UTMB 2023 : Jim Walmsley et Courtney Dauwalter triomphent à Chamonix

02 septembre 2023 à 17:41

L’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB, 170 km et 10 000 m de dénivelé positif), qui fêtait son vingtième anniversaire, a couronné l’Américain Jim Walmsley qui a rallié la Place Triangle de l’Amitié de Chamonix en 19h37’43, pour sa cinquième participation à la course chamoniarde. Derrière, on retrouve un autre Américain Zach Miller (19h58’58) qui a longtemps été en tête, puis un superbe tir groupé des Français, avec Germain Grangier à la troisième place en 20h10’52. Chez les dames, Courtney Dauwalter (25e au scratch en 23h29’14) a comme attendu survolé l’épreuve pour la troisième fois de sa carrière. Au mental, Blandine L’Hirondel a arraché la troisième place du podium féminin.

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Le triomphe de la persévérance

Les bras en l’air, les yeux brouillés par l’émotion. L’air de ne pas y croire. La persévérance, une bonne étoile et beaucoup de talent, Jim Walmsley (33 ans) a vu les astres s’aligner pour sa cinquième participation à l’UTMB. Il confiait n’avoir jamais réalisé la course idéale sur ses quatre participations à l’UTMB. Après une cinquième place en 2017, un abandon en 2018 et en 2021 et une quatrième place en 2022, l’ultra-traileur natif de Phoenix (États-Unis) a réussi à conjurer le sort et a vaincu la malédiction des Américains à s’imposer à Chamonix. En l’absence commune des deux mastodontes de l’épreuve, Kilian Jornet (vainqueur en 2008, 2009, 2011 et 2022) et François D’Haene (vainqueur en 2012, 2014, 2017 et 2021), qui ont partagé trois des quatre éditions auxquelles a jusque-là participé Walmsley, il devient le tout premier Américain à inscrire son nom au palmarès, là où plusieurs de ses camarades s’étaient cassés les dents depuis une vingtaine d’année.

Jim Walmsley, c’est l’un des meilleurs ultra-traileurs de la planète, comme en témoigne son armoire à trophées bien remplie, à commencer par la Western States 100 (14h29’08, record de l’épreuve en 2019) qu’il a remportée à trois reprises. Mais l’un des seuls 100 miles que Jim Walmsley n’avait pas encore dominé était l’Ultra-Trail du Mont-Blanc. Il manquait juste ce petit plus qu’il vient de décrocher ce samedi un peu avant 14h : le Graal sur l’UTMB. L’Américain a bouclé les 171 km après 19h37’43 d’effort. Il a fait mieux que le Kilian Jornet (19h49’30) et Mathieu Blanchard (19h54’50) en 2022, lesquels étaient descendus sous la barre des 20 heures. Mais ce chrono de Walmsley est à relativiser car, contrairement à l’année dernière, le parcours 2023 a été amputé, après Vallorcine, de la montée du Col des Montets – Tête aux Vents, ce qui réduit la difficulté et a une incidence de 20 à 25 minutes sur le temps final.

« Je me suis senti fort par rapports aux autres éditions passées »

Tout n’a pas été simple. Sinon ça ne serait pas vraiment du Jim Walmsley. Est-ce un clin d’œil du destin ? L’an dernier, alors qu’il dominait la course, Walmsley avait connu une terrible défaillance sur le chemin de La Giète. Cette fois, c’est sur ce chemin qu’il a fondu sur Zack Miller (2e en 19h58’58) pour n’avoir plus qu’une minute de retard à ce pointage. Il a ensuite pris les commandes de la course peu avant le col de La Forclaz, pour ne plus jamais les lâcher : « Je me sens terriblement bien. Ça a été dur cette lutte avec Zach Miller. La clé a été que je me suis senti fort par rapports aux autres éditions passées. J’ai essayé de rester proche des temps de référence des trois dernières éditions en me disant que si je m’en approchais, je pouvais espérer gagner », a-t-il déclaré, très ému après avoir franchi la ligne d’arrivée sous les acclamations du public, après avoir réalisé l’un de ses rêves en survolant le l’ultra-tail le plus prestigieux du monde.

« À un certain moment, ça aurait pu mal se passer pour moi. Mais je me sentais chanceux et ça a finalement tourné dans le bon sens. C’est beaucoup d’émotions pour moi. J’ai dédicacé cette course à ma tante qui a des problèmes de santé. J’ai beaucoup pensé à elle ». Grand favori de la course chamoniarde qui a été lancée ce vendredi 18 heures, l’athlète du team Hoka avait minutieusement préparé l’événement et s’est donné les moyens de ses ambitions en quittant au printemps 2022 son Arizona natal pour la petite station alpine d’Arêches-Beaufort (Savoie).

Six Français dans le top 10

Contraint à l’abandon sur l’UTMB l’an passé en raison d’un Covid persistant, Germain Grangier, cinquième de l’épreuve en 2021, monte sur la troisième marche du podium en 20h10’52 et décroche le titre honorifique de premier Tricolore. En 2022, sa compagne Katie Schide avait été sacrée sur l’UTMB en 23h15’12.  « Je me suis vite retrouvé troisième et j’ai essayé de revenir mais je suis content parce que j’ai pris un coup de bambou et j’ai réussi à limiter la casse ». La quatrième place revient à Mathieu Blanchard (20h54’25) qui n’a jamais vraiment semblé être en mesure de réaliser un top 3.

Après une surprenante troisième place surprise il y a deux ans, le Franco-Canadien avait confirmé l’an passé en terminant en deuxième position derrière Jornet. Longtemps au coude à coude avec la star catalane, le Franco-Canadien avait craqué et terminé sous la barre des 20 heures (19h54’50). L’inoxydable Ludovic Pommeret (5e en 21h00’54 à 48 ans), Thibaut Garrivier (6e en 21h10’38), Arthur Joyeux-Bouillon (9e en 21h31’22, il avait terminé 7e en 2022) et Baptiste Chassagne (10e en 21h38’11 pour sa première participation à ce format) se sont aussi distingués. 

Qui d’autre que Courtney Dauwalter ?

Le jaune lui va bien ! Maillot jaune sur le dos, Courtney Dauwalter ne pouvait que s’imposer ! En coupant la ligne en 23h29’14 (25e au général), l’Américaine de 38 ans a réussi son pari de remporter un incroyable triplé Western States-Hardrock-UTMB ce qu’aucune femme ni homme n’avait réalisé jusque-là. La plus grande traileuse de l’histoire a aussi empoché une troisième étoile à Chamonix après avoir triomphé en 2019 (24h34’26) et en 2021 (22h30’55, record de l’épreuve).

Sur cette course exigeante, mythique mais au combien magnifique, Courtney Dauwalter a souffert dans le dernier tiers de course et a semblé un peu émoussée après ses deux victoires à la Western States (24 juin) et à la Hardrock 100 (13 juillet). « Je pense que tout au long de notre vie, dès qu’on a l’opportunité de faire quelque chose de fou, il faut la saisir, c’est tellement bon ! C’est la raison pour laquelle je me suis alignée sur cette course, ce n’était pas facile mais cela valait tellement la peine. Dès la sortie de Champex-Lac et pendant toute la deuxième partie du parcours, cela a été très dur pour moi, mon estomac ne voulait plus ! Je n’en serais pas là sans toute ma famille, Kevin mon conjoint, mes parents, mon team, les bénévoles, les spectateurs, toutes ces personnes qui m’ont portée : c’est grâce à leur énergie que j’ai pu atteindre Chamonix, je les remercie tellement ! J’ai la chance d’avoir des parents fantastiques et deux merveilleux frères qui m’ont construites, m’ont poussée à lever toutes les barrières, me permettant de devenir la femme que je suis aujourd’hui. »

Ce samedi matin, dès 9 heures, des centaines de personnes se sont réunies en haut du col de la Forclaz pour ovationner l’Américaine. Banderoles, drapeaux, fumigènes… tout était réuni pour accueillir au mieux la reine du trail. Courtney Dauwalter est passée dans ce virage ce midi, après 18 heures de course et près de 140 kilomètres. 

Troisième place pour Blandine L’Hirondel

Courtney Dauwalter devance largement sa première poursuivante, l’Allemande Katharina Hartmuth (24h10’52, 32e au scratch), troisième de la TDS en 2022. Pour sa première participation à l’épreuve phare, la Française Blandine L’Hirondel (33e au scratch), vainqueure de la CCC en 2022 et de l’OCC en 2021, a réalisé l’exploit de compléter le podium en 24h22’50. Revenue d’une blessure il y a quelques semaines, qui l’avait empêché de finir sa course aux Championnats du  monde de trail, Blandine L’Hirondel a rencontré des difficultés au ravitaillement à Champex à la mi-journée. Mais elle a su retrouver les ressources physiques et mentales dans les derniers kilomètres pour récupérer sa troisième place au grand dam de la Chinoise Fuzhao Xiang (4e en 24h50’33). « Je voulais juste finir mon UTMB, je n’aurai jamais eu la prétention de faire un podium. J’avais juste envie de vivre ma course et d’apprendre pour faire un résultat sur une prochaine édition. Cette année, je ne voulais pas aller dans la bataille. C’est incroyable les effets que le mental peut avoir sur le corps », a confié la double championne du monde de trail (2019 et 2022). 

Plusieurs favoris ne sont pas allés au bout

Comme on pouvait s’y attendre, il y a eu de la casse. Victime de crampes, le Britannique Tom Evans, vainqueur de la Western States en juin et troisième de l’UTMB en 2022, a mis le clignotant pendant la nuit à Courmayeur (km 81,5). Le Britannique faisait partie des favoris. Il courait en tête, en début de course, aux côtés des Américains Zach Miller et Jim Walmsley. L’Espagnol Pau Capell, vainqueur de l’UTMB en 2019, s’est lui aussi retiré de la course à Arnouvaz (km 99), passage situé avant la montée finale du Grand Col Ferret. Jamais dans le coup, le Français Beñat Marmissolle a mis la flèche après 80 kilomètres pour garder des forces en vue de la Diagonale des Fous en octobre dont il est le tenant du titre. La vice-championne de France de trail 2023 Manon Bohard, qui était longtemps en deuxième position derrière Courtney Dauwalter, a chuté dans la nuit de vendredi à samedi à Courmayeur, ce qui l’a obligé à renoncer en raison d’une douleur au genou en début de matinée, au km 115.

À noter que Duncan Perrillat, champion de France de marathon 2022 à Deauville (record en 2h12’12) avait pris la poudre d’escampette dès les premiers kilomètres et était même passé en tête à Saint-Gervais (passage au 21,7 km). Des crampes d’estomac l’ont contraint à l’abandon après un peu plus de 50 km, en début de nuit. On le retrouvera le 22 octobre prochain au Marathon Vert de Rennes qu’il a remporté l’an passé.

L’UTMB fut une nouvelle fois le point d’orgue d’une formidable semaine de trail au pied du Massif du Mont-Blanc qui a rassemblé 10 000 participants venus d’une centaine de pays des quatre coins de monde qui étaient au départ des 7 épreuves.

Retrouvez tous les résultats de l’UTMB 2023, en cliquant ici.

Crédits photos : UTMB 2023

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