenir partenaire titre.

 

Emmanuel Roudolff-Levisse, à jamais le premier

Il est le premier à graver dans le marbre son nom au palmarès du Semi-marathon du Brest Running Tour. Emmanuel Roudolff-Levisse (30 ans, Athlé 92), l’un des nombreux athlètes tricolores dont rêveraient beaucoup de nations continentales, a, comme attendu, été le plus rapide et a traversé le tracé en 1h05’08. Un chrono de haut vol, susceptible de durer de nombreuses années en haut des tablettes, et sur lequel de nombreux coureurs pourraient se casser les dents lors des prochaines éditions. Le parrain de l’épreuve, s’est fait plaisir, arrivant en terre bretonne avec une grosse semaine dans les jambes et ayant couru le 10 km de son club au Plessis-Robinson la veille en 31’40. « Ce n‘est pas un parcours super rapide mais c’est un beau parcours, il m’a plu », nous confiait le troisième performeur français de l’histoire sur semi (59’37 à Barcelone en 2026).

La descente et le vent dans le dos lui ont souri aux premiers kilomètres, avant que le retour ne mette son mental à l’épreuve. « Les 10 premiers kilomètres, je me suis dit : ‘ah il y a peut-être pas de vent’. Ça allait plutôt bien, on est passé aux alentours des 30 minutes. Et après on a fait demi-tour et là je me suis dit :’ ah si en fait il y avait du vent !’ et je l’avais dans le dos tout à l’heure, c’est pour ça que ça avançait relativement correct ». Tous les indicateurs sont au vert pour la préparation en vue des Championnats d’Europe de Birmingham sur marathon (10 au16 août, record en 2h05’58) auquel il s’alignera avec des ambitions légitimes individuellement et collectivement.

 

 

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Derrière lui, Hicham Briki (As Anzinoise Athlétisme) a tenu compagnie jusqu’au 12e kilomètre avant de se faire lâcher, terminant en 1h06’05. Pierre Couzinier (Athlé du Pays de Vannes) complète le podium en 1h07’42, tout près de son record (1h07’28). Derrière le trio de tête, le Stadiste Brestois Vivien Majorel (1h10’38) a réussi à tirer son épingle du jeu.

 

Mazarine Amis, héroïne locale

La belle histoire du semi venait des dames, et plus précisément d’une championne locale. Mazarine Amis, pensionnaire du Stade Brestois, n’avait jamais couru plus de 10 km en compétition officielle (34’29 en 2014) avant ce dimanche matin et découvrait les joies des 21,097 km. Force est de constater que son galop d’essai est une fière réussite avec un succès qui ne souffre d’aucune contestation en l’emportant en 1h15’27, avec neuf minutes sur sa dauphine Margaux Bozec (1h24’35).

Pas épargnée par les pépins physiques depuis de nombreuses années, revenue sous la houlette de son nouveau coach Thibaut Le Cras depuis février, la Lesnevienne s’est réjouie d’afficher à nouveau son meilleur visage sur les routes, sur un parcours qu’elle savait difficile. « J’avais voulu débloquer une nouvelle distance que je n’avais jamais faite. C’était la première fois depuis très longtemps qu’il y avait un semi à Brest, c’était l’occasion de prendre le départ et de prendre du plaisir sur une nouvelle distance. J’ai vraiment adoré ! ».

 

 

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Ce qui rend la performance encore plus remarquable, c’est qu’elle s’est retrouvée à courir quatre kilomètres seule, vent plein de face, sans personne pour lui donner le rythme. « Avec le vent de face au retour, c’était vraiment dur. Je suis très fière ». Sur son entraîneur, les mots sont chaleureux : « Il m’entraîne avec beaucoup de bienveillance, il est très disponible et ça m’aide beaucoup à progresser. Aujourd’hui c’est grâce à lui que je gagne la course ». Cerise sur le gâteau, ou plutôt sur le kouign-amann, Mazarine Amis travaille au quotidien au Crédit Mutuel Arkéa, en tant qu’actuaire, le partenaire titre de l’événement. Courir sous les couleurs de son entreprise, dans sa ville, sur sa première tentative de semi. La journée ne pouvait pas être mieux scénarisée.

 

Simon Bédard, un finish à couper le souffle

Sur le 10 km, le spectacle promis était au rendez-vous, et même au-delà. Simon Bédard (record en 27’54 en 2026 à Lille) a remporté l’épreuve en 29’40, une seconde devant l’Espagnol Saïd Mechaal, recordman national du 10 km (27’25 à Valence en 2026), au terme d’une fin de course haletante, avec un dernier 1000 m couvert en 2’34. Champion de France puis médaillé d’argent à la Coupe d’Europe du 10 000 m il y a quelques jours à La Spezia (Italie), le ténor du Haute Bretagne Athlétisme (29 ans) n’est jamais aussi dangereux que dans les cinquante derniers mètres. Il le sait et mise là-dessus.

« Je sais que moi j’attends le dernier moment, parce que je ne sais même pas si j’ai perdu un finish dans ma vie. Je parle sur les derniers mètres. Si je suis au contact jusqu’aux 100 derniers mètres, je peux gagner presque n’importe quelle course, donc j’étais vraiment accroché à Saïd ». Le battre sur le fil donne de la confiance avant l’Euro de Birmingham où il est officiellement sélectionné sur les 25 tours de piste. Grand animateur du 10 km, Clément Leduc (Azur Olympique Charenton) est monté sur la troisième marche du podium en 29’54. Vient ensuite des noms connus des courses hexagonales, avec Benoît Fanouillère (4e, 30’01), Florian Caro (5e, 30’02) et Maël Sicot (31’24).

 

 

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Mekdes Woldu s’offre le 5 et le 10 km en patronne

C’est terrible à écrire mais, sans manquer de respect à ses adversaires, il est déjà difficile d’exister lorsque Mekdes Woldu (EFCVO) est au départ d’une course, alors lorsqu’elle s’aligne sur deux épreuves au sein du même événement, les chances de victoire pour la concurrence se réduisent considérablement. La Française la plus rapide de tous les temps sur marathon (2h23’13 à Barcelone en 2025) a signé le doublé avec 32’37 au 10 km, quelques minutes après son récital lors du 5 bornes, parachevé en 15’30.

« J’ai trouvé le 5 km beaucoup plus difficile finalement ! Sur le 10 km, avoir Maxime Chaumeton et Abderrazak Charik qui nous ont accompagné avec Salomé Brun (2e en 33’31, Azur Olympique Charenton), a été vraiment incroyable. Courir avec tous ces champions est toujours un plus pour aller chercher des performances ». La troisième place revient à la championne de France 2025 sur la distance Marie Lohéac-Bouchard (33’57, Iroise Athlétisme). Soulignons bien sûr la quatrième place de Laëtitia Bleunven (Stade Brestois Athlétisme) en 35’01, qui avait également terminé deuxième du 5 km quelques instants plus tôt en 16’13.

 

 

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Maxime Chaumeton, un cador bientôt chez les Bleus ?

Si ce n’est pas encore déjà fait, retenez bien ce nom car il va résonner à tue-tête dans les futures compétitions internationales : Maxime Chaumeton s’est présenté avec l’ambition d’un coureur qui a quelque chose à montrer à chaque sortie. Le Franco-Sud-Africain, recordman national du 5 km en 13’06, établi à Lille en avril dernier, parti pied au plancher (2’39 au premier kilomètre), n’a jamais cessé de creuser l’écart avec ses camarades de jeu du jour, l’olympien Félix Bour (13’54, champion de France Elite de cross 2025 et 2026) et Abderrazak Charik (14’23). Le natif de Johannesburg a été le premier à lever les bras en 13’36, une performance solide malgré les conditions. « Le vent au début c’était bien, mais les deux derniers kilomètres c’était très dur. J’ai tout de même réussi à faire à peu près ce que je voulais faire, en un peu plus de 13’20 ». 

 

 

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Le jeune homme de 25 ans, qui détient aussi le record national du 10 km avec 26’55, a déjà annoncé son retour l’an prochain, et cela pourrait se faire avec la nationalité sportive française en poche. Cela fait d’ailleurs plus de deux ans, depuis les Mondiaux sur route à Riga le 1er octobre 2023, qu’il se prive de compétition internationale dans l’objectif de changer de nationalité sportive. World Athletics demande au moins trois ans pour valider sa démarche, qui a de bonnes chances d’aboutir. Alors que la France regorge de plusieurs des meilleurs fondeurs actuels de la planète avec Jimmy Gressier, Yann Schrub et Etienne Daguinos, le protégé de la légende Hendrick Ramaala rêve de porter le maillot bleu, avec l’ambition d’en écrire quelques-unes des plus belles histoires. Ce n’est pas du tout pour nous déplaire. Un nom à retenir absolument, croyez-nous sur parole.

 

Benoît Campion fait le show sur le Road Mile

Pour clore la journée, le Road Mile (1,609 km), distance reconnue officiellement par World Athletics depuis le 1er septembre 2023, a offert exactement ce qu’on attendait d’une course sur invitation avec 20 athlètes et une foule chaude bouillante. Benoît Campion (28 ans), Brestois pur jus licencié au Stade Brestois Athlétisme, spécialiste du 1500 m (3’34″34), visait le record de France de la distance (3’56″57 par Maël Gouyette en 2023). À la maison, celui qui est parti s’entraîner à Manchester depuis le mois d’octobre dernier au sein du groupe de la championne olympique du 800 m, la Britannique Keely Hodgkinson, a brillé en 4’08″10, meilleure performance française de l’année tout de même.

Son pote Simon Bédard avait assuré le rôle de lièvre et est passé le 800 m en 2’01 avant de se ranger, fier du travail accompli. L’étudiant en médecine a tenu jusqu’au bout. « Simon, tout d’abord un grand merci, lançait le vainqueur avec le sourire. « C’était incroyable, l’ambiance à l’arrivée et au retour, vous faisiez trop de bruit, on pouvait pas communiquer, donc merci beaucoup. » Chez les femmes, Louise Morval (Stade Brestois) s’est imposée en 4’49″10 devant sa coéquipière Anna Vourch (4’50″70).

 

 

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Vivement la deuxième édition !

Pour Gwenaël Vigot, l’essence de l’événement tenait en deux mots dès le départ : haut niveau et popularité. « Mon objectif dès le premier jour était d’offrir aux Brestois un beau spectacle, pour tous », expliquait le chef d’orchestre de l’événement. Je rêvais d’avoir des têtes d’affiche sur la ligne de départ, avec aussi un enjeu sportif fort, et pourquoi pas des records. Je suis comblé ». Le pari de se glisser dans le calendrier breton début juin sans bousculer les courses existantes était osé. Il a tenu.

Du côté du partenaire titre, Véronique Crouzier, Directrice Pôle Dynamique & Relations Humaines et Communication du Crédit Mutuel Arkéa, ne cachait pas sa fierté : « J’ai eu le plaisir de vivre de l’intérieur l’enthousiasme qui a marqué cette première édition, en prenant le départ du 10 km, savourait-elle. La mobilisation des 250 collaborateurs, réunis sous les mêmes couleurs, dans un esprit de convivialité et avec une belle représentativité hommes-femmes, illustre pleinement notre engagement de longue date en faveur du sport et du bien-être de nos salariés. Nous sommes particulièrement fiers d’avoir contribué à la réussite de cet événement fédérateur sur notre territoire, à proximité de notre siège social au Relecq-Kerhuon. »

Ce qu’on retient au-delà de cette très belle matinée, c’est la découverte de personnes réellement passionnées par le running. Tout respire la passion au sein de l’équipe organisatrice, une passion inconditionnelle du running qu’on a rarement ressentie aussi forte ailleurs. Avec autant de personnes expérimentées à la barre également, nous n’avons aucun doute sur le fait que le Brest Arkéa Running Tour sait où il va. Vite, la suite.

Tous les résultats du Brest Running Tour 2026

Texte : Dorian Vuillet
Crédits photos : STADION

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