Kevin Mayer : « Tout va bien ! »

Il y a 4 mois

Principale chance de médaille d’or française aux Championnats du Monde d’athlétisme à Eugene, Kevin Mayer affirme avoir retrouvé la forme et les ambitions après avoir été en délicatesse avec un tendon au mois de juin. Avant de partir à la reconquête de son titre planétaire samedi et dimanche, le recordman du monde du décathlon (9126 points) est passé devant les journalistes pour le traditionnel point presse. Le combinard tricolore de 30 ans le sait, s’il est en pleine possessions de ses moyens il est en mesure de jouer la victoire, cinq ans après sa magnifique victoire à Londres. Entretien !

 

 

Kevin, pouvez-vous nous donner votre état de forme après ce stage de préparation à Linfield et avant votre entrée en lice ?

Ce n’était pas vraiment un stage de préparation, c’était plus un stage “terminal” où on se met dans notre bulle pour appréhender les championnats au mieux. Je suis plus stressé que l’an dernier. L’an dernier je n’avais rien à perdre, cette année je me sens bien donc j’ai plus à perdre ! (Rires). Je ne sais pas comment dire, il y a deux mois j’avais les tendons en feu, je me disais que ça allait commencer à être chaud, puis une petite découverte pour faire avancer a fait que je pouvais recourir dans la semaine, petit à petit reprendre un entraînement comme il faut. Je ne dirais pas que je suis serein parce que je n’ai pas trop de compétitions au compteur à part cet hiver. J’ai pu en faire à l’entraînement avec des Montpelliérains du club, chrono électrique etc. On va dire que j’ai la préparation la plus satisfaisante par rapport à mon état de forme d’il y a deux mois et demi. Franchement après mon forfait aux Championnats du monde en salle de Belgrade (18 au 20 mars 2022), ça a été vraiment compliqué de reprendre la course, je voulais avoir aucune douleur mais ça a duré longtemps.

 

Cette petite trouvaille justement, vous pouvez nous en dire plus ?

C’est beaucoup de choses. C’est une histoire d’équilibre entre fléchisseur et extenseur. En gros, j’ai trouvé un équilibre entre travailler l’un et travailler l’autre, relâcher l’un, relâcher l’autre, c’est assez compliqué à expliquer. J’ai trouvé autre chose aussi. Etant petit, j’ai beaucoup sauté en hauteur. Mon talon s’est beaucoup décalé sur l’extérieur de ma jambe d’impulsion. Tout simplement je mets un strap pour remettre le talon dans l’axe, comme ça il est beaucoup moins sous tension. Donc si vous voyez me strapper avant le 100 m, ne vous inquiétez pas c’est normal. J’ai cette idée depuis très longtemps, mais je la gardais comme joker seulement pour les championnats. Le reste du temps j’essaie de trouver une solution sans strap.

 

On peut dire qu’aujourd’hui tout va bien ?

On peut dire que tout va bien, je ne vais pas vous dire que j’ai aucune tension, elles se réveillent souvent la semaine d’avant et disparaissent le jour J normalement. Je ne suis pas bloqué du dos comme l’année dernière. J’ai beaucoup d’appréhension sur ce décathlon car mon dernier n’était franchement pas agréable. C’était franchement le pire de ma vie. Donc beaucoup d’appréhension mais je pense que quand les premières épreuves vont arriver, rien que le fait de se lever le samedi matin, ça sera bon quoi. J’ai beaucoup d’attentes et ça crée beaucoup de stress.

 

Sur quoi avez-vous centré les choses depuis votre dernière compétition au Meeting de Paris le 18 juin ?

J’ai axé les choses sur l’optimisation de la préparation tout simplement. J’ai vraiment fait un gros travail de sprint, pour être sûr d’avoir les sensations qu’il fallait. Et sinon, j’ai fait deux séances de javelot, une de disque et trois de poids. C’est directement revenu en cinq secondes, ce n’est pas le genre de chose qui m’inquiète. Je voulais vraiment retrouver mon sprint, c’est le cas. Maintenant c’est sûr qu’il fallait lâcher du lest sur certaines choses et c’est vrai que le 1500 m n’a pas pu être travaillé comme il faut, donc ce n’est pas là-dessus que je jouerai la médaille car honnêtement je n’ai pas beaucoup de foncier. Mais j’ai rarement joué une médaille sur 1500 m. J’ai plus axé ma préparation sur la puissance pour ne pas avoir à jouer quoi que ce soit sur le 1500 m.

 

Sur quelles disciplines vous vous sentez bien, et sur quelles autres vous vous sentez un peu moins bien ?

Honnêtement il y a tout qui va bien à part le 1500 m comme je l’ai dit. J’ai fait deux séances cette année donc c’est un peu juste. Mais tous les entraînements que j’ai fait sur les autres épreuves du décathlon montrent que je suis à mon meilleur niveau voir plus. Donc maintenant il faut juste trouver une once de plaisir pour transcender ça. Je le trouverai le jour J mais j’avoue que là, l’attente est vraiment longue. Très longue parce que pour l’instant je me cale devant la télé ou je vais au stade et je vois tout le monde concourir. En même temps ça fout les crocs mais ce sont aussi des sentiments mixés qui sont assez brutaux.

 

Avant le Meeeting de Paris vous n’avez pas pu faire de 110 m haies, est-ce que vous avez pu le travailler depuis ?

J’ai fait beaucoup de séances de haies. Dont un 110 m haies avec chrono électrique. Je ne vous dirais pas le chrono ! Ça vous enflammerait ou alors j’ai fait deux 100 m et un 110 m haies plus d’autres séances à côté. Donc pour les courses qui demandaient à être réglées, elles le sont.

 

Avez-vous suivi la concurrence, si oui, qu’en pensez-vous ?

J’ai tout suivi. J’ai eu une petite déception de voir Garrett Scantling* abandonner. Suivi d’un petit sentiment de réconfort me disant que ça allait être plus facile sans lui bien sûr. Maintenant on a Damian Warner qui depuis deux ans a trouvé sa régularité donc c’est plus du tout le même concurrent, on s’attend à ce qu’il soit très fort. S’il n’y a aucun pépin physique, je m’attends à être à son niveau voir plus, on verra. C’est là que l’attente est vraiment compliquée. On ne peut pas s’imaginer un décathlon en entier. À chaque fois c’est différent, dans le positif comme dans le négatif. Vous avez l’habitude, je suis quelqu’un de plutôt stressé avant un décathlon, et c’est la délivrance le jour J.

*Meilleur performeur mondial de l’année, Garrett Scantling a été provisoirement suspendu ce vendredi, par l’agence antidopage américaine (Usada), pour manquements et falsification de ses obligations de localisation antidopage.

 

Le fait qu’il y a de nouveau du public, c’est un vrai plus pour vous ? Vous allez demander du soutien ?

Il y a ma famille dans la salle, j’ai tendance à dire que j’ai toujours eu plus de mal à performer ces dernières années quand il n’y avait pas de public. Quand on est retourné à Paris, j’avais fait un 7,38 m à la longueur alors que ça ne faisait qu’une semaine que j’avais repris la course. Ce n’est pas un besoin mais surtout un bonus. Le public américain à l’air vraiment très bien et pas qu’avec les athlètes américains donc ça fait plaisir à voir.

 

Vous disiez au début que vous étiez plus stressé que d’habitude car vous aviez plus à perdre que d’habitude. En quoi est-ce le cas ?

J’ai plus à attendre plutôt. Tout simplement, cette dernière semaine j’ai eu aucune douleur, j’ai aucune raison de vivre dans le moment présent et me dire que ça va être compliqué. Donc forcément quand tout va bien, on met plus de choses en place dans sa tête, en se disant faut faire ci, faut faire ça, c’est un casse-tête énorme. Mais je ne suis pas plus stressé que la moyenne. Quand je suis parti pour mon record du monde, c’était à peu près ça.  Attention je n’ai pas dit que j’allais faire le record du monde, pas de gros titres ! C’est juste que tout va bien. C’est plus que ma capacité à optimiser mon potentiel qui va faire que je vais réussir ou pas. Ce sont des responsabilités qui sont dures à assumer, plus dur que quand on a mal au dos et qu’on n’arrive pas à mettre ses chaussettes, ou quand on sait qu’on ne va pas finir le décathlon et qu’on va tenter de se faire plaisir jusqu’au bout. Ce n’est pas le même mood.

 

— Vous êtes le seul grand, grand espoir de médaille qui reste, ça peut créer une certaine pression ?

C’est compliqué. On est dans un sport individuel, mais on fait partie d’une équipe de France. J’ai vraiment l’impression qu’il y a un vrai groupe qui s’est créé au fil des ans, avec des gens qui perdurent mais aussi des jeunes nouveaux. J’ai vraiment l’impression d’être à part entière dans une équipe de France et c’est vrai que t’as forcément à donner une belle image à cette équipe. 

 

Vous avez dit que vous êtes allé au stade et que ça vous mettait les crocs. Vous avez un moment en tête ?

J’y suis allé deux soirs. Et Wilfried Happio franchement, c’était incroyable. J’ai cru qu’il était troisième pendant 20 secondes, j’ai pété une durite totale !

Toute la rédaction de Stadion sera mobilisée pendant deux jours pour vous faire vivre au plus près les 10 épreuves de Kevin Mayer. Vous pourrez suivre en direct l’évolution de son décathlon, épreuve par épreuve, sur notre site et nos réseaux sociaux.

Texte : Briac Vannini
Crédit photo : Solène Decosta / STADION

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