Vous n’êtes pas prêts pour cette bombe : KIPRUN, marque running et trail de Decathlon, s’offre Mathieu Blanchard comme nouvel ambassadeur. Sous contrat avec Salomon depuis 2017, le vainqueur de la Diagonale des Fous 2024 portera désormais les équipements de la marque nordiste. Une sacrée prise pour KIPRUN. Stadion a eu l’occasion de s’entretenir avec l’aventurier de 38 ans ce vendredi.
On a vérifié le calendrier : on n’est plus le 1er avril. Et pourtant, l’annonce a de quoi surprendre. Après Jimmy Gressier, KIPRUN signe une arrivée de taille dans sa famille, celle de Mathieu Blanchard pour les trois prochaines années. Notre rédaction a échangé ce vendredi matin avec l’un des traileurs les plus renommés à l’international qui a passé son actualité en revue.




— Mathieu, pour commencer, la question traditionnelle : Comment allez-vous ? Vous avez eu une actualité riche ces derniers mois entre la Transat Café l’Or en octobre, la Barkley Marathons (160 km en moins de 60 heures, dans le Tennessee) en février et la Lapland Arctic Ultra (185 km) en mars…
Les derniers mois ont été assez intenses. J’ai un profil d’aventurier qui fait que j’ai des rêves et de beaux projets, mais entre l’idée et la réalisation, parfois, il y a un décalage sur l’évaluation de la fatigue que ça peut engendrer. La Transat (sur l’Imoca MSIG Europe du navigateur Conrad Colman) a été plus difficile que je l’imaginais et m’a vraiment fatigué. Derrière, j’ai pris un virus qui m’a mis KO pendant quasiment trois semaines. J’ai enchaîné tout de suite avec un énorme programme d’entraînement pour préparer la Barkley. J’ai également réalisé la tournée cinéma de mon film sur la Yukon Arctic Ultra (600 km à pied dans le froid glacial). On a l’impression qu’une tournée, c’est juste aller passer un film comme ça au cinéma. Mais je suis hyper impliqué dans les projets. C’est vrai qu’une semaine, à droite et à gauche en France, ça a été assez intense.
— Vous étiez chez Salomon depuis le début de votre carrière, depuis 2017, et vous avez décidé de signer chez KIPRUN pour les trois prochaines années. Pouvez-vous expliquer votre choix ?
J’ai commencé le trail à peu près en même temps que j’ai commencé mon partenariat avec Salomon, début 2017, il y a neuf ans. Aujourd’hui, c’est un nouveau cycle qui s’ouvre où j’ai envie de prendre en compte tout ce qui me constitue, où j’ai besoin d’amplifier ma vision dans plusieurs sphères : l’athlète, l’aventurier et l’ingénieur. J’ai signé pour trois ans, ce qui est assez commun dans le monde du trail. La légitimité de KIPRUN n’est plus à faire. Au niveau de la route, les produits sont exceptionnels. Il n’y a qu’à voir les résultats de Jimmy Gressier ou de Méline Rollin. En trail, il y a d’excellents produits aussi. On a déjà des super shoes pour faire du trail. Je vois les résultats de Blandine L’Hirondel, victorieuse de la Diagonale des Fous 2025, et Thomas Cardin, ce qu’il a fait sur la SaintéLyon ou sur la Chianti Ultra Trail. Il y a encore une marge de progression et je veux rentrer dans cette dynamique-là.
— C’est un choix que vous avez mûrement réfléchi…
Ça fait près de dix ans que je fais du trail et que je suis avec Salomon. Et la vie, elle, évolue comme tout. Je suis hyper passionné par mon sport et par plusieurs dimensions. Et aujourd’hui, je ne cours pas pour les mêmes raisons qu’au début. C’est une forme de maturité, où je comprends que dans une optique de m’épanouir plus dans ma carrière professionnelle. J’ai envie d’évoluer dans un environnement où je suis à la fois utilisateur et co-développeur des produits. Avec KIPRUN, il n’y a pas que la performance sportive qui est prise en compte, c’est-à-dire, ta capacité à aller faire des podiums sur les plus grandes courses du monde. Notre vision, je veux qu’elle soit aussi autour de l’aventure, parce qu’on peut énormément apprendre en termes de développement matériel dans les milieux extrêmes. Je veux mettre mon expérience au service de l’innovation.
« Pour la petite anecdote, un des tout premiers postes auxquels j’ai postulé quand j’ai eu mon diplôme d’ingénieur, c’était ingénieur produit chez Decathlon. »
— Aussi, par votre métier d’ingénieur, on sait que les équipements ont une grande importance dans votre quotidien, à l’entraînement comme en compétition, et même dans vos aventures extrêmes. Allez-vous être sollicité par KIPRUN dans la co-conception des chaussures et des tenues, et plus globalement de l’ensemble des équipements de trail et d’ultra-trail ?
Effectivement, j‘ai un diplôme d’ingénieur matériau que j’ai eu à Polytech Grenoble en 2011 et le côté analytique est ancré en moi. Lorsque je vais courir dehors, j’aime bien aussi essayer de ressentir ce qui se passe au niveau de mes pieds, des mousses, du grip, au niveau des frottements… Et toutes ces sensations et tous ces retours, j’ai envie de les transformer de manière plus concrète dans une carrière professionnelle, c’est-à-dire m’impliquer sur le développement de produits. C’est l’opportunité que m’offre KIPRUN. Mettre mes expériences au service du développement de produits haute performance qui seront ensuite accessibles au plus grand nombre. Un environnement dans lequel je vais pouvoir m’exprimer sur toutes ces dimensions.
— Quel est votre lien avec Decathlon avant cette signature ?
Pour la petite anecdote, un des tout premiers postes auxquels j’ai postulé quand j’ai eu mon diplôme d’ingénieur, c’était ingénieur produit chez Decathlon. Je me souviens aller faire un entretien d’embauche chez Decathlon pour être ingénieur produit. Malheureusement, je n’ai pas été pris. Et c’est marrant parce que quelques années plus tard, je peux dire que je vais être en quelque sorte un petit peu ingénieur produit pour KIPRUN sur certaines gammes de produits.
— Et KIPRUN ?
J’avais cette image de KIPRUN, de produit accessible, entrée de gamme à des prix super abordables. D’ailleurs, c’est quelque chose que j’apprécie encore énormément. La marque a une stratégie pour aller vers de l’ultra-performance, donc des produits qui concurrencent les meilleurs produits au monde, mais sans oublier ce côté accessible. J’essaie de faire comprendre au plus grand nombre que l’activité physique en pleine nature, c’est quelque chose qui est vital sur le plan physique et de la santé. Et moi, je n’ai jamais été autant heureux que depuis que je fais ce sport et j’ai envie que tout le monde découvre ce sport-là.
« J’ai pu tester les modèles dans toutes les conditions. »
— On imagine que vous avez pris le temps de tester les équipements KIPRUN en conditions réelles. Quelles sont les forces que vous avez pu identifier ?
J’ai été agréablement surpris. Aujourd’hui, je n’ai jamais fait de course de trail en super shoes (plaque en carbone et mousse performante), donc ce sera déjà une première année complète avec. De toute façon, avec les capacités qu’a la marque en termes d’innovation, de développement et de stratégie globale, je sais qu’on va pouvoir concevoir des équipements de grande qualité.
— Dans quelles conditions avez-vous testé les chaussures ?
En conditions réelles, je suis aux 2 Alpes. J’ai un banc d’essai qui peut être très violent pour les chaussures. J’ai de la neige, de la boue, des rochers, des pentes raides, de l’herbe, du goudron. Donc, j’ai pu tester les modèles dans toutes les conditions.
— Qu’avez-vous pensé du laboratoire d’innovation sportive de Decathlon à Lille (SportsLab au B’twin Village) ?
J’ai halluciné et j’ai été bluffé la première fois, c’est incroyable. Ce qui m’a le plus surpris, ce sont les chambres thermiques qui reproduisent les contraintes du terrain. Elles peuvent simuler une température de – 40°C à + 45°C pour connaître la résistance d’un produit dans des températures extrêmes. Le but est de valider le produit dans son usage : – 40°C, ce sont des températures que je vis au Yukon ou en Alaska et c’est encore des courses sur lesquelles je vais aller dans les prochaines années. Et on peut aller jusqu’à + 40°C aussi. J’ai bien aimé les expériences au Marathon des Sables (dans le Sahara marocain) et la thermorégulation dans le futur, c’est un gros sujet avec ce réchauffement climatique. Et franchement, sur des courses comme l’UTMB, en plein mois d’août, dans les vallées, il peut faire super chaud. Ces chambres thermiques peuvent définir un vent fort sur demande, et le vent peut avoir un ressenti différent sur l’être humain en plein effort.
— Avez-vous évoqué le projet d’une collection à votre nom ?
Si ça tenait à moi, je vous avoue que je n’ai pas forcément envie qu’il y ait mon nom affiché sur des produits parce que déjà, ça me gênerait un petit peu. Mais plutôt une forme de ‘co-développer avec’ ou ‘validé avec’ de manière discrète, qui valoriserait le fait que sur le produit, on a été des dizaines à travailler dessus. Je ne suis pas tout seul, il y a toute une équipe derrière la conception d’un produit.
« Je suis convaincu qu’il y a beaucoup d’inspiration et d’apprentissage qu’on peut aller chercher chez les autres athlètes. »
— Vous rejoignez des stars du sport français en tant qu’ambassadeur d’une marque Decathlon (Jimmy Gressier, Antoine Griezmann, Teddy Riner, Gaël Monfils, Antoine Brizard ou encore Alex Sarr). Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Ça montre bien qu’aujourd’hui, tout ce que j’ai pu mener comme projet, à la fois sur la performance, tous les résultats que j’ai pu faire, la vision que j’ai du sport, tant sur le plan des produits que médiatique avec mon storytelling, les aventures que je peux faire… tous ces accomplissements ont assez de valeur pour une grande marque comme KIPRUN et Decathlon pour que je sois dans cette team d’athlètes qui sont les plus grands athlètes du sport français.
Ce sont des athlètes que je vais pouvoir rencontrer. Je suis convaincu qu’il y a beaucoup d’inspiration et d’apprentissage qu’on peut aller chercher chez les autres athlètes. C’est pour ça que ça fait deux ou trois ans que j’aime passer du temps avec les meilleurs de leur domaine. J’ai passé du temps avec Benjamin Védrines, qui est un des meilleurs de sa génération en alpinisme, avec Morgan Bourc’his en apnée, avec Sébastien Bouin en escalade, avec Kilian Bron en vélo. Et c’est vrai que quand on passe du temps avec ces athlètes-là, on se rend compte qu’on peut se challenger au niveau approche mentale du sport, philosophie globale du sport. Et franchement, il y a énormément à apprendre. Et moi, je sais que je progresse beaucoup grâce aux autres aussi.





— Est-il possible de vous revoir accrocher un dossard sur route, et principalement sur marathon, dans les années à venir ?
J’ai commencé par la course à pied en 2014, et de 2014 jusqu’à 2017, j’ai fait que de la route. J’aimais beaucoup ce côté plus analytique de l’entraînement parce qu’en trail, on est beaucoup sur la sensation et la sensation, si on n’est pas hyper connecté avec son corps, c’est parfois difficile. Donc la route, ça me plaît toujours et c’est un test très concret pour savoir si on progresse encore ou si on régresse. Parce qu’en trail, d’une année à l’autre, avec les conditions météo, les changements de parcours, ce n’est vraiment pas facile de voir si on progresse ou si on régresse. Quand on arrive une demi-heure plus vite ou une demi-heure plus lent sur un ultra, ce n’est pas très clair. Tandis que la route, un temps, c’est un temps.
— Pensez-vous à un marathon en particulier ?
J’ai fait mon dernier marathon en 2023 à Paris (2h22’36). J’ai fait un negative split de deux ou trois minutes. C’est assez extrême. Ce qui montre que je n’étais pas encore trop à mon vrai niveau ce jour-là. J‘aimerais en refaire un pour partir sur un pacing plus adapté à mon niveau, faire un programme d’entraînement plus précis sur 3 à 4 mois et surtout un marathon un peu plus plat. Je pense notamment à Valence ou Séville, dans les trois prochaines années. C’est en tête. Et j’en ai déjà parlé à KIPRUN, ils ne sont pas fermés à l’idée aussi de m’accompagner là-dessus.
« Il y a quelque chose que j’ai inventé, c’est le syndrome d’Harry Potter. »
— Comment vont s’articuler les prochaines années dans les grandes lignes, avec déjà l’UTMB fin août ?
L’UTMB, c’est un objectif. Je l’ai couru cinq fois (13e en 2018, 3e en 2021, 2e en 2022, 4e en 2023, abandon en 2025), autant vous dire que je n’y vais plus pour découvrir les paysages. C’est là où il y a le plus gros niveau de compétition au monde et c’est là où vraiment on peut s’élever grâce à ce niveau de compétition. Quand on comprend les raisons pour lesquelles j’y vais, on comprend aussi que si je ne me sens pas à mon top cet été, je n’irai pas. Est-ce que je vais prendre le départ ou pas ? Je n’ai pas la réponse aujourd’hui. Ça dépendra de comment je me sens cet été. Ma première course à venir devrait être probablement le Trail 100 Andorra by UTMB le 13 juin, mais je n’ai pas pu finaliser mon calendrier, je le ferai ces prochains jours.
— Quels sont vos prochains projets d’aventure ?
J’ai des tonnes de projets d’aventure. Le grand froid est une thématique qui me plaît beaucoup en ce moment, parce qu’il faut beaucoup de temps pour pouvoir progresser dans ce milieu, à la fois sur la compréhension de la physiologie humaine, sur la compréhension de comment s’adapter dans le froid en fonction des différentes situations. Au niveau matériel aussi, il y a une marge de développement absolument immense, parce qu’il y a tellement peu de personnes actuellement qui font du vrai grand froid. C’est-à-dire de la température qui va de -30° à -50°, et du retour terrain, il n’y en a pas tant que ça.
— On vous laisse le mot de la fin…
Il y a quelque chose que j’ai inventé, c’est le syndrome d’Harry Potter. J’ai lu un article récent sur l’acteur Daniel Radcliffe, qui joue le rôle d’Harry Potter, qui souffrait du fait que toute sa vie, quand il va dans la rue, on l’appelle pas Daniel Radcliffe mais Harry Potter. Et tous les gens qui lui font signer des autographes, ils lui donnent des posters avec sa tête dans Harry Potter. On ne le connaît que pour ce rôle, alors qu’il a fait d’autres choses dans sa carrière. Et c’est un peu une introspection que j’ai eue ces derniers mois. Je ne veux pas que l’empreinte que je laisse se limite à mes performances. Dans 20 ans, je veux qu’on se rappelle que Mathieu, il a aussi été présent dans le développement de produits, qu’il a raconté des histoires de fous dans ses aventures. Je crois que ce partenariat avec KIPRUN va me permettre de ne pas tomber dans ce syndrome d’Harry Potter.
Propos recueillis par STADION
Crédits photos : KIPRUN






















