Etienne Daguinos annonce son premier marathon à Valence : « C’est une parenthèse dans mon projet »

25 septembre 2026 à 11:33

Etienne Daguinos va découvrir le marathon. Le Français s’alignera le 6 décembre prochain à Valence (Espagne) pour sa première expérience sur la distance reine de la course à pied. Une incursion mûrement réfléchie, mais qui ne remet pas en cause son projet sur piste. Le médaillé de bronze européen sur 5000 m veut notamment se préparer à l’idée d’un futur doublé 5000-10 000 m en grand championnat. Pour Stadion, le pensionnaire de l’US Talence raconte les raisons de ce choix, sa préparation à Font-Romeu et ses ambitions pour la suite.

— Etienne, pourquoi avoir choisi maintenant de vous lancer sur marathon ?

C’est vraiment une découverte du marathon, et c’est une parenthèse. Il n’y en aura pas d’autre dans mon projet jusqu’aux Jeux olympiques de Los Angeles. Donc ce n’est pas « je me mets sur marathon définitivement ». Ça fait déjà quasiment un an, un an et demi que je sais que je vais courir le Marathon de Valence 2026. La décision est devenue définitive en début d’année. Mon point faible, c’est l’enchaînement des courses. Aux Mondiaux de Tokyo en 2025, quand j’ai dû enchaîner deux 5000 m (série et finale), j’ai vraiment subi musculairement. Je me suis donc dit qu’il fallait que je passe un cap de ce côté-là, que j’apprenne à encaisser davantage de kilomètres.

— Il y a donc aussi une vraie logique dans votre préparation pour les prochaines années…

J’ai aussi l’ambition de commencer à me pencher sur le doublé 5000-10 000 m en grand championnat. Ça veut dire être capable d’enchaîner encore plus de courses de haut niveau et d’être présent musculairement. Et moi, j’aime bien les défis. Ce que j’aime dans l’athlétisme, c’est aussi le côté ludique. Je fais plein de distances différentes et j’ai besoin de ce côté-là. Quand on s’est dit qu’on allait augmenter le kilométrage, on s’est demandé comment le faire. Pourquoi ne pas se fixer un objectif qui allait nous obliger à mettre du kilométrage ? C’est-à-dire un marathon. Ça m’a motivé parce que j’adore les courses sur route, les défis et la découverte. C’est comme ça qu’on s’est retrouvé à partir sur mon premier marathon.

« C’est l’ensemble du projet qui m’attire énormément, pas seulement la finalité du marathon. »

— Pourquoi Valence pour ce premier marathon ?

Parce que ça tombait idéalement au niveau des dates. Ça me place à environ neuf mois des Mondiaux, donc c’est quand même très éloigné. Et avec les Mondiaux de semi-marathon, ça me permettait de faire un premier bloc avec cette compétition, puis de finir la préparation avec les deux mois restants. Ça tombait vraiment au bon moment. Ça va me permettre de faire une grosse coupure en décembre et ensuite de partir jusqu’en septembre 2027 sur la préparation des Mondiaux (Pékin, 10 au 19 septembre 2027), avec d’autres objectifs au passage. L’idée est que ma grosse coupure tombe quand même assez tardivement avant les Mondiaux.

— Y a-t-il un scénario, si tout se passe très bien à Valence, dans lequel ce marathon pourrait faire évoluer tes projets ?

Honnêtement, non, parce que ce n’est pas du tout le projet. Je n’ai pas encore réussi à faire ce que je voulais à 100% sur la piste, donc je veux vraiment continuer là-dessus. Après, je reste quand même humble devant la distance. On va s’entraîner pour faire le meilleur chrono possible. Mais si, à l’entraînement, on voit que je vaux, je ne sais pas, 2h08, je ne partirai pas sur 2h06, comme je ne partirai pas sur 2h10. Je partirai sur l’allure que je pense être capable de tenir. Et puis, quand on voit la distance du marathon, à quel point ça peut être dur et qu’il faut peut-être du temps pour l’appréhender, je ne vais pas faire 2h04 ou 2h05 sur mon premier marathon. Il y a 99% de chances que mon choix de rester sur 5000-10 000 m soit sûr. Je ne vois pas dans quel monde il y aurait un chrono qui me motiverait à rester sur marathon.

— Qu’est-ce qui vous attire le plus dans cette distance ?

C’est un peu l’aventure. Les efforts longs, par exemple, mon premier semi-marathon, j’avais trouvé qu’on ressentait quelque chose en nous parce qu’on passait à une certaine durée d’effort qu’on n’avait jamais connue. Je n’avais jamais dépassé, par exemple, 30 minutes, donc 10 kilomètres. Forcément, après le 10 km, c’était vraiment une nouveauté, le corps découvrait de nouvelles sensations. Mais j’avais adoré.

Sur les semi-marathons suivants, on n’a plus la même sensation parce que le corps sait à quoi s’attendre. Là, sur marathon, j’ai vraiment hâte de découvrir ce qui va m’attendre après un semi-marathon. C’est assez excitant. Même toute la préparation va être totalement différente de ce que j’ai l’habitude de faire. Ça va casser la routine, je vais faire plus de kilomètres. C’est l’ensemble du projet qui m’attire énormément, pas seulement la finalité du marathon. Comme je l’ai dit, c’est une parenthèse et c’est aussi en vue d’objectifs futurs que je veux augmenter mon volume. Donc la préparation en elle-même est super intéressante pour moi.

— À quoi va ressembler votre préparation jusqu’au 6 décembre ?

J’ai fait le choix, après avoir coupé cinq jours, de partir directement à Font-Romeu (Pyrénées-Orientales). Je pars le 28 septembre pour quatre semaines et demie de stage. Ça va me permettre de refaire rapidement monter la forme. Je sais qu’à Font-Romeu, la forme remonte très rapidement. Et comme je n’ai coupé que cinq jours, il va me falloir une dizaine de jours pour retrouver les sensations. Après, ça devrait être bien. J’ai aussi fait le choix de rentrer suffisamment tôt avant le marathon pour pouvoir faire mes dernières séances spécifiques et vraiment caler les allures sur lesquelles je vais partir le 6 décembre.

« Aujourd’hui, je suis incapable, en toute honnêteté, de te dire si je partirai sur 2h06, 2h10 ou 2h08. »

— Allez-vous vous entourer de marathoniens expérimentés et prendre des conseils ?

Oui, j’ai quand même pas mal de personnes que je connais qui ont fait des marathons à plus ou moins haut niveau, voire à très haut niveau. Et même avec Valentin (Gondouin) et Bastien (Augusto), qui commencent aussi à avoir deux ou trois marathons dans les jambes, ce sont des personnes que je côtoie  très régulièrement. Même pour des personnes plus expérimentées, je n’aurais pas peur d’aller vers elles pour leur poser des questions et bien appréhender les choses. Je sais que pour mes coachs, c’est aussi un gros défi. Donc on ne s’empêche pas d’aller prendre de l’aide, entre guillemets, à droite à gauche pour aborder au mieux cette préparation et ce marathon.

— À Valence, les chronos réalisés par les Français ces dernières années peuvent-ils vous servir de repères ? Bastien Augusto a couru 2h09’36 pour son premier marathon, Valentin Gondouin 2h10’59 avant de réaliser 2h07’54 sur son deuxième, et Félix Bour est passé de 2h10’43 à 2h06’45.

Ça m’évoque surtout que le marathon est une distance tellement particulière que, tant qu’on n’en a pas couru, on ne sait pas comment on va réagir face à la distance. Ça m’évoque aussi le fait qu’il faut de l’expérience pour optimiser ses chronos. C’est pour ça que je ne peux pas annoncer de chrono tant que je n’ai pas fait ma préparation. J’annoncerai un chrono dans les semaines avant la course. Je pourrai dire : « Je pars dans tel groupe pour faire tel chrono », parce qu’à l’entraînement, je considérerai que j’ai travaillé les allures nécessaires. Mais aujourd’hui, je suis incapable, en toute honnêteté, de te dire si je partirai sur 2h06, 2h10 ou 2h08. Je ne sais pas. Les chronos des différentes personnes sur marathon montrent très bien que, dès le deuxième, ils optimisent de mieux en mieux parce que le corps sait à quoi s’attendre et parce qu’il y a aussi l’expérience de la préparation.

— Donc, vous ne vous servez pas encore de ces performances pour vous situer ?

Pas vraiment. Je pense que tant qu’on n’a pas couru de marathon, on ne sait pas comment on va réagir. C’est une distance où l’expérience compte énormément.

— Avez-vous regardé la liste des engagés à Valence, avec notamment Yomif Kejelcha (1h59’41 à Londres) et John Korir, vainqueur sortant ?

J’avais juste vu qu’il y avait Kejelcha. Mais sinon, je ne me suis pas attardé sur la start-list parce qu’on sait qu’à Valence, il y a toujours une start-list assez impressionnante. En vrai, je ne me suis pas intéressé plus que ça à ces athlètes parce que ça sera quand même une course contre moi-même et contre le chrono, et pas une course à la place. Je ne vais pas chercher une place.

« Se pencher sur le 5000-10 000 m dès les Mondiaux de l’année prochaine, en vue des Jeux de 2028. »

— Allez-vous suivre le premier marathon d’Andreas Almgren, recordman d’Europe du semi-marathon en 58’06, à New York le 1er novembre ?

Je vais évidemment le suivre. Avec ce qu’il a démontré sur semi-marathon, c’est assez impressionnant, donc j’ai hâte de voir ce qu’il va donner sur marathon. Après, New York reste un marathon assez particulier, notamment parce qu’il n’y a pas de lièvre. Mais sur le papier, pour son premier marathon, s’il gagne le marathon de New York, ce sera énorme. Et en vrai, je pense qu’il est capable de le faire. Je vais regarder par curiosité, mais ça ne va pas impacter ce que je prépare. Ce sera juste par plaisir, un peu en tant que fan d’athlétisme.

— Hâte de bientôt faire partie de la grande famille des marathoniens ?

C’est ça. J’ai hâte de découvrir ça. C’est une expérience et c’est une nouveauté.

— Et après le Marathon de Valence, quel sera le projet ?

Le projet est de commencer à se pencher sur le 5000-10 000 m dès les Mondiaux de l’année prochaine, en vue des Jeux de 2028. Il faudra notamment courir un 10 km pour essayer de se qualifier aux Mondiaux. Le problème, c’est que des 10 km, il n’y en a pas tous les quatre matins. Un des gros 10 km est à la mi-février, mais j’aurai peut-être seulement huit semaines d’entraînement. Ce ne sera donc probablement pas faisable d’être au top de ma forme. Il faudra trouver un bon 10 km, puis des bons 5000 m. Je n’ai donc pas encore fait mon calendrier.

Crédits photos : Jean-Luc Juvin, Solène Decosta & Gaëlle Mobuchon / STADION

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