Méba-Mickaël Zézé : « Et là quand je vois le chrono, j’ai explosé de joie »

09 juillet 2022 à 11:01

Méba-Mickaël Zézé se souviendra toute de sa vie de ce dimanche 3 juillet 2022, lors duquel il a cassé deux barrières mythiques du sprint. En l’espace de quelques minutes, le pensionnaire du Mandelieu La Napoule AC est devenu le quatrième Français à courir en moins de 10 secondes sur 100 m (9″99), puis le deuxième en moins de 20 secondes sur 200 m (19″97) à La Chaux-de-Fonds (Suisse). Moins d’une semaine après son exploit, le natif de Saint-Aubin-lès-Elbeuf (Seine-Maritime) a la joie simple mais l’émotion est toujours présente. Il revient avec recul sur cette journée mémorable avant de voir loin et se projeter sur les Mondiaux de Eugene qui s’ouvrent ce vendredi 15 juillet. À 28 ans, le vainqueur des Pointes d’Or en 2009 confirme une éclosion tardive et commence réellement à écrire son histoire.

— Mickaël, pour commencer, la question traditionnelle après deux records : pouvez-vous nous raconter vos deux courses (100 m et 200 m) ?

J’ai couru, fin. Rien à dire (rires). Plus sérieusement, sur le 100 m je m’attendais à faire 9 secondes et quelques. Très clairement c’était l’objectif. J’avais fait 10″08 en série en étant un peu dans les vapes. Je me suis dit « ah d’accord, il y a une belle marge de progression ». En fait, en finale, lorsque je cours, je sais qu’il y a beaucoup de choses à travailler. Après coup, je me dis que la course est hyper perfectible donc ça reste quand même hyper intéressant. À la fin de la course, je vois que le gars qui est devant moi fait 9 secondes, et je suis juste derrière lui. Pendant deux minutes, le speaker était en train de départager pour savoir qui avait fait quoi. C’était un moment assez stressant. Il finit par nous dire qu’il y a un gars qui fait 10″00 et un autre qui fait 9″99. Finalement il nous dit qu’il y a trois athlètes en dessous des 10 secondes. Et là quand je vois le chrono, j’ai explosé de joie, je suis parti en courant avec mon frère (Ryan Zézé, également engagé sur le 100 m), sur le dos, c’était la folie ! Rien que d’y repenser… Wow.

Sur 200 m, j’y vais sans avoir d’idées. On m’a mis au couloir 6, j’étais à l’aveugle avec personne devant moi. Je décide de faire ma course et je me dis qu’il y aura forcément une surprise. Au bout de la course, je vois que le gars devant moi fait 19″62. Je me dis que c’est de la folie. Je me retourne, je ne comprends rien… et là on me dit que je fais 19″97 ! Je n’y croyais pas. Mais quelque part, c’est une suite logique à tout le travail que j’ai effectué toutes ces années. J’avais fait 20″54 en salle, en 2016. Quand tu fais ce chrono en salle, ce n’est pas anodin. Ça veut dire que tu dois faire 20″00 minimum en plein air. Durant ces années, il y a pas mal de difficultés, des périodes d’ombres… Aujourd’hui je peux dire : ENFIN ! je suis à mon niveau et ça fait plaisir.

 

— Avez-vous une préférence entre vos deux chronos ?

C’est une question spéciale. Les 9 secondes, je voulais vraiment les faire sur 100 m. Les 19 secondes c’était plus sur une surprise donc je dirais le 200 m.

 

— Sur une course, vous sentez-vous capable de courir sous les 19″80 et le record de France de Christophe Lemaitre ?

J’espère bien ! Parce que c’est perfectible. Je ne me fixe pas de limites par rapport au chrono, même par rapport aux titres. J’envoie et je vois ce que ça donne au bout. Quand j’ai revu la course, je vois que je relâche un peu mon placement etc… et ça fait quand même 19″97. Donc l’idée c’est de les faire, ces 19″80.

— Avec 28 sélections en équipe de France, deux Jeux olympiques à votre actif, trois titres en Elite sur 200 m ou encore une médaille d’argent européenne sur le 4×100 m en 2016 à Amsterdam, vous ne sortez évidemment pas de nulle part. Mais peut-on parler d’une éclosion tardive ?

J’ai été fort très jeune. Le tremplin que chaque athlète à la chance d’avoir entre 21 et 24 ans, je ne l’ai pas spécialement eu. Il n’y a pas eu cette longévité, à cause des blessures. Mais j’ai toujours été à un niveau international. Mais ce qu’il me fallait vraiment pour être très bien, c’est cette performance.

 

— Alors minime, vous remportez les Pointes d’Or en 2009 à Évreux, véritables championnats de France de la catégorie, avec déjà des performances qui avaient de quoi faire pâlir des athlètes seniors et expérimentés (6″13 au 50 m, 6,78 m en longueur et 1,94 m à la hauteur). Vous aviez tout du minime prodige et possédiez déjà toutes les qualités pour arriver un jour au plus haut niveau. Comment expliquez-vous que ces résultats n’arrivent que maintenant ?

Ces résultats arrivent maintenant car j’ai beaucoup plus de sérénité. Les années d’avant ont vraiment été des années galères. Mais ça restait quand même des objectifs. Je voulais déjà en courir en 9 secondes l’année dernière, j’ai fait 10″15 avec 1 mètre de vent défavorable, et finalement j’ai dû m’arrêter pour me soigner. J’avais des tendinites aux tendons d’Achille, j’ai dû traîner ça tout au long de la saison, c’est très rare, bref… Cette année je me suis dit : « cette saison ça va sortir, c’est l’objectif et je vais le faire ». Par rapport au 19 secondes, c’était une surprise. Je voulais reprendre le 200 m cette année, parce que c’est une épreuve qui me tient vraiment à cœur, et je le fais correctement donc c’est cool. J’ai retrouvé mes repères de course.

 

— Entre Val de Reuil, Boulouris, l’Angleterre puis maintenant Antony (Hauts-de-Seine), vous avez beaucoup vadrouillé dans votre carrière… Pouvez-vous nous expliquer votre histoire ?

Je suis resté 10 ans à Val-de-Reuil. Je m’entrainais avec Pierre Grondin, mon premier coach. Je lui ai promis qu’on ferait une Olympiade ensemble. Ce qui s’est passé, c’est qu’après Rio, je n’avais pas atteint mes objectifs. Je me fixe des objectifs chronométriques. Si je suis avec un coach, c’est pour qu’il m’emmène au niveau que JE veux. Souvent, le coach il a son objectif, et l’athlète a lui aussi son objectif. Le problème, c’est qu’ils ne mettent pas leurs objectifs en commun. C’est ce qui s’est passé. Par contre attention, je remercie tous mes coachs. Donc je reste avec Pierre pendant 10 ans. Je passe de 14 secondes à 10″21, c’était bien ! (rires), je bats des records de France, je fais des médailles donc c‘était cool franchement. En plus avec lui, j’ai connu la blessure. Donc c’était assez fort. J’ai dû comprendre comment faire pour remonter la pente et prendre le tremplin chez les séniors. C’était l’abnégation. Ensuite, je suis parti chez Laurence Bily dans le Sud de la France, du côté de Boulouris. Je savais que techniquement j’avais besoin de trouver quelque chose de nouveau. Et Laurence, elle m’a apporté tous ces points techniques, j’ai vraiment apprécié, et ça a duré deux ans. Ce qui est spécial, c’est que normalement les athlètes ne quittent pas leurs coachs lorsqu’ ils sont en pleine progression. Je l’ai fait deux fois. Avec Pierre, puis avec Laurence en 2018, alors que je viens d’être champion de France sur 200 m et vice-champion sur 100 m. Je me classe neuvième aux championnats d’Europe… et je reste sur ma faim. Je me suis laissé deux ans, il y a les Jeux Olympiques de Tokyo dans deux ans, je veux passer à la vitesse supérieure. Forcément, ça plait plus ou moins…

Et ensuite c’est l’Angleterre…

Ensuite, je pars en Angleterre, et je rejoins un coach qui s’appelle Jonas Dodoo. Il a déjà coaché des athlètes en dessous des 10 secondes, donc forcément, ça me parle. En fait, un des deux athlètes, Chijindu Ujah, fait 9″96 à la sortie de ses années juniors. Je me dis : « ce type-là, je le battais en cadet, et là il fait 9″96 ? ». Il s’est avéré que c’était grâce à la méthode du coach. J’y étais déjà allé trois jours, juste après les Jeux de Rio, mais il était basé à Londres, et ça ne collait pas. J’y retourne en 2018, cette fois-ci à Loughborough, c’est la première Université Sportive du pays. Les infrastructures sont très bien, je me suis vraiment senti chez moi tout de suite. J’ai emménagé là-bas avec ma famille à l’époque, c’était bien. Pendant les deux années où je pouvais vraiment performer avec ce coach… J’ai été freiné. Soit par les blessures, soit par le Covid. Avec la pandémie, tous les athlètes avec qui je m’entraînais se sont barrés. Je suis resté tout seul avec le coach, ça ne me dérangeait pas, au contraire : la seule chose dont j’avais besoin c’était d’être suivi par le coach et bien m’entraîner. Finalement j’ai dû rentrer, car l’Angleterre n’acceptait pas les étrangers pendant cette période. Mon coach actuel Eliott finissait ses études de Biomécanique avec Jonas. Donc c’est un Français aux origines anglaises, et on s’est bien entendu. Lorsque je suis revenu en France fin 2020, je me suis entraîné tout seul pendant deux mois, c’est à ce moment-là qu’Eliott est venu, et ça se passe bien. En l’espace de six mois, il m’avait fait courir en 10″15, ce qui est très prometteur.

 

— On imagine que ces performances sont le fruit de beaucoup de travail…

Je suis beaucoup plus à l’écoute de mon corps. Mais sinon, je n’ai pas changé spécialement de choses au cours de ma carrière. Je suis très assidu aux entraînements, et j’aime bien quand les choses sont bien faites. Je me suis entraîné tout seul de septembre à fin février avant de retrouver mon coach, Eliott Drapper, à Paris. Ça m’a ouvert l’esprit sur pas mal de choses, surtout sur la manière de faire. De manière générale, les athlètes se disent que pour réussir, c’est toujours le même plan. Il faut que je m’entraîne à cette heure, que j’écoute le coach, que je fasse-ci, que je fasse-ça, alors que pas forcément ! J’en suis la preuve, J’ai fait une partie de la saison en m’entrainant seul, et je fais 9 secondes au 100 m et 19 sur 200 m. À partir du moment où tu respectes ton corps, ton coach et la programmation, et que t’arrives à d’adapter, bah c’est la cerise sur le gâteau aujourd’hui.

 

— Avez-vous toujours cru en vous durant toutes ces années ?

Toujours. Je n’ai pas peur de dire ce que j’ai envie de faire. C’est surtout ça. Mentalement, il y a quelque chose qui s’est débloqué. C’est-à-dire que quand j’ai envie de faire quelque chose, je ne m’empêche pas de le dire. J’ai dit que je voulais faire 9 secondes, je l’ai fait. Il n’y a pas de limites dans ce que je fais. Et je pourrais aller beaucoup plus loin. C’est une méthode un peu anglo-saxonne. En France, les Français ont tendance à avoir peur de dire ce qu’ils pensent et ce qu’ils veulent. Moi je l’ai fait, et j’en suis bien content !

— Êtes-vous frustré d’avoir claqué ces deux chronos quelques jours seulement après la période de qualification qui s’est refermée le 26 juin pour les Mondiaux de Eugene ?

Non. La frustration, elle était là plus à l’annonce de la sélection. Pas par rapport à la sélection en elle-même, parce que je n’avais pas le niveau. On ne va pas se mentir, 20”41 (son record au moment de la sélection), je ne rentrais pas. C’était plus le fait de me dire : Je participe à des championnats du monde, alors qu’il y a 10 ans, je participe à mes premiers championnats, alors que j’étais en Juniors, en relais. Ça veut dire que j’ai toujours fait que du relais là-bas. Ça m’a mis un peu le bad. Mais je reste quand même motivé. Si je pars là-bas c’est pour quelque chose.

 

— Vous figurez dans la sélection avec le relais 4×100 m. Avec notamment Jimmy Vicaut, Mouhamadou Fall, votre frère Ryan et vous, c’est un quatuor qui a bel allure à Eugene… Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter ? 

C’est de monter sur la boîte ! On veut récupérer une médaille. Ah oui, oui, oui, on veut fêter ! On ne part pour rien d’autre que ça. J’aime bien dire qu’on veut “fêter”, faut le prendre comme ça aujourd’hui, faut prendre plaisir sur la piste.

 

— En ce moment, vous êtes au Creps de Boulouris, vous vous entraînez avec votre frère, c’est les derniers réglages avant le grand départ ?

Presque, ouais ! J’en profite aussi pour voir mon fils, ça fait du bien. Je suis parti voir mon club, ça fait du bien aussi. Mais c’est surtout ma famille ! Il y a mon frère Ryan, ma petite sœur Greta et Benbezi, mon grand frère, celui qui nous a ouvert la porte. C’est lui qui nous a dit comment courir, la technique, les départs… (rires). Ça me fait du bien d’être dans le sud, ça me permet de couper un peu, en s’entrainant toujours, mais ça change.

 

— Concernant les Championnats d’Europe de Munich (15 au 21 août), quelles sont vos ambitions après ces deux performances ?

Pour Munich, je voulais vraiment me qualifier sur les trois épreuves (100 m, 200 m, 4×100 m). Je suis allé en Suisse spécialement pour ça. C’est chose faite, maintenant on continue.

Propos recueillis par Briac Vannini
Crédits photos : Clément Gilliéron / ATHLE.ch & STADION

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