Benjamin Robert : « C’est clair, je pars à Paris pour une médaille »

08 mars 2022 à 20:08

Tout récent champion de France Elite en salle sur 800 m, Benjamin Robert fait, plus que jamais, partie des athlètes qu’il faut suivre. De cette nouvelle génération pour laquelle les Jeux olympiques de Paris représentent un réel objectif. Après être passé au travers des JO de Tokyo (éliminé en séries), le Toulousain de 24 ans a depuis rebondi et aborde la saison 2022 avec des ambitions assumées. Compétiteur dans l’âme, mais avant tout bon vivant, l’athlète de 24 ans a su construire intelligemment sa carrière en s’entourant de bonnes personnes et en gardant la tête sur les épaules. Rencontre avec le quadruple champion de France du double tour de piste, qui compte profiter de cette année pour encore élargir son palmarès. Dans cette longue interview proposée ci-dessous en version magazine grand format, découvrez un reportage photo exclusif réalisé à Iten, au Kenya, par notre photographe Hugo Aussenac en janvier dernier.

Benjamin Robert en chiffres

SON NOMBRE D'ANNÉES EN ÉCOLE DE KINÉ

RECORD PERSONNEL SUR 800 M

TITRES DE CHAMPION DE FRANCE ELITE

SÉLECTIONS EN ÉQUIPE DE FRANCE

Benjamin, commençons par les Championnats de France Elite en salle à Miramas où vous avez conservé votre titre sur 800 m. On vous imagine heureux…

Oui oui, très heureux. J’ai même fait un gros 600 m hier (jeudi 3 mars, ndlr), en 1’15 donc c’est que j’ai plutôt récupéré.

Quel était l’objectif de s’aligner sur 1500 m peu de temps après la finale du 800 m, et comment se remobilise-t-on, physiquement et émotionnellement, pour prendre un nouveau départ alors qu’on vient d’être titré champion de France ?

Aucune ambition et aucune prétention d’être médaillé sur 1500 m au France après. On va dire que c’était juste pour faire une grosse séance après le 800. Comme ça, je faisais un week-end où j’enchaînais trois courses et dans les grands championnats on sait que ce sont souvent des week-end comme ça. C’était aussi par plaisir. Je sais que pour moi, la grosse pression elle était sur le 800 m. Donc je pouvais prendre du plaisir à courir sur 1500 mètres, j’allais prendre du plaisir à courir avec les copains. Il y avait Benoît Campion et Djilali Bedrani qui étaient sur 1500 m, donc pour moi c’était un plaisir de participer à la fête.

— Justement, au début on aurait pu penser que l’objectif aurait été de faire le lièvre pour l’un d’entre eux, ça n’a jamais été prévu ?

Pas du tout. C’était vraiment ma course. Après bien sûr, j’avais discuté avec Benoit et Djlilali pour leur demander s’ils voulaient que je les aide, s’ils voulaient que je fasse un truc. Mais ils m’ont dit « non, t’inquiète pas ». Je ne me suis pas inscrit pour faire lièvre ou pour les tirer. C’était vraiment pour enchaîner.

Alors qu’une nouvelle année vient de commencer, quel regard portez-vous sur votre saison 2021 ?

On va dire satisfait. Parce que je fais un très bon début de saison, je me qualifie aux Jeux olympiques, ce qui était quand même l’objectif principal, mais après malheureusement je finis ma saison aux Jeux, en séries, ce qui n’était pas l’objectif. J’aurai aimé continuer après, mais j’ai eu des problèmes de tendons d’Achille. C’est-à-dire que pendant toute la saison, j’ai tiré un peu sur les tendons, ça allait, on va dire que je tenais. Et dès que l’échéance des Jeux olympiques est arrivée, je ne sais pas comment expliquer mais je ne tenais plus. Je pense que j’avais moins la niaque, comme la grosse échéance était passée, de tenir les entraînements.

— On a l’impression que vous avez rapidement évolué et que tout a été très vite pour vous cette saison. Est-ce également votre ressenti ?

Oui, on va dire que c’est plus l’année 2020, où j’ai eu la chance de faire de grosses compétitions, dont la Diamond League de Monaco, qui m’a bien propulsé. Mais c’était plutôt en hiver où j’ai vite changé, pas de statut, mais l’hiver j’ai couru contre les meilleurs au monde. C’est-à-dire contre Elliot Giles, contre des Kényans, contre Andreas Kramer… Contre des mecs que je voyais à la télé auparavant, et maintenant je cours contre eux. Ce n’est pas une habitude mais ça devient récurrent. Donc on va dire que ça s’est plus passé en salle que l’été quand même.

— Comment expliquez-vous justement cette évolution ? C’est le fait d’avoir engrangé des grandes compétitions et d’avoir couru contre ces athlètes ?

Non, c’est quand même le changement d’entraîneur. C’est le changement de groupe, où je pense que j’ai pris en maturité, j’ai pris beaucoup d’expérience. Et surtout, j’ai vu ce que c’était que du vrai haut niveau. C’est-à-dire que j’ai rejoint le groupe du coach Sébastien Gamel avec Djilali Bedrani qui avait fait cinquième au Mondiaux de Doha en 2019, et Pierrik Jocteur-Monrozier, et donc c’étaient déjà des personnes qui avaient de l’expérience. Et on va dire que de suite, quand j’étais avec eux, je me suis plus entraîné comme un mec qui avait la prétention de faire les Jeux olympiques. Ce qui m’a tiré vers le haut, c’est clairement cette dynamique.

« Je pense que j’avais vraiment le niveau pour faire mieux. »

— Oui, c’est le collectif.

C’est ça, complètement. C’est un rythme de vie. Quand j’ai rejoint le groupe, j’ai eu par la suite un rythme de vie, je n’ai pas l’impression d’avoir trop changé non plus, mais en fait, naturellement mon rythme de vie a changé et mes objectifs ont changé par la suite, avec les chronos à l’entraînement qui changent. C’est surtout ça. Ça s’est fait naturellement.

Comment avez-vous réagi lorsque vous avez réalisé les minima pour les Jeux olympiques au Meeting de Marseille (1’44″53, le 9 juin 2021)  ?

J’étais soulagé. Je n’étais pas satisfait, mais soulagé parce que je savais que je les valais. Ça faisait quand même quelques courses que je ne les faisais pas, et on va dire que Marseille c’était la dernière course où j’ai pu les faire, mais il y avait peu de temps après. Donc j’avais pas mal de pression là-dessus, on a une date butoir et il faut réaliser ces minima. Même si on sait qu’on est capable de les faire, ce n’est pas pour autant qu’on les sort à la date précise. Donc c’était du soulagement. Mais c’était plus à Monaco, en 2020, où là c’était vraiment la surprise : enfin je réalise des minima olympiques ! Malheureusement, ce n’était pas la bonne année, mais c’était vraiment en 2020 la surprise, l’étonnement. J’étais ultra heureux, tout ce travail qui se concrétise. En 2021 c’était plus un soulagement en mode « ça y est, enfin je l’ai fait pendant la bonne période ».

— Quelles étaient vos ambitions en vous rendant à Tokyo ?

Finaliste. C’était finaliste aux Jeux olympiques.

— Vous avez malheureusement été éliminé en série à Tokyo avec un temps de 1’47″12. Comment expliquez-vous cette contre-performance ?

Ce n’était pas forcément la pression, mais c’est le jeu des séries. Sur 800 m, on ne bat pas son record à chaque course, ce n’est pas comme le 100, le 200 ou le 400, où on est seul dans un couloir. Sur 800 m, c’est très stratégique, sauf si on est vraiment au-dessus physiquement, mais je pense que je ne l’étais pas. Je pense que j’avais le niveau pour être finaliste, mais le problème c’est que je suis tombé sur une série où je n’ai pas été bon, clairement. Ma série n’était pas facile non plus, mais à la fois j’ai vraiment très mal couru. Je n’ai pas osé, c’est ce qui m’arrive de temps en temps, c’est un peu mon défaut, j’ai connu pareil aux Championnats d’Europe en salle de Torun en 2021, en demi-finales. On part sans partir, donc en fait tu subis la course. A ce niveau là, malheureusement il faut être à 100% et les erreurs tu les paies cash. Je n’ai pas tout donné on va dire. Je n’ai pas fait ce qu’il fallait.

— Donc il y a peut-être un peu de frustration avec le recul ?

Complètement. En plus quand je vois Gabriel Tual qui fait finaliste, je vois Pierre Ambroise Bosse qui fait demi-finaliste, je vois des athlètes contre qui j’ai couru qui font demi-finalistes… Je pense que j’avais vraiment le niveau pour faire mieux, mais encore une fois ce sont les Jeux, c’est le très très haut niveau et les erreurs on les paie cash. Encore une fois, à moins d’être au-dessus physiquement, il ne faut pas faire d’erreur.

« C’est particulier mais je suis parti faire de la vitesse à Iten. »

— Comment avez-vous appréhendé votre retour en France après la participation à vos premiers JO ?

Je n’ai eu aucun souci. C’était de ma faute. Je n’ai pas appréhendé, je n’ai pas été bon donc on rentre à la maison et au revoir. C’était juste une page qui se tourne.

— Vous êtes de suite reparti à l’entraînement, il n’y a pas eu de contrecoup ?

Ah non, à la base je devais rentrer et me réentraîner pour continuer la saison, sauf qu’avec mon talon d’Achille je n’ai pas pu. Donc j’ai mis fin à ma saison. J’ai fait une bonne coupure, j’ai fait facilement un mois et demi sans sport. Après moi j’aime bien couper complètement, j’ai des amis et mon entourage qui ne sont pas forcément dans l’athlétisme, donc j’ai profité d’amis que je n’ai pas la chance de voir pendant la saison. J’ai vu plein plein d’amis et je n’ai vraiment pas fait un seul sport pendant un mois et demi. C’était un peu dur mais j’ai fait une belle coupure. Ça m’a fait du bien. Je n’étais pas noyé par l’athlé, mais ça m’a fait plaisir de faire une vraie pause.

Et de repartir bien rechargé pour la suite.

C’est ça. Moi, j’aime bien faire la fête, je suis un bon vivant donc j’ai bien profité de ça et après je sais que pendant quelques mois, il n’y a plus de tout ça.

Depuis, comment se passe votre préparation ?

Elle se passe bien, la reprise a été très dure. La reprise c’était pas évident, comme je n’avais vraiment fait aucun sport pendant longtemps. J’avais même mon entraîneur qui était devant moi, donc ce n’était pas marrant. Mais encore une fois, je sais que ce n’est pas grave parce qu’il me suffisait d’un stage à Font-Romeu de deux semaines et d’une hygiène de vie irréprochable pour retrouver très vite le niveau. On reprend du plaisir à courir quand on commence à retrouver son niveau, donc ça s’est passé très vite. Après la prépa, qu’est qu’on a fait ? Je suis parti en stage en altitude, j’ai fait un peu de prépa longue. J’ai tenté la sélection pour les Europe de cross-country de Dublin en relais mixte où je n’ai pas été ridicule, j’ai fait les France de cross qui étaient chez moi, à Montauban, où je fais top 15, donc pour un coureur de 800 m ce n’était pas mauvais du tout. J’étais plutôt satisfait du travail foncier. Et après, je suis parti au Kenya trois semaines, mais pas pour faire du foncier. C’est particulier mais je suis parti faire de la vitesse à Iten. Ce qu’on recherchait, c’était de la chaleur car à la base on devait partir en Afrique du Sud mais le Comité National Olympique nous a clairement refusé l’accès à cause de la Covid. Donc on s’est tournés vers le Kenya. Je ne me suis pas entraîné avec mon groupe, j’étais plutôt de mon côté car je faisais de la vitesse.

Justement, comment s’est passé ce stage ?

Ça s’est super bien passé, franchement. C’est la première fois que j’allais au Kenya pour faire de la vitesse, souvent quand tu vas au Kenya c’est pour faire du foncier. Le foncier ce n’est pas le plus drôle parce que tu souffres longtemps. Alors que là, justement, il faisait super beau, c’est l’été au Kenya au mois de janvier, donc franchement les conditions étaient géniales. Les parcours sont magnifiques et la culture là-bas est géniale. En plus, on avait un bon groupe, moi je suis content, j’étais avec Pierrick et Alexa Lemitre de mon groupe, avec Tarik Moukrime et après il y avait pas mal de Français donc ça faisait plaisir. J’avais l’impression d’être en stage Équipe de France, donc ça c’était bien. J’ai juste eu malheureusement une petite élongation à l’ischio en fin de stage et c’est à cause de ça que j’ai dû rater le Meeting du World Indoor Tour à Karlsruhe en rentrant du Kenya.

« La culture là-bas te remet la tête sur les épaules. »

— Pour quelles raisons y retournez-vous chaque année ?

Ce sont des conditions incroyables, on est à 2500 m d’altitude. En France, pour aller chercher une altitude comme ça, c’est Font-Romeu. Mais Font-Romeu au mois de janvier il neige. Donc trouver des endroits à 2500 d’altitude, avec de la chaleur, c’est rare. Sur le même fuseau horaire, on a une heure ou deux de décalage horaire, donc c’est bien. Après là-bas, il y a une culture de course à pied qui est monstrueuse. C’est-à-dire que là-bas, tout le monde court. Et surtout, ça te remet un peu ton égo de côté. Je m’entraînais avec un coureur qui faisait 1’44″80 sur 800 m et le mec il n’est pas parti aux Jeux, il n’a pas de contrat avec un équipementier, il n’a rien du tout. Donc c’est un tout : les conditions climatiques sont incroyables et surtout la culture là-bas te remet la tête sur les épaules.

— Justement, quelle est la mentalité des locaux sur place ?

Ils sont simples. Ce sont des personnes qui n’ont pas beaucoup d’argent, qui n’ont même rien, qui sont pauvres. Et ils sont souriants, ce sont limite eux qui vont plus te donner des choses, ils auront plaisir à t’aider. C’est ça la culture kényane. C’est pour ça que c’est hyper agréable de partir là-bas. Même mon entraîneur, je sais que quand il est parti là-bas il était tombé amoureux parce que vraiment, ils n’ont rien et pourtant ils sont prêts à tout t’offrir.

— Comment appréhendez-vous le retour en France et le choc des cultures ?

J’avoue que j’aime bien rentrer en France pour le confort. Au niveau culture, les Kényans sont plus sympathiques on va dire que les Français, mais par contre le confort là-bas c’est beaucoup moins bien qu’en France. On a eu des jours où on a n’a pas eu d’eau, on a eu des coupures d’électricité pendant plusieurs heures, on devait se doucher à l’eau froide… Des choses comme ça.

— Pouvez-vous nous décrire votre relation avec votre entraîneur, Sébastien Gamel ?

Je dirais très fusionnel. Je pense qu’on se ressemble pas mal, on est tous les deux des bons vivants, on aime bien rigoler mais tout en travaillant dur. Je pense qu’on est à peu près pareil. Et je suis content parce qu’il sait me motiver quand j’ai moins la motivation, quand je suis moins là, et il sait rigoler quand moi je vais être stressé. Il me correspond très bien. Pour moi, comme mon premier entraîneur, c’est comme un second papa. Je le vois, je l’appelle tous les jours, je le vois je ne sais pas combien de fois dans l’année… Je le vois plus que mes parents. Je dirais un peu un beau père.

— Comment définiriez-vous vos relations avec votre groupe d’entraînement ?

C’est mon groupe d’amis maintenant. J’ai plaisir, avec Pierrick et Benoît on s’amuse à faire des jeux ensemble, on se retrouve des après-midis pour faire des activités ensemble, on se retrouve aussi avec nos copines. Donc on va dire que ce sont plus que des partenaires d’entraînement, ce sont des amis, c’est en groupe. Et en plus, il n’y a pas que ça dans le groupe. Il faut savoir que dans notre groupe d’entraînement, il y a des personnes qui viennent une fois par semaine, d’autres qu’on ne voit pas pendant trois mois puis qui reviennent, il y en a qui travaillent à côté… Et c’est ça qui est génial. Notre groupe c’est ça, il y a de tout. Il y a des personnes qui visent les Jeux olympiques, il y a des personnes qui visent une médaille, il y en a d’autres qui veulent juste se qualifier aux championnats de France de cross. Il y a vraiment une mixité incroyable. Et je trouve que ça représente notre entraîneur qui ne veut pas qu’il y ait de compétitivité entre nous, c’est vraiment « aider tout le monde ». Tout le monde va aider tout le monde à sa manière.

« Je suis content d’être chez Nike parce que j’aime profondément la marque. »

— Oui, il n’y a pas de hiérarchie entre vous.

Non non. Enfin, il y en a logiquement quand on va partir en stage en Afrique du Sud ou au Kenya, tout le groupe ne va pas pouvoir venir. Donc il y a cette hiérarchie là, mais sinon en soi, quand tu fais le footing, tu vas parler avec tout le monde. Moi, je vais me retrouver avec un mec qui travaille à Airbus, qui va me parler de sa journée, qui a fini il y a trente minutes alors que toi tu t’es préparé pour cette séance. C’est ça qui est bien dans notre groupe, c’est que encore une fois, ça te remet à ta place, tu comprends qu’il n’y a pas que l’athlé dans la vie.

— Quels sont vos prochains objectifs ?

J’aimerai bien aller aux Championnats du Monde en salle de Belgrade (Serbie, 18 au 20 mars), mais malheureusement je n’ai pas fait les minima. Pourtant, World Athletics a envoyé une invitation à la Fédération parce que je suis sélectionnable. Sauf que c’est la fédération qui va décider, mais il y a beaucoup de chances qu’elle dise non. Alors qu’ils préparent les Jeux 2024 donc je ne trouve pas ça cohérent, mais après ce sont eux qui décident. En soi, je n’ai pas réalisé les minima pour les mondiaux, mais bon, vu qu’on prépare 2024, avoir plus d’expérience, ça serait pas mal. Mais encore une fois, ce n’est pas moi qui décide. Je trouve ça dommage. Après normalement je vais faire une petite coupure d’une semaine ou deux, et ensuite je devrais repartir en stage début avril en Afrique du Sud pendant cinq semaines. Donc là on va bien s’entraîner, on va refaire les bases, on va retravailler du foncier, puis après on va se rapprocher de la vitesse pour préparer la saison. Parce que cette année on a Championnats du Monde (Eugene, 15 au 24 juillet 2022), et Championnat d’Europe (Munich, 15 au 21 août 2022), donc moi je veux vraiment faire les deux à fond. Être champion de France, j’aimerais bien conserver mon titre, sachant qu’il y a quand même des bons concurrents. Donc je vais préparer en Afrique du Sud la saison, après faire les minima parce qu’il faut réaliser les minima tôt dans la saison, et ça, encore une fois ce n’est pas évident, même si on les vaut, il faut les sortir. Et voilà, après préparer les France (Caen, 24 au 26 juin 2022), les Mondiaux et les Europe.

— Que pensez-vous de l’émulation du 800 m en ce moment, notamment en France ?

Oui, franchement ça fait plaisir de voir ça. Moi je pense que c’est depuis que Pierre-Ambroise Bosse a fait champion du monde, je pense que ça a aidé déjà. Ensuite j’ai la chance, à la fois la chance et la malchance, d’avoir Gabriel Tual. Parce que c’est quelqu’un qui est très sympathique, c’est quelqu’un avec qui je m’entends très bien. En dehors de l’athlé, on s’envoie des messages, on joue même aux jeux sur le téléphone ensemble de temps en temps, donc on rigole bien. Je suis déjà parti en stage avec son groupe. En fait, on a une très bonne concurrence. Bien sûr, j’étais content pour lui de le voir en finale à Tokyo. Mais par contre, on va tout faire pour être le meilleur, lui va me tirer vers le haut, comme moi je vais le tirer vers le haut. Je sais que je ne pourrais pas me reposer sur mes lauriers parce que je sais qu’il est derrière et qu’il est très fort, et que ce n’est pas en m’entraînant à moitié que je vais réussir à le battre. Après, il y a aussi Pierre-Ambroise qui est super cool. Il a vraiment ce rôle de grand frère avec nous, aux Jeux olympiques on a beaucoup discuté avec lui, il était vraiment sympa. On a de la chance, sur 800 m ce n’est pas malsain. Sur la piste, on va tout faire pour gagner, c’est « que le meilleur gagne », mais en dehors on va se dire bonjour, on va rigoler ensemble… Je sais que j’ai de la chance, parce que sur 800 mètres, ils sont vraiment gentils. Que ce soit Gabriel, Clément Dhainaut, Sacha Cultru, il y en a beaucoup. On se connaît, et ce ne sont pas des méchants. On a de la chance parce que, vraiment, sur les autres disciplines je pense que ce n’est pas pareil, mais en tout cas nous sur le 800 mètres, c’est de la bonne concurrence.

— À long terme, que visez-vous à Paris 2024 ?

Une médaille, clairement. C’est clair, moi je pars à Paris pour une médaille.

— Vous êtes accompagné par Nike depuis plusieurs années, et ce jusqu’en 2024 justement. Que vous apporte ce partenariat ?

Plusieurs choses. Déjà, de la fierté. Parce que je sais que Nike, ils sont assez élitistes. Après c’est aussi de la pression, parce que ce sont des contrats où c’est « marche ou crève ». C’est-à-dire que si on ne fait pas de performances, le contrat diminue, il y a des malus ou clairement rupture de contrat. Je suis content d’être chez Nike parce que j’aime profondément la marque, après d’un autre côté, je sais que si je suis chez Nike ce n’est pas juste pour être qualifié aux Championnats du Monde. Il faut viser une finale aux Mondiaux, voire un podium dans les prochaines années. Donc un peu de pression, mais surtout envie de progresser et d’évoluer avec la marque.

« L’école de kiné de Toulouse est vraiment compréhensive. »

— Quel regard portez-vous sur les nouveaux équipements qui bouleversent les chronos, en particulier les chaussures à plaque carbone ?

C’est l’évolution. C’est comme les pistes en cendrée qui sont devenues des pistes en tartan. C’est une évolution. Après, ce n’est pas le carbone, c’est surtout la mousse qui est un peu révolutionnaire. C’est clairement une aide, il faut dire ce qui est. Quand on voit les chronos, c’est une aide. Mais pour autant les records du monde sur 800 et 1500 n’ont pas encore été battus. Je pense que pour certains athlètes, ça peut faire du bien. C’est-à-dire les athlètes qui se blessaient souvent aux tendons d’Achille ou les choses comme ça, maintenant ils pourront courir sans se blesser. Et au final il y aura plus de monde sur les lignes de départ.

Vous menez également de front un double projet avec vos études de kiné. Comment parvenez-vous à concilier études et entraînement ?

Déjà, il faut savoir que je suis en école de kiné à Toulouse. Normalement, c’est compliqué de rentrer en école de kiné, car il faut passer le concours PACES et c’est très dur. Moi j’ai eu cette chance, grâce à la Fédé, de rentrer en école de kiné. Après, j’ai une autre chance, c’est que l’école de kiné de Toulouse est compréhensive avec moi. Ils savent que quand tu rentres en tant que sportif de haut niveau, tu es un vrai sportif avec un vrai projet et que tu n’es pas juste un mec qui s’entraîne deux fois par semaine. Il y a un autre sportif dans mon école qui est au Castres Olympiques et qui a gagné le bouclier de Brennus, c’est un bon sportif aussi. J’aménage mes études et je peux rater des cours quand j’ai des compétitions, des entraînements ou des stages. Cet aménagement me permet, justement, de partir en stage à l’étranger et ils sont vraiment bien avec moi. Aussi, quand j’ai des partiels, ou des pratiques et que je suis en Afrique du Sud, ou au Kenya et que je ne peux pas les passer, ils vont me les décaler de une à deux semaines, et quand je rentre je passe le pratique et ils me le valident. En fait, il faut assumer les partiels derrière, mais après ils m’aident beaucoup. Je peux aussi passer des partiels en distanciel du Kenya, c’est ce qui s’est passé en janvier, j’ai passé un partiel du Kenya. Donc ça c’est vraiment sympa. Puis il y a un vrai suivi. Par exemple, quand je vais courir, je leur envoie un mail pour dire « Bonjour, j’espère que vous allez bien. Voilà je cours tel jour, telle heure, sur telle chaîne. Je leur explique ce qu’il va se passer dans la course et après eux, le lendemain « super, bien joué pour ta course »… Par exemple, ils ont vu les Jeux olympiques, je leur ai envoyé un mail avant. Il y a un vrai truc sympa quoi. Même quand je pars en stage, je leur envoie des photos du stage, il y a un vrai échange.

— À vous entendre, on a l’impression que vous ne vous entourez que de bonnes personnes qui ne vous donnent que des bonnes ondes.

C’est un peu le cas. J’ai pas mal de chance, parce qu’en France, faire du sport au niveau que je fais, avoir des études supérieures c’est très dur. Je sais que j’ai de la chance. J’ai un entraîneur qui est génial, j’ai un groupe d’entraînement qui est génial, j’ai une école qui est géniale avec moi. Je sais la chance que j’ai, parce qu’il y a des écoles de kiné où il n’y a pas du tout ces aménagements. Par exemple, on a un sportif de l’école de Montpellier qui est venu à Toulouse parce que le mec avait tous les cours obligatoires, il ne pouvait pas rater les cours… Ce n’était pas pareil. C’est pour ça que je sais que j’ai de la chance. Je suis tombé sur les bonnes personnes au bon moment. Clairement, pour moi pour l’instant c’est tapis rouge.

— Que peut-on vous souhaiter pour cette nouvelle saison ?

Aller aux Championnats du monde et faire un gros truc, et une médaille aux Championnats d’Europe. Rien que ça. Je pense que Gabriel Tual a montré la voie en étant finaliste aux Jeux, en montrant que c’était possible et il faut suivre ça.

« J’ai passé un peu plus d’une semaine à Iten avec Benjamin, Pierrik, Alexa, Tarik et les autres athlètes en stage à ce moment-là. Ce fut une expérience super enrichissante, sur plusieurs points. D’un point de vue de photographe / vidéaste sportif, l’environnement est totalement différent de ce qu’on peut retrouver en France. C’est très intéressant de faire des images sur une piste au milieu des chèvres, ou sur les chemins en terre rouge, typique du Kenya. Et ça donne une ambiance spéciale sur les images, que j’aime beaucoup. Les athlètes sont très vite emmenés à courir sur des chemins au milieu des champs, dans un environnement qui nous rapproche de la nature. On se retrouve au milieu des paysages africains, alors qu’en France nous sommes le plus souvent dans des milieux urbains pour faire des images lorsque les athlètes utilisent les infrastructures d’entrainement à leur disposition.

J’ai vraiment apprécié capturer les athlètes dans en environnement nouveau, naturel, et très intéressant visuellement. J’aime aussi le rythme imposé par le métier sur ces périodes de stage : shooter la journée puis trier et retoucher les images le soir pour que l’athlète puisse publier sur ses réseaux sociaux le jour même. Le meilleur exemple est le premier Reels publié par Benjamin au Kenya. Je suis arrivé à Iten depuis la France en début d’après-midi. Moins d’une heure après, j’étais sur la place arrière d’une moto pour suivre et filmer Benjamin pendant son fartlek avec 2 autres coureurs locaux. Le soir, montage et publication d’un Reels sur son compte Instagram, qui compte plus de 120k vues à ce jour ! La réactivité est primordiale pendant les stages. Je pense que les abonnés des athlètes sur les réseaux sociaux apprécient voir de nouveaux contenus quasiment en direct pendant que l’athlète est à l’étranger, et non pas à son retour. »

Hugo Aussenac

Photographe/Vidéaste

Texte : Emeline Pichon
Crédits photos : Hugo Aussenac / STADION

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