Clémence Beretta : « À Munich, le top 6 a fait péter le verrou d’une barrière mentale »

16 août 2023 à 10:59

Après sa remarquable sixième place sur 20 km marche aux Championnats d’Europe 2022 de Munich, Clémence Beretta sera au rendez-vous des Mondiaux de Budapest dans quelques jours. En moins d’un an, la pensionnaire de l’Athlétic Vosges Entente a amélioré par deux fois le record de France pour le porter à 1h30’20. Une progression qui s’explique par un bond en avant à la fois physique, technique et mental. Et par un choix de vie important, puisque la leader tricolore de la discipline a décidé d’être accompagnée par son père devenu son entraîneur.

L’INTERVIEW VOUS EST PRÉSENTÉE PAR

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Clémence, comment allez-vous depuis les Championnats de France Elite à Albi et comment se passe la préparation finale ?

Tout se passe bien même si les derniers mois ont été compliqués mentalement et personnellement. J’avais pour projet de faire les minima directs pour les Mondiaux et les Jeux olympiques aux Championnats d’Europe par équipes à Podebrady (République tchèque) en mai mais je ne prends que la sixième place avec un chrono de 1h31’14. Cela a été vraiment une déception car je suis passée à côté de ma course. Aux Championnats de France Elite Albi (sur 10 km le 30 juillet), il y a eu certes une frustration liée à la pénalité à trois kilomètres de l’arrivée, mais je peux aussi en ressortir du positif car j’étais en forme ce jour-là. S’il n’y avait pas eu la pénalité, j’aurais sans doute gagné, et peut-être battu mon record. Ce sont des signaux intéressants à la sortie d’un stage en altitude. Je ne suis pas du tout mauvaise perdante, car j’étais très contente pour Pauline (Stey), mais de se faire disqualifier si proche d’un but, il y a toujours un sentiment premier d’injustice. Le jugement humain à l’œil nu peut être très frustrant dans notre discipline mais c’est comme ça, je l’accepte. Maintenant, je suis focalisée sur Budapest.

 

Comment se passe votre préparation mentale ?

Deux personnes m’accompagnent : une psychologue du sport et une thérapeute. Elles sont vraiment complémentaires car avec ma psy, je travaille sur la partie consciente grâce à une thérapie alors que la thérapeute intervient plutôt sur le côté hypnose et tout ce qui est plutôt inconscient. Elle vient vraiment mettre en lumière des schémas dont je n’ai pas connaissance consciemment ainsi qu’en pointant du doigt des croyances limitantes qui m’empêchent d’atteindre certains objectifs. 

 

Vous avez passé un mois à Saint-Moritz, en Suisse. Tout s’est bien passé ?

Partir en Suisse m’a fait beaucoup de bien. Je me suis recentrée sur moi-même au milieu des montagnes. J’étais accompagnée d’autres marcheurs qui étaient plus forts que moi. Ce qui m’a vraiment stimulé, c’était d’être dans un environnement différent. Je me suis bien entraînée et je savais qu’en altitude, ce serait plus dur.

 

Quelles sont vos ambitions à Budapest ? Le fait d’avoir fait de bons résultats en 2023, cela vous donne-t-il une confiance supplémentaire pour aborder les championnats ?

Ce serait vraiment incroyable que je réalise le chrono pour les Jeux olympiques de Paris 2024 (1h29’20). Le meilleur scénario possible serait quand même de se rapprocher d’un top 10 si j’arrive dans la meilleure des formes. Je vais arriver aux Mondiaux en confiance mais j’aurai aimé être sous la barre d’1h30 avant ce 20 août (jour du 20 km marche femmes) mais les aléas de la vie ont fait que je peux avoir quelques petits doutes.

 

Il y aura deux autres marcheuses françaises à vos côtés, Pauline Stey et Camille Moutard. Est-ce un plus pour vous ?

C’est magnifique d’être avec Pauline (Moutard), Camille (Stey) et les trois autres marcheurs masculins dans ces Mondiaux. J’ai ce rôle de « leader » pour booster les filles et me booster moi-même. Ce sera une super opportunité de vivre ça tous ensemble. C’est vraiment une fierté de représenter de cette manière la discipline surtout qu’il y a vraiment eu un gap énorme qui a été comblé sur cette dernière année. Toutes les trois, on est vraiment sur une phase ascendante et on se rapproche de plus en plus de la fameuse barrière symbolique de moins d’1h30.

 

Vous avez porté le record de France du 20 km marche à 1h30’20 en mars dernier à Aix-les-Bains, un chrono à une minute pile des minima pour les JO de Paris (1h29’20). On imagine que c’est un chrono que vous avez dans un coin de la tête…

Je suis arrivée hyper fraîche à la fin de cette course et je n’ai pas osé accélérer dans les cinq derniers kilomètres. En débutant la saison en mars avec un tel chrono, tous les voyants étaient au vert puis les problèmes personnels ont foutu en l’air mes espoirs. Sans ces soucis, je suis persuadée que j’aurai éclaté cette barrière avec la vitesse que j’ai dans les jambes. Passer sous les 1 heure et 29 minutes voire 28, c’est largement possible et c’est la prochaine étape.

 

Pourquoi ne pas réaliser les minima olympiques à Budapest…

Je suis presque sûr que je pourrai faire les minima pour Paris cette année et accomplir cela lors des Championnats du Monde serait une magnifique revanche sur ce que j’ai vécu cette saison.

 

Votre sixième place sur 20 km marche à Munich vous a-t-elle ouvert encore plus l’appétit ?

À Munich, j’ai compris que tout était possible, que je pouvais m’identifier au niveau mondial. Ça a été vraiment l’élément déclencheur d’une toute autre mentalité. J’ai vraiment fait péter le verrou d’une barrière mentale grâce à ce Top 6. J’ai réitéré cette performance à la Coupe d’Europe par équipes (également 6e) malgré des conditions particulières. Ces résultats m’ont permis d’avoir beaucoup plus confiance en moi. Après, le niveau européen ce n’est pas le niveau mondial. Il faudra compter sur les Chinoises mais aussi les Australiennes et les demi-fondeuses d’Amérique latine. C’est un autre niveau, un autre monde. Il ne faudra pas que je me contente de marcher 1 heure et 30 minutes, les meilleures places se joueront bien en dessous de ce temps. Je continue de me dire que tout est possible avec ma préparation mentale. On s’entraîne toutes plus ou moins de la même manière mais en compétition, ce n’est pas la plus forte physiquement qui va gagner mais celle qui sera la plus forte mentalement. Gratter 30 secondes par-ci par-là se jouera dans des détails.

 

Après avoir été pensionnaire du pôle France pendant six ans à Nancy, vous avez décidé d’être coachée par votre père Pierre. Un choix qui semble porter ses fruits ?

Oui c’est clair. J’ai battu tous mes records pour l’instant sur cette saison, ce qui est un véritable indicateur. Le duo entraîneur-entraîné, pour moi, c’est au-delà de la performance. C’est un duo qui est avant tout humain. Le meilleur entraîneur du monde pourra te faire progresser, mais si humainement ça marche plus, je pense qu’il faut partir. Avec mon père, on a la chance d’avoir réussi à maintenir les performances en maintenant un équilibre, un bien-être et une liberté que j’avais perdus. J’avais vraiment besoin, à un moment donné, d’être de nouveau au centre de mon projet et de choisir les personnes qui entrent dans mon staff. J’avais aussi besoin de retrouver mes Vosges et la nature. Et aujourd’hui, je ne me verrai plus être coachée par quelqu’un d’autre que lui qui me connaît vraiment très bien.

 

Comment entretenez-vous cette relation avec votre père ?

C’est spécial de se faire entraîner par son papa. Sur la piste, il est mon père… et mon coach. L’athlétisme, c’est toute sa vie. Ça fait 40 ans qu’il est entraîneur et président de l’Athlétic Vosges Entente Clubs. On ne peut pas dissocier l’athlétisme de mon papa. Et c’est lui aussi qui m’a initié à ce sport, aujourd’hui, si je fais de la marche, c’est parce que mon père m’a initié quand j’avais 10-11 ans. L’histoire est belle et on ira ensemble à mes premiers championnats du monde. Sur la piste, je l’appelle « papa », je ne l’appelle pas par son prénom. Il m’entraîne comme si je n’étais pas sa fille.

 

Vous ne vous êtes jamais alignée sur 35 km marche en compétition officielle. Est-ce une distance qui vous intéresse ?

En individuel, j’avais toujours dit non à la participation au 35 km marche. Mais j’étais intéressée par la course de 35 km en relais aux Jeux olympiques qui a malheureusement été remplacée par un relais mixte de marche avec deux relayeurs et qui sera disputée sur la distance du marathon (42,195 km). Pendant longtemps, on a essayé de me motiver et en février dernier, lors d’un stage au Portugal, j’allais annoncer à l’équipe ma participation sur le 35 km marche mais la réforme du relais de la marche a tout changé au profit du marathon en relais. Le 35 km marche sera amené à disparaître complètement à l’avenir. En fin de compte, je ne suis pas une vraie « fada » des grandes distances donc si je ne fais pas de 35 km marche dans ma vie, ça n’est pas grave.

 

Les Jeux olympiques de Paris 2024 accueilleront une toute nouvelle épreuve en athlétisme, un relais mixte de marche avec deux relayeurs et qui sera disputé sur la distance du marathon (42,195 km). Quel est votre avis sur cette épreuve ?

J’ai deux opinions sur le sujet. Je trouve d’abord dommage d’avoir retiré une épreuve de longue distance pour les marcheurs pro. Le grand public connaît la marche qu’à travers les images de Yohann Diniz et toute la dramaturgie derrière. C’est une bonne idée de réformer la marche mais pourquoi ne pas faire un semi-marathon et un marathon ? Je ne comprends pas pourquoi ils n’ont pas laissé un marathon individuel au lieu d’avoir bifurquer sur un 35 km marche pendant 2 ans. Enfin, pour compléter mon opinion, il serait beaucoup plus télévisuel d’avoir un marathon relais même si l’épreuve sera presque une première pour les Jeux. Il n’y aura que très peu de référentiel à part les qualifications à la coupe du monde en avril 2024. L’histoire des pénalités est un bordel sans nom et c’est ridicule d’avoir créé cette nouvelle course qu’en février 2023.

 

Allez-vous quand même participer à cette nouvelle course ?

Bien sûr ! Il y a plusieurs objectifs comme la qualification d’un ou deux relais français. Mon but serait d’être la plus performante possible pour prouver que sur presque 10 km, je suis la plus forte des filles et que j’ai ma place dans ce relais. Il y aurait potentiellement une chance de qualification en individuel et une autre par équipes.

 

Plusieurs spécialistes de marche vous voient déjà faire équipe avec Gabriel Bordier… C’est une équipe qui aurait fière allure !

Cette course, c’est un objectif mais aussi un rêve de le faire avec Gabriel (Bordier). Je l’ai vu à Albi, on s’est regardé quand il a fini sa course et je lui ai dit : « Rendez-vous à Paris pour le relais ! ». J’ai beaucoup d’affinité avec lui car on est de la même génération (1997). On a vraiment fait toutes nos compétitions ensemble, on a grandi côte à côte et on a également partagé le même coach pendant un an. Gabriel, c’est vraiment mon ami que ce soit dans la vie de tous les jours ou en équipe de France. Avoir cette opportunité de faire ce relais qui pourrait être unique dans l’histoire des Jeux olympiques avec Gabriel serait magique.

 

Heureuse de faire partie de la famille d’ASICS ?

Oui, depuis 2020 je suis super contente de faire partie de la famille ASICS, une des rares marques qui pense avant tout à l’humain. Je m’implique énormément dans la santé mentale et les neurosciences depuis mon burn out en 2017 et ASICS m’accompagne totalement dans cette démarche. ASICS s’est beaucoup investie dans la santé mentale alors qu’aucun autre équipementier n’offre la même chose. ASICS propose des psychologues et on m’a même proposé un suivi psychologique, ce qui est incroyable de la part d’un sponsor. Faire partie d’une Team qui prend en compte les problèmes de santé mentale et dont la devise est : « Un esprit sain dans un corps sain », cela fait sens avec mes valeurs.

 

On vous a vu régulièrement marcher avec les ASICS Novablast 3 et les ASICS Metaspeed Edge+. Quel est votre avis sur les paires ?

La Novablast 3, c’est vraiment MA chaussure avec laquelle je fais tous mes footings et tous mes entraînements de course. J’ai commencé il y a plusieurs saisons à les porter et chaque année, la paire est renouvelée pour toujours plus d’amorti et de confort. Malgré ces énormes semelles, la chaussure n’est pas lourde et est utile pour toutes sortes de sorties. Les Metaspeed Edge+, elles, me procurent de la stabilité même avec le carbone. Cette chaussure peut s’utiliser autant en course à pied qu’en marche. Ce modèle est l’un des seuls, si ce n’est le seul, à s’adapter à ta foulée que ce soit en attaquant sur le talon ou l’avant du pied. Je gagne en dynamisme et en récupération grâce aux Metaspeed Edge+.

 

Quels sont les points forts de la marque ?

Pour moi, ça serait tout d’abord son implication dans la santé mentale et le sport féminin. ASICS s’intéresse beaucoup aux disparités et se questionne énormément : « Qu’est-ce qui fait que les femmes font moins de sport ? » par exemple. La marque a également un choix énorme de chaussures de bonne qualité. Que tu sois un coureur du dimanche ou un coureur élite, tu trouveras facilement la paire qui te correspond. ASICS, c’est vraiment l’expert du streetwear, du lifestyle sans jamais oublier le confort du pied.

Le 20 km marche femmes aux Mondiaux de Budapest se déroulera le dimanche 20 août à 7h15.

Propos recueillis par Dorian Vuillet
Crédit photo : STADION

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