Ben Dhiman se confie à Stadion après sa victoire à l’UTMB 2026 : « Je n’ai pas du tout assimilé ce qui s’est passé hier »

30 août 2026 à 12:12

Au lendemain de sa victoire éclatante sur l’UTMB 2026, en négociant un tour de magie autour du Mont-Blanc en 18h16’29, l’Américain Ben Dhiman s’est confié à Stadion. De sa gestion de course en solitaire dès le kilomètre 35 à ses ravitaillements express, en passant par la ASICS Metafuji Trail 2, interview avec le nouveau roi de Chamonix.

On a échangé avec lui une dizaine de jours avant le grand départ (lire notre interview d’avant-course), il était inimaginable de ne pas refaire le point ce dimanche matin. Quelques heures après avoir écrit l’une des pages les plus merveilleuses de l’histoire de l’ultra-trail, Ben Dhiman a la joie simple mais l’émotion est toujours présente. Il revient avec recul sur cette épopée historique. Au bout de ses 18 heures d’effort, c’est un autre ultra, de sollicitations médiatiques celui-là, qui l’attend ces prochains jours. Le Pyrénéen de 34 ans va en effet multiplier les entretiens aussi bien à la télé, à la presse, qu’à la radio.

— Ben, on est le jour d’après. Qu’est-ce qui se passe dans votre tête aujourd’hui ?

Je suis toujours dans le moment présent. Je n’ai pas du tout assimilé ce qui s’est passé hier. Ça va prendre du temps. Des gens me disent : « Ça va changer ta vie ! », mais pour moi, c’est juste une course. Ça fait du bien d’avoir fait le job.

Avez-vous réussi à dormir un peu ?

Pas beaucoup. Après les courses, c’est terrible, même après les gros entraînements. C’est habituel pour moi d’avoir du mal à dormir après un tel effort.

« J’ai toujours cru que c’était possible. Chaque année, j’ai mûri en tant qu’athlète et en tant qu’homme. »

Après deux abandons (2023 et 2024) et une deuxième place en 2025, vous avez continué à croire en vous et en votre rêve finalement…

J’ai toujours cru que c’était possible. Chaque année, j’ai mûri en tant qu’athlète et en tant qu’homme. Je suis maintenant père de trois enfants. On me demande si ça dérange mon entraînement, et dans la récupération, oui, bien sûr. Mais en même temps, tu deviens plus responsable, plus mûr.

Quand vous vous retrouvez seul très tôt aux Contamines (km 33), comment prenez-vous la décision de continuer à pousser plutôt que de gérer ?

C’est arrivé un peu par hasard. Vers Notre-Dame-de-la-Gorge (km 37), je gérais mon effort sur le plat à 4’00/km. Dans la côte, avec l’ambiance folle, je me suis forcé à marcher pour ne pas brûler de cartouches. Après la zone des lumières rouges, j’attendais les autres, mais personne ne venait. Dans la montée vers le Col du Bonhomme (km 47), j’ai vu un petit trou derrière. J’ai fait la descente rapide vers Les Chapieux (km 52) parce que c’est du temps « gratuit ». Au Col de la Seigne (km 63), j’ai regardé derrière et les frontales étaient loin. C’est là que j’ai switché, il fallait creuser l’écart pour ensuite gérer.

Baptiste Chassagne termine à 31 minutes de vous, en 18h47’38. À quel moment avez-vous cessé de le considérer comme un adversaire capable de revenir sur vous ?

À aucun moment, sauf dans la descente de La Flégère (km 166) à la toute fin. Même avec de l’avance, je sentais l’énergie derrière. C’est une bonne pression, ça évite de s’endormir. Une course n’est jamais finie tant que la ligne n’est pas franchie.

« Si l’on avait couru à plusieurs sur cette portion, avec notamment Kilian Jornet, Jim Walmsley et Tom Evans, passer sous la barre des 18 heures était envisageable. »

On a une devinette pour vous : C’est un chiffre vous concernant qui est assez incroyable : 9 minutes et 23 secondes. À votre avis, à quoi correspond ce chrono ?

C’est le temps total que j’ai passé sur les ravitaillements ! C’est le résultat du travail avec Cathy Ardito, qui accompagnait Xavier Thévenard lors de ses victoires (2013, 2015 et 2018). Cette année, au 90 km du Mont-Blanc, j’ai perdu 35 secondes à cause de nos arrêts. On a décidé de régler ça. Chaque geste est planifié à l’avance. C’est à elle que revient tout le mérite de cette efficacité.

—  Après ce chrono supersonique de 18h16’29, a chaud, avez-vous déjà identifié une marge de progression entre deux portions ou des axes d’amélioration pour aller plus vite sur l’UTMB ?

Oui, clairement. Jusqu’à Trient (km 144), c’était parfait. Mais après Trient, dans la montée et la descente, j’ai perdu une ou deux minutes à cause d’un mal de ventre qui m’a obligé à m’arrêter. Il y avait aussi quelques minutes à aller chercher vers Vallorcine (km 155). Si l’on avait couru à plusieurs sur cette portion, avec notamment Kilian Jornet, Jim Walmsley et Tom Evans (trois anciens vainqueurs forfaits), passer sous la barre des 18 heures était envisageable.

Est-ce que votre préparation vous avait donné des signes que vous étiez capable de réaliser une course comme celle-ci, aussi bien dans les jambes que dans la tête ?

Je ne suis pas obnubilé par les chronos. Mais deux semaines et demie avant la course, j’ai fait la portion jusqu’à Courmayeur en 8h16 (km 81, flashé en 7h50’32 hier sur l’UTMB 2026), avec le Col des Pyramides Calcaires (km 65). Je me sentais vraiment bien à la fin. C’est là que j’ai compris que les jambes et la tête répondraient présentes.

— Quand vous repensez à ce chrono aujourd’hui, est-ce que, même dans vos rêves les plus fous, vous auriez imaginé être capable de réaliser un temps pareil ?

Non, absolument pas. Mais le trail est dans une époque où les records explosent chaque année. Il ne faut pas trop se focaliser sur les chiffres, l’important reste la course.

Quelle partie de la course a été la plus difficile ?

La deuxième partie de la montée vers La Flégère (km 166). C’est très raide, plein de cailloux. Normalement, c’est un secteur où l’on court, mais avec la fatigue, c’est impossible. On a l’impression de ne pas avancer alors que le bout du tunnel est proche. J’ai vraiment souffert à cet endroit.

« Les ASICS Metafuji Trail 2 répondent exactement aux exigences de la très haute performance. »

Et celle que vous avez le plus appréciée ?

Toute la nuit et les cols en solitaire ! Les sensations quand on est seul au sommet et que tout va bien sont extraordinaires. La montée du Col de la Seigne (km 63) reste mon passage préféré sur tout le parcours.

Après une course comme celle-ci, on rêve de quoi ?

Je n’ai absolument pas réfléchi à la suite. J’ai tout investi pour gagner l’UTMB. Quand on s’engage à ce point, on est fragile après la course, mais c’est une bonne chose. Ça force à se poser les bonnes questions sur sa motivation. Pour l’instant, je ne sais pas où je vais, et c’est un très bon problème !

Un mot sur votre équipement : Vous couriez avec les nouvelles ASICS Metafuji Trail 2. Que vous ont-elles apporté ?

Sur 100 miles, l’équipement est crucial. Il faut une chaussure dynamique, légère, réactive, avec un excellent amorti et de la durabilité. On ne peut pas battre ce genre de record avec un modèle basique. Les ASICS Metafuji Trail 2 répondent exactement aux exigences de la très haute performance.

Crédits photos : UTMB & Albin Durand

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