Mehdi Frère : « Je ne suis pas surpris par ce chrono »

07 décembre 2020 à 15:13

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Mehdi Frère n’est pas prêt d’oublier ce dimanche 6 décembre 2020. Auteur d’un 2h08’55 (20e) lors du marathon de Valence qui a été de très haute facture, le Français de 24 ans laisse éclater au grand jour un potentiel déjà entraperçu depuis plusieurs années. Au lendemain de sa belle prestation, le sociétaire du Pays de Fontainebleau a pris le temps, depuis l’aéroport de Valence, de s’entretenir avec Stadion pour évoquer sa course, sa préparation et une saison 2021 toute en ambition.

Mehdi, comment vous sentez-vous au lendemain de votre course (lire notre compte-rendu) ?

Je me sens bien, soulagé, un peu fatigué, j’ai mal partout.

Cette course s’est-elle déroulée comme vous l’imaginiez ?

La préparation s’était bien passée, je me sentais assez en forme et les jambes étaient OK. Comme la sélection olympique pour Tokyo sur marathon avait déjà été arrêtée (Morhad Amdouni, Hassan Chahdi, Nicolas Navarro et Benjamin Choquert comme remplaçant, NDLR) et que même en réalisant les minima (2h11’30) à Valence, ça ne comptait pas, je me suis dit autant tenter un truc complètement fou et me faire plaisir. Et pourquoi pas tenter le record de France (Benoit Zwierzchiewski avec 2h06’36 à Paris en 2003) ? Je suis parti comme un “abruti” parce que ce n’était pas vraiment mes allures et j’ai senti assez rapidement que ça allait un peu vite pour moi (passage en 1h03’10 au semi). J’ai tenu une trentaine de kilomètres sur ce rythme mais la fin de course a été un petit peu compliquée. Si la Fédération m’avait dit que je pouvais être sélectionnable en cas de réalisation des minima, je n’aurais pas pris un si gros risque et je serais parti un peu plus tranquillement avec les autres Français sur les bases de 2h09/2h09’30. J’ai pris ce risque parce que quitte à ce que ça serve peut-être à rien dans la course à la sélection, autant me lâcher. Je ne suis pas passé loin de la catastrophe.

Vous passez au semi en 1h03’10, plus rapide que votre record personnel en 1h04’20…

Les séances d’entraînement étaient de très bon augure et j’avais un peu travaillé les allures du record de France, alors pourquoi pas tenter un gros coup. J’étais à peu près certain que ça allait tenir jusqu’au 25e km. Je ne me suis pas lancé dans une mission suicide non plus.

— Avez-vous été surpris par le chrono et ce record pulvérisé ?

Non pas du tout, je ne suis pas surpris par ce chrono, de l’extérieur 5 minutes ça paraît une grosse progression (2h14’15 à Valence en 2019) mais je me sentais capable de descendre sous les 2h10. J’avais déjà annoncé dans certains médias spécialisés avant la course que j’étais capable de courir en 2h08 au mieux et 2h10 quoi qu’il arrive.

— Comment vous êtes-vous préparé à ce marathon ?

J’ai axé ma préparation sur le kilométrage. Si j’ai fait un bon premier marathon à Valence l’an dernier, c’est ce qui m’avait un peu manqué. J’ai quasiment doublé mon volume d’entraînement. Je suis passé d’une moyenne de 80 km par semaine à plus de 150/160 km. Il y a eu une préparation complète qui a été effectuée pour ce marathon et surtout sans blessure, ça aide beaucoup.

— Vous avez réalisé 27’24 sur 10 km à l’entraînement le 13 novembre dernier à l’occasion d’une course virtuelle. Est-ce un bon indicateur ?

Mentalement déjà, ça fait passer des caps même si c’est que l’entraînement et que ce n’est pas une course officielle, je sais que j’ai couru très vite ce jour-là. Je savais que j’avais la caisse et visiblement j’avais aussi la vitesse alors que je ne m’y attendais pas forcément. Peu de temps avant, j’avais fait un test sur 30 km sur des allures inférieures au record de France. Forcément, ces séances me mettaient en confiance dans l’optique du marathon, surtout quand on sait qu’on est complet sur tous les secteurs. 

— Ce chrono est une étape évidemment importante dans votre carrière. On a le sentiment que vous prenez cela très calmement, malgré tout.

On est très content du chrono mais il faut le replacer dans le contexte mondial et européen. Maintenant courir 2h08 ou 2h09, malheureusement ça ne vaut plus grand chose. On est arrivé dans un monde où ces chronos ne veulent plus trop rien dire. Si je veux être potable au niveau mondial ou européen, mon chrono ne doit être qu’une étape. Il faut viser beaucoup mieux. Ce n’est pas la même dimension, c’est sûr, il y a un gros cap qui a été passé. Honnêtement c’était prévu mais pas aussi tôt. Je pensais atteindre ce niveau de forme et ce chrono aux alentours de 2023 pour préparer 2024. Je suis un peu surpris de ce point de vue là. L’apparition des chaussures carbone a chamboulé mon plan de carrière, ça m’a fait avancer plus vite que prévu.

Vous portiez, comme beaucoup de coureurs qui ont performé à Valence, des chaussures à plaque carbone, censées améliorer les performances par leur renvoi. Pouvez-vous quantifier le gain vous concernant ?

Elles donnent un réel avantage sur celui qui n’en a pas. Le gain se compte en minutes, malheureusement ou heureusement, je ne sais pas trop. Typiquement l’an dernier, pour mon premier marathon, je pensais courir en 2h16/2h17 et au final je fais 2h14 sans souffrance. Cette année, j’ai beaucoup plus souffert mais j’estime mon niveau à 2h12 et là je fais 3 minutes de mieux. Il faut rester humble par rapport à ce chrono et reconnaître que si on change de chaussures, ce ne serait pas la même donne à l’arrivée.

— Vous êtes le sixième meilleur performeur français de tous les temps sur marathon, qu’est-ce que ça vous inspire ?

C’est évidemment beaucoup de fierté au vu des noms qu’il y a au-dessus et en-dessous dans ce classement. Mais il faut relativiser et absolument ne pas comparer les époques. Je n’ai pas les mêmes chaussures que des gars qui couraient il y a quelques années. Quand on voit que je fais presque le même chrono qu’Abdellah Béhar (2h09’04 en 2001 à Rotterdam), il ne courait pas avec des chaussures carbone et des mousses révolutionnaires. Le chrono est flatteur mais ça ne vaut pas ceux de nos anciens on va dire. Les 4  Français présents, on avait tous les chaussures carbone donc même si les chronos sont faussés, on se situe par rapport au niveau français et au niveau européen. Chaussures carbone ou pas, le fait que j’arrive à être avec eux montre que j’ai été au rendez-vous.

— Vu le contexte particulier, il y a eu peu de spectateurs au bord du parcours. Est-ce que vous avez quand même eu l’impression d’être dans un vrai marathon ?

C’est beaucoup plus agréable et ça fait chaud au coeur quand il y a du public. Les rues vides quand on est seul face à sa souffrance, c’est quand même plus compliqué et c’est long. Quand on arrive dans un endroit où il y a du monde on sent l’ambiance et les encouragements du public, ça aide beaucoup. C’est pour les ambiances d’ailleurs qu’on aime autant la route.

Pensez-vous que les cartes vont être rebattues concernant la sélection pour les Jeux olympiques ?

J’espère que les cartes vont être rebattues mais j’ai eu des discussions avant Valence avec des responsables fédéraux et ce qu’il en était ressorti c’est que chaque chose se fait en son temps. Il fallait déjà faire les minima et éventuellement faire mieux que les autres Français et c’est qu’après avoir fait ça qu’on en rediscuterait. Maintenant toutes les étapes sont remplies, oui j’ai envie de rediscuter (rires). Je n’aimerais pas être à la place de la FFA qui va avoir des choix à faire.

Vous êtes optimiste ?

J’ai envie de l’être mais la sélection est censée être actée. Je vais rester positif et je vais me battre jusqu’au bout. On parle de Jeux olympiques donc il faut faire le maximum. J’espère que la Fédération fera le bon choix. Si les choix se font sans moi, tant pis, mais j’ai envie d’avoir ma chance comme les autres.

Quel sera votre programme ces prochaines semaines ?

Premièrement, il va falloir bien récupérer, bien me régénérer, redescendre la pression et toutes ces émotions. La saison a été extrêmement longue. Je n’ai pas pris de vacances et depuis plus d’un an et le marathon de Valence l’an passé, je ne pense qu’à cette course. On va se projeter sur 2021 et je pense qu’il y a quelque chose à faire pas seulement sur la route mais aussi sur la piste. On va certainement cibler mai ou juin pour faire un chrono sur 10 000 m. Tout d’abord, il va falloir battre ses records sur les distances inférieures pour ensuite espérer courir au niveau des minima olympiques (27’28″00) sur les 25 tours. Le test à l’entraînement sur 10 km (27’24) me permet de penser que je peux réaliser au moins la même chose sur la piste. Il est possible que je m’aligne sur quelques cross cet hiver qui vont parfaitement s’inclure dans la préparation pour développer le foncier.

Suivez toutes les séances de Mehdi Frère sur Strava, en cliquant ici.

Crédit photo : STADION

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