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Kevin Mayer : « C’est incroyable ! »

Depuis son record du monde du décathlon à Talence (9126 points), Kevin Mayer mène une vie à cent à l’heure. Au bout de ses 9126 points, c’est un autre marathon, de sollicitations médiatiques celui-là, qui l’attendait ces derniers jours. Le Français a en effet multiplié les entretiens aussi bien à la télé, à la presse, qu’à la radio. Une folle semaine médiatique qui s’est conclue avec www.stadion-actu.fr à qui le décathlonien a donné une longue interview de l’Aéroport de Paris-Charles de Gaulle alors qu’il partait en vacances en Nouvelle-Calédonie.


Une semaine après avoir écrit l’une des pages les plus merveilleuses de l’histoire de l’athlétisme français, le champion du monde du décathlon a la joie simple mais l’émotion est toujours présente. Il revient avec recul sur ce week-end historique. Avant de voir loin et se projeter sur les Jeux olympiques de Tokyo en 2020.


— Kevin, comment s’est déroulée votre première semaine en tant que recordman du monde ?

C’est beaucoup de joie et beaucoup de fierté. J’ai toujours du mal à réaliser mais au-delà de la performance ce que je réalise c’est toutes les émotions qu’on a vécues avec mon clan. Je garde vraiment un souvenir de dingue de ce week-end. Ma famille a fait le déplacement à Talence, et c’est ce qu’il y a de plus important dans ma vie. Vivre des moments comme celui-là, c’est toujours mieux de les partager avec eux. Ils n’ont pas cessé de m’encourager tout au long de la compétition.

— Depuis dimanche, on vous compare aux plus grands champions du sport français. Quel sentiment cela vous inspire ?

Ça fait énormément plaisir. Je suis très content de marquer un peu l’histoire de mon sport. Je dis toujours que c’est pas à moi de dire cela et si les gens le disent sans que je les force, c’est vraiment plaisant. 

— De notre côté, on a l’impression que tout était sous contrôle du 100 m au 1 500 m…

C’est pas vrai du tout. J’ai dû me mettre dans des états assez poussés pour réussir l’ensemble de mes épreuves. Cela a pu paraître simple mais je vous promets que ça ne l’était pas. La clé de ce décathlon ? C’est de réussir à enchaîner les dix épreuves par tous les moyens. C’est énormément de pression entre les travaux mais il me fallait tout optimiser à la perfection comme la récupération ou les blessures. C’était un tour de passe-passe assez compliqué. Je suis content parce que j’ai réussi à trouver des solutions, à m’exprimer. 


.ʻʻ J‘ai découvert que je pouvais battre le record du monde ʼʼ


 On vous parlait beaucoup du record du monde depuis plusieurs mois. Est-ce que c’est un soulagement de l’avoir fait ? 

Très sincèrement je ne pensais qu’à ça. Consciemment je me disais qu’il fallait absolument pas que j’y pense mais inconsciemment c’était impossible de ne pas y penser. On m’en a parlé plus de mille fois depuis les Europe de Berlin. C’est pas un soulagement mais plus une satisfaction. C’est énorme. Avant ce week-end, je ne me sentais pas capable de le battre. Je préférais m’engager sur un décathlon et après la perche, si tout s’est bien passé, de commencer à en parler, mais pas avant. C’est bien à la fin du concours de la perche (5,45 m) que j’ai senti que je l’avais dans les jambes.

— Désormais, ce record va-t-il vous donner des ailes, ou vous met-il encore plus de pression ?

Je connais le statut de favori où je l’étais aux Europe de Berlin cet été, aux Mondiaux de Londres en 2017 ainsi que lors de toutes les compétitions internationales en salle. Je le porte avec moins de pression qu’avant. Il y a de la pression comme d’habitude, mais l’expérience fait que j’arrive à gérer de mieux en mieux. 

— Est-ce que vous avez appris des choses sur vous même lors de ces deux jours ?

Pas plus que d’habitude mais j’ai quand même découvert que je pouvais battre le record du monde. Si j’ai appris quelque chose c’est que plus le décathlon est élevé niveau performance, plus c’est fatiguant. Dès le saut en hauteur, je n’avais plus de jambes. 

— Après avoir vécu un moment extraordinaire, est-ce que vous avez des astuces pour redescendre sur terre ?

Honnêtement je n’ai pas l’impression d’être resté longtemps dans les nuages. Battre le record du monde c’est quelque chose d’extraordinaire mais après on est tous rentré à l’hôtel et puis on a tous fêté ce record avec les potes. J’ai bien profité des sensations et des émotions que j’ai eues mais je garde les pieds sur terre.


ʻʻ Une sensation hyper jouissive dans le corps ʼʼ


— Dans quelles disciplines possédez-vous le plus de marge de progression ?

Honnêtement, il y a vraiment de quoi faire dans toutes les épreuves à part le 1500 m. Je pense que plus je vais prendre en muscle pour le sprint, moins j’aurai de marge de progrès sur le 1500 m. 

— Comment va s’articuler votre saison hivernale en 2019 ?

Je vais faire une saison en salle mais que dans des épreuves individuelles. Il n’y aura pas d’heptathlon Bon de ton côté, est-ce que t’es content de tes pronostics (voir notre article) ? Quand j’ai vu l’ensemble des performances à réaliser, j’ai vu que le record du monde était possible. Le pire, c’est que je me suis basé sur tes calculs toute la compétition. C’est à cause de toi que j’ai été stressé pendant deux jours (il rigole).

— Vous venez de réaliser un exploit mais vous parlez avec un certain détachement…

Ce n’est que du sport. Je vis dans le présent. Je ne veux pas ressasser le passé, car cela ne fera pas avancer les choses. J’ai une sensation hyper jouissive dans le corps et je profite du moment présent. Je suis tellement heureux de partir en vacances. Ça fait un an que je m’entraîne non stop. Ça fait plaisir de lâcher cette pression et de ne plus l’avoir sur les épaules, je me sens léger tout simplement.

— Comment définissez-vous votre relation avec votre coach Bertrand Valcin ?

Ça fait plus de dix ans qu’on collabore ensemble, on est comme un petit couple. Il y a eu des hauts et des bas. On a toujours su trouver les moyens d’avancer, d’évoluer. Aujourd’hui c’est bien plus qu’une relation entraîneur-entraîné mais un ami pour moi. On n’a même plus besoin de se parler pour se comprendre. Ce record du monde, c’est aussi pour moi une façon de dire merci à tous ceux qui ont été à mes côtés pendant toutes ces années. C’est tout un staff, un groupe qui est derrière moi.


.ʻʻ Les médailles, il n’y a que ça qui me plaît ʼʼ


— A l’image de ce qu’avait fait Ashton Eaton sur 400 m haies en 2014, est-ce que vous pourriez vous concentrer sur une ou plusieurs épreuve lors d’une année sans championnat majeur afin de mieux repartir l’année suivante ? 

Pour l’instant je ne l’envisage pas mais effectivement ça serait possible. Il faudrait voir dans quelles conditions ça peut être réalisé. Je suis un passionné de décathlon et une année sans ça me parait vraiment compliqué. Peut être qu’on jour j’atteindrais un niveau assez élevé sur certaines disciplines pour rivaliser en championnats contre des spécialistes. 

— Comment imaginez-vous le décathlon le parfait ?

C’est ce qui s’est passé le week-end dernier. Tu ne peux jamais être à 100% de tes performances mais si j’arrive à faire cela un jour ce sera quelque chose que je n’aurais imaginé. J’ai vu que j’affichais un ratio de plus de 97 % (NDLR : 97,4 %) entre mon record personnel et mon meilleur décathlon (9366 points), c’est incroyable. Les 9500 points ? Ce qui fait la beauté de notre discipline, c’est que tu ne peux jamais imaginer le scénario d’un décathlon avant qu’il se soit déroulé, même si ton pronostic était vraiment proche. C’était de la chance !

— Échangeriez-vous votre record du monde avec un titre olympique ?

Non pas du tout, ce n’est pas quelque chose qui s’échange. J’ai mérité d’être recordman du monde et maintenant il faut que j’ai le mérite d’être champion olympique. 

— Quel va être votre prochain défi ou challenge ?

Les médailles, il n’y a que ça qui me plaît et qui m’intéresseJe me demande maintenant si je peux aller encore plus loin mais j’ai toujours faim. Les JO de Tokyo, je commence déjà à y penser et c’est le gros objectif de ma vie. J’aimerai vraiment ne pas rater cette échéance. Il n’y a pas de secret, il n’y a rien qui vous arrive comme ça, il faut se donner les moyens. Quand on sait ce qu’on a enduré pour aller chercher ce record, c’est aussi ça qui en fait un pur bonheur. Mais avant de penser aux Jeux, j’ai envie de profiter.

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Il passe rarement autant de bonheur en trois mots pour Kevin Mayer : Recordman du monde.

Rédacteur

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