Des Championnats d’Europe d’athlétisme à Birmingham en famille, voici le programme de ces prochains jours pour les perchistes Thibaut (5,95 m) et Mathieu Collet (5,82 m). Les deux frères grenoblois, qui ont validé leur qualification en terminant aux deux premières places des Championnats de France Elite à Albi (Tarn), sont impatients de vivre ensemble pour la première fois un moment qui s’annonce riche en émotions. Entretien.
— Mathieu et Thibaut, vous allez vivre cette première expérience ensemble, un beau moment que vous auriez sans doute signé pour vivre il y a encore quelque temps. Comment vous sentez-vous à l’approche de Birmingham ?
Mathieu Collet (31 ans) : Ça va très bien, on est en forme tous les deux, on a entretenu la forme depuis les championnats de France, on se sent super bien, que ce soit moi ou Thibaut. On a hâte de vivre cela avec Thibaut, ça fait très longtemps qu’on en parle, ça se concrétise. Maintenant, il ne faudra pas oublier que ça reste une compétition, on n’est pas là pour se regarder, on est là pour sauter à la perche et pour représenter la France, donc il faudra être sérieux.
Thibaut Collet (27 ans) : La redescente des championnats de France se passe plutôt bien, c’est la période de fin de préparation du grand championnat, on s’entraîne, on se prépare, on essaie de faire un maximum de jus pour arriver prêts à Birmingham. C’est une belle échéance qui nous attend, on est ravis de cela parce qu’on en a beaucoup rêvé de pouvoir faire un jour un grand championnat à deux, là c’est chose faite, c’est validé, c’est plus qu’officiel, donc très content. Maintenant il ne va pas falloir simplement y aller pour être content, l’idée c’est d’être performant là-bas, on sait qu’on va sur un endroit où l’ambiance est bonne, où la météo l’est moins, on va devoir faire avec les conditions mais comme tout le monde. C’est justement un atout qu’on pourrait avoir, de sauter dans des conditions un peu moyennes, en tout cas de notre côté on est prêts, on a hâte de porter le maillot bleu et puis de bien profiter du moment tous les deux là-bas.
— Vous en avez beaucoup rêvé tous les deux. Depuis que c’est devenu officiel, est-ce que vous en parlez beaucoup entre vous, ou est-ce que vous essayez justement de ne pas trop vous focaliser dessus ?
Thibaut Collet : Là on en parle beaucoup quand même, c’est-à-dire qu’à peu près tous les jours, trois, quatre fois par jour, on a au moins un sujet qui est en rapport avec cela, c’est le moment où l’on profite vraiment du fait que c’est arrivé, que c’est officiel. Une fois arrivés sur place, il va y avoir ce cocon dans lequel on va se mettre un petit peu chacun dans sa bulle en sachant qu’on ne va pas avoir une semaine avant sur place. On va quand même être tout de suite dans le vif du sujet, il faudra se mettre dans sa bulle et être prêt, cela va vite arriver maintenant mais on passe de bons moments par rapport à cela que ce soit tous les deux, avec notre entourage. En ce moment nous sommes très souvent félicités au sujet de notre sélection, c’est assez drôle, c’est assez nouveau aussi, parce que l’on est tous les deux et cela rend le truc un peu plus sympa encore.
« On a prévu de faire des séances en binôme pour la préparation mentale. »



— Thibaut, vous avez l’habitude d’aborder les grandes compétitions sans votre frère à vos côtés, du moins sur la piste. Est-ce que le fait d’avoir Mathieu avec vous cette fois-ci change quelque chose dans votre manière d’appréhender la compétition ?
Thibaut Collet : Là tout de suite, je n’aurai pas forcément la réponse, sur le papier je dirais que l’on va avoir chacun une épaule sur laquelle s’appuyer en cas de besoin, maintenant au moment opportun, c’est quand même vraiment un sport individuel. On va avoir ce repère sur la piste, où l’on sait qu’on va pouvoir se filer un coup de main si besoin et s’épauler mais cela restera la même discipline. Il va y avoir quand même de grandes similitudes avec les précédents championnats, effectivement ça va être une manière aussi peut-être de mieux gérer la pression pour pouvoir être plus performant. Effectivement être tous les deux, essayer de faire tomber la pression quand elle sera présente et inutile, cela sera bien.
— Sur le plan mental, qu’est-ce que le fait d’être tous les deux change dans votre préparation ? Est-ce que vous avez notamment échangé à ce sujet avec vos préparateurs ?
Mathieu Collet : Je suis quelqu’un de curieux qui pose énormément de questions, en ce moment j’en pose beaucoup c’est pour ça aussi qu’on en parle très souvent, c’est un peu de ma faute mais oui c’est quand même quelque chose que l’on travaille, que l’on va travailler, on a prévu de faire des séances en binôme pour la préparation mentale pour voir un peu quelles sont nos forces et quelles sont les choses sur lesquelles on peut s’appuyer mutuellement plus précisément. On veut vraiment avoir des éléments de réponse par rapport à cela. Je suis assez confiant, on se connaît par cœur, on connaît notre relation, on sait qu’elle est très très naturelle, il n’y a jamais rien de forcé de toute manière et on est parfaitement capable de se dire les choses au moment où il faut se les dire. De toute manière je ne vois pas comment cela peut mal se passer dans notre relation, maintenant on va essayer de faire en sorte d’optimiser tout cela.
— Qu’est-ce qu’on peut vous souhaitez aux Championnats d’Europe à Birmingham ?
Thibaut Collet : Dans un championnat, la première étape c’est de passer en finale. Comme sur chaque championnat, il y a une qualification et c’est toujours l’étape la moins drôle. On le dit toujours, je veux passer en finale, mais c’est la base sur un grand championnat. Parler de finale tout de suite cela peut porter malheur, donc la première chose c’est de passer en finale, faire partie des 12 meilleurs pour pouvoir se battre le 16 août et pouvoir prétendre à de belles places.
Mathieu Collet : En ce qui me concerne, ça va être évidemment de passer en finale, mais cela passera par reproduire ce que j’ai réussi à faire toute la saison, c’est-à-dire des sauts juste avec les bonnes intentions. Je sais que si j’arrive à aligner mes intentions avec ce que je sais faire techniquement, il n’y a pas de raison que cela ne se passe pas bien. Les objectifs vont plus être des objectifs de moyens et pas des objectifs de performance pour l’instant.
— Mathieu, il y a eu un vrai déclic lors des Championnats de France Elite à Albi, qui est arrivé au bon moment finalement…
Mathieu Collet : Les Championnats de France n’ont été que le miroir de ce que j’ai fait toute la saison, c’est sorti au bon moment parce que chaque compétition que j’ai faite m’a appris quelque chose cette saison, je m’en suis rendu compte et honnêtement j’ai vraiment accumulé beaucoup d’informations, beaucoup d’expérience sur cette saison par rapport à plein de choses concernant mon saut, ma réaction en fonction des conditions météorologiques, les intentions à mettre.. Donc oui reproduire au final cela va être exécuter, je vais reprendre le terme de Samuel Vessat, quand, à la fin de sa finale du 400 m (record de France en 44″24), il dit j’ai juste exécuté une course, on va juste exécuter les sauts avec des étapes techniques pour essayer de produire le meilleur résultat.
— Mathieu, après les Championnats de France Elite, vous disiez ne pas encore totalement réaliser que vous alliez porter le maillot de l’équipe de France. Est-ce que, maintenant que l’échéance approche, cela devient plus concret pour vous ?
Mathieu Collet : Oui je commence à réaliser doucement après je ne réaliserai pas tant que je ne serai pas sur la piste avec une perche en main au bout de la piste avec mon nom affiché. J’ai essayé la combinaison, on l’a reçue à la maison donc oui cela commence à devenir plus concret. C’est assez particulier comme sensation, je suis à la fois fier de moi et de plein de choses mais en aucun cas j’ai l’impression d’être arrivé. Evidemment j’ai envie que cela devienne un commencement et pas que cela soit une finalité, je garde la tête froide, j’essaie de prendre le plus d’informations possible auprès des coachs, de Thibaut et de ceux qui ont l’expérience pour pouvoir produire le meilleur sur la piste mais pour l’instant c’est beaucoup de joie, de la fierté mais aussi des responsabilités, le sentiment que je suis responsable de quelque chose maintenant, j’ai quelque chose à faire là-bas et je ne vais pas du tout me reposer sur mes lauriers.
« Il y a le côté familial où effectivement on va être au complet puisqu’il y aura même le grand-père dans les tribunes. »





— Il y a votre papa dans le rôle de coach aussi qui sera là. C’est une grande réunion familiale à Birmingham qui s’annonce en perspective…
Thibaut Collet : Oui c’est sûr, il y a le côté familial où effectivement on va être au complet puisqu’il y aura même le grand-père, cela va rendre le moment encore un peu plus symbolique pour nous, il aura 86 ans cette année. C’est savoureux parce qu’on s’était dit qu’on a toujours voulu un jour porter le maillot de l’équipe de France pour le rendre fier. Je pense qu’aujourd’hui le rendre fier c’est déjà fait mais qu’il puisse le voir de ses propres yeux et en pleine conscience c’est quand même quelque chose de symbolique. Et puis évidemment il y a notre père qui sera là pour nous aider, pour coacher aussi avec Philippe d’Encausse donc c’est vrai qu’on va avoir l’équipe type au complet, il va y avoir du « Collet » au mètre carré et pour nous c’est du plus. Maintenant il va falloir qu’on soit dans notre bulle, que l’on soit très concentré et pas que l’on s’égare sur le reste, parce qu’on pourrait avoir des tentations un peu à droite à gauche avec la famille mais il va falloir être très concentré pour pouvoir ensuite vivre un beau moment tous ensemble une fois que les bons résultats seront obtenus.
Mathieu Collet : Par rapport à ce contexte familial qui est au complet comme le disait Thibaut c’est assez particulier. Me concernant cela sera la première fois où je serai de l’autre côté de la barrière, d’habitude je suis en tribune avec le grand-père et le père, là je passe sur la piste, je suis hyper heureux. Je sais que les deux sont très fiers, je sais que tout le monde est très fier à la maison, maintenant comme Thibaut l’a dit on a quelque chose à produire, il faut faire le métier avant d’aller célébrer tout ça. On rigolera et on célébrera tout ça après les championnats mais c’est vrai que de les avoir en tribune, avec tous les amis, la famille qui vient, cela sera forcément quelque chose de spécial.
— Birmingham est réputée pour ses conditions météo parfois difficiles. Est-ce que c’est un paramètre que vous parvenez bien à gérer en compétition ?
Thibaut Collet : Birmingham, on sait, c’est l’Angleterre, un bon temps anglais. Je viens de regarder à l’instant et je n’aurais pas dû mais on le sait de toute façon, un championnat d’Europe là-bas, une compétition là-bas c’est forcément un petit peu comme aller sauter à Oslo ou Stockholm. Pour être très transparent ce sont des conditions pourries pour sauter à la perche maintenant, on est tous dans le même panier, on a tous le même problème. En grand championnat comme je le dis souvent, il peut pleuvoir ou avoir n’importe quelle météo c’est la guerre. Je pense qu’on est prêt en tout cas à sauter dans de mauvaises conditions puisqu’on l’a fait plein de fois depuis le début de saison. Maintenant, il va falloir réussir à tirer son épingle du jeu dans ces conditions ce n’est jamais très facile. Un championnat, ce n’est jamais facile, les qualifications ne sont jamais faciles. Il va falloir gérer tout ça, cela fait partie des expériences que l’on a déjà dû gérer. Effectivement, on savait qu’en allant en Angleterre on n’allait pas trouver le soleil de Dubaï mais je trouve que ce n’est pas plus mal.
Mathieu Collet : Cette saison, sur les 7-8 compétitions que j’ai faites, j’ai quand même eu 80% de bonnes conditions. L’année dernière à la même période sur 15 compétitions j’en avais eu 12, soit avec le vent de face, de côté ou de la pluie. Ce sont des trucs que l’on connaît, cela fait des années qu’on écume les stades et on a vu à peu près tous les types de conditions. Comme Thibaut l’a dit, cela reste un championnat, on sera tous dans le même bateau, on sautera tous en même temps. Cela sera important de s’appuyer, c’est là où ça sera important de se soutenir l’un l’autre pour voir comment on peut gérer cela du mieux possible. Il faudra rester concentré sur ce qui est maîtrisable, c’est-à-dire nous et puis faire fi de ce qui ne l’est pas c’est-à-dire le temps.
— Comme d’habitude, la concurrence sera rude avec une belle densité européenne…
Thibaut Collet : Il y a un jeune, un Suédois qui n’est pas mauvais, qui a fait 6,31 m et qui s’appelle Armand Duplantis. Ensuite, il y a un Grec (Emmanouil Karalis) qui a fait 6,17 m et un Norvégien (Sondre Guttormsen) qui a fait 6,06 m. En gros, il faut savoir qu’en ce moment on a la plus grosse densité jamais connue au saut à la perche. Et cette densité est quasiment européenne, il manque un Australien (Kurtis Marschall) et un Américain (Zach Bradford) à 6 mètres, mais sinon pour vous donner une petite idée, nous sommes dix à avoir sauté plus de 5,80 m avant le championnat, dont six à avoir sauté plus de 5,90 m. À Tokyo lors des Mondiaux l’an passé on était sept à faire 5,90 m et là pour l’instant on est six à les avoir fait avant le Championnat. Bien évidemment, il y a Karalis et Duplantis qui sont les grands favoris maintenant, comme on l’a dit dans des conditions météo un petit peu aléatoires, les cartes peuvent être redistribuées. On est un gros paquet et il va falloir réussir à tirer son épingle du jeu mais c’est difficile de prédire le tiercé dans l’ordre.
► QUAND VOIR LA PERCHE HOMMES ?
- Qualifications : Vendredi 14 août à 11h50
- Finale : Dimanche 16 août à 22h30
Propos recueillis par François-Xavier de Chateaufort
Crédits photos : Solène Decosta & Gwendal Hamon / STADION




















