Kevin Mayer battu par lui-même - STADION-ACTU
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Kevin Mayer battu par lui-même

Une immense désillusion. Deux heures seulement après avoir débuté le décathlon ce mardi, Kevin Mayer a déjà rangé ses affaires dans son sac. Auteur d’un terrible zéro pointé à la longueur qui a anéanti toutes ses chances de décrocher une médaille, le Français a annoncé son abandon.

Ils n’auraient jamais imaginé, en se levant ce matin, ce qui allait arriver sur le second des dix travaux du décathlon, le saut en longueur. Ils n’y auraient jamais cru. À l’heure où on écrit ces lignes, le cœur n’y est pas. De mémoire de statisticien, ce n’était encore jamais arrivé. Les trois Français en lice Kevin Mayer, Ruben Gado et Romain Martin ont mordu, chacun à leur tour, leurs trois essais à la longueur et réalisent un zéro. Alors quand Mayer a débarqué en zone mixte, il avait les larmes aux yeux, un peu comme nous tous « On l’a vu au 100 m, c’est une piste très lente, j’étais le seul des décathloniens à faire mon record donc j’étais en très grande forme ».

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Record personnel sur 100 m

Tout avait pourtant si bien commencé pour les combinards. Kevin Mayer avait explosé son record personnel de deux centièmes sur le 100 m en 10″64 (+0,3 m/s). Un chrono remarquable synonyme d’ores et déjà d’un joli pactole de 942 points. La machine était lancée : « J’ai pas voulu me brider, je fais un premier essai qui va très loin, en mordant d’un rien. Sur le deuxième et le troisième essai, je ne fais que reculer mes marques et je mords toujours. Je ne m’en veux pas du tout. Je me suis exprimé en longueur et je n’ai jamais été aussi loin  ». Ruben Gado avait remporté la troisième série du 100 m en 10″86 (-0,2 m/s), sa meilleure performance de la saison, et pointait en cinquième position. Romain Martin avait coupé sa ligne droite en cinquième position en 11″16 (+0,1 m/s) dans la seconde série, chrono qui lançait également de belle manière sa compétition. Contrairement à Kevin Mayer, ils ont tous les deux décidé de continuer les épreuves, et ainsi engranger le plus d’expérience dans le haut niveau.

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« C’est la vie, c’est le sport »

L’été dernier, aux Mondiaux de Londres, le vice-champion olympique s’était retrouvé dans la même situation à la perche. Il avait miraculeusement franchi 5,10 m au troisième essai, effleurant la barre en retombant et avait sauvé son concours, pour filer vers le titre planétaire. Si le Montpelliérain avait décidé de sauter sur élan réduit (12 foulées), cette fois il ne s’est pas posé de questions, et a mis toute sa détermination dans chacune de ses trois tentatives : « Ceux qui me disent que j’aurais dû assurer ont peut-être raison mais je me suis tellement fait plaisir à sauter comme ça. Je pouvais sauter huit mètres et quand on a ça dans les jambes, on ne peut pas se dire “je cours pour assurer”. Je sais ce que je vaux et quand ça sortira, ça fera mal ».

Grandissime favori du décathlon, il n’ira pas décrocher l’or qui lui était promis. Une immense déception : « J’espère que personne ne m’en veut ». Sur ce concours, le champion du monde a fait ce qu’il sait faire de mieux, c’est-à-dire tout donner. Et ça, non, on ne peut pas lui en vouloir : « C’est la vie, c’est le sport, j’ai vécu des moments exceptionnels grâce à ça, je suis en train de vivre le pire de tous ». Comme lors de son sacre mondial l’été dernier à Londres, le clan Mayer (64 personnes) était présent dans les tribunes. Leurs chaleureux encouragements n’ont malheureusement pas suffi. Kevin Mayer ne sera pas champion d’Europe.

Arthur Dirou

Rédacteur

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