Margot Dajoux : « Le cross sera toujours ma discipline préférée »

03 mai 2024 à 20:25

À tout juste 19 ans, Margot Dajoux compte déjà 8 capes avec l’équipe de France. Cross, piste, montagne ou encore route, la protégée de Patrick Bringer touche à une multitude de disciplines et de surfaces, toujours avec brio. Ses performances ne cessent d’impressionner, en témoigne sa récente 22e place aux Championnats du monde de cross-country à Belgrade. Pourtant, la polyvalente athlète du Clermont Auvergne Athlétisme n’a commencé véritablement l’athlétisme qu’en 2019. Découverte d’une athlète à la tête bien faite qui recherche l’équilibre entre plaisir de pratiquer son sport et performance.

Margot, pouvez-vous nous parler de votre histoire avec la course à pied ?

Je ne pratiquais pas vraiment d’activité sportive avant de commencer l’athlétisme, hormis un peu d’équitation. En arrivant au collège, j’ai découvert le sport avec l’association sportive (AS) et l’UNSS. J’ai tout de suite accroché avec les cross, je m’entraînais la moitié de l’année pour cet objectif quand j’étais en 5ème-4ème. Au début, j’y allais deux fois par semaine en 5ème, puis trois, quatre fois en 3ème, j’ai augmenté petit à petit d’année en année, mais ça restait léger. Mon professeur d’EPS m’a ensuite parlé de la section sportive athlétisme au Lycée Blaise Pascal à Clermont-Ferrand, avec la possibilité de rejoindre l’internat et d’avoir un groupe d’entraînement pour courir. Je me suis donc retrouvée à Clermont, dans le groupe de Patrick Bringer, il y a quatre ans. Tout se passe super bien, et les résultats suivent.

 

Qu’est-ce qu’il vous plaît le plus dans la course à pied ?

C’est tout bête, mais j’adore le fait de pouvoir aller où je veux, quand je veux, juste avec mes jambes. Pour moi courir, c’est un moyen de déplacement. C’est aussi une manière de me prouver que je suis capable d’accomplir des choses par moi-même. Mais ce que je préfère, c’est courir dans les sentiers. J’ai grandi dans les Monts du Forez, à la limite entre le Puy de Dôme et la Loire, j’apprécie le contact avec la montagne et la nature.

« Je me sens autant impliquée dans la performance collective, celle des autres, que dans la mienne »

— Vous avez quand même vite senti que vous aviez des grandes capacités…

Au début, je ne faisais pas beaucoup de compétitions, seulement deux ou trois par an, et pourtant, j’adorais déjà courir. Toutefois, je ne pense pas que ce soit le fait que je sois douée pour ce sport qui m’a fait vraiment accrocher. Bien sûr, une fois qu’on voit qu’on est bon, on creuse encore plus. On a aussi un groupe de plusieurs filles avec une belle densité, ce qui tire tout le monde vers le haut. Je me suis fait des amis, j’ai tissé des liens forts. Je me sens autant impliquée dans la performance collective, celle des autres, que dans la mienne.

 

Où en êtes-vous au niveau de vos études ?

Je suis en classe préparatoire intégrée, dans une école d’ingénieur en chimie à SIGMA Clermont, pour devenir ingénieur chimiste, même si je n’ai pas encore trop d’idées précises de métier. En plus, l’école est juste à côté du stade des Cézeaux.

— Avez-vous connu des difficultés à concilier sport et études ?

Au début, oui. J’étais partie en stage au Kenya pendant trois semaines, j’avais raté deux semaines de cours, ce qui m’avait mise dans le rouge. Maintenant, ça va mieux, j’ai pu bénéficier d’aménagements, pour avoir au maximum six heures de cours par jour. Je commence à prendre le rythme, et je suis sûre que ça ira de mieux en mieux. Cela me permet de ne pas m’entraîner uniquement le soir, et surtout, de récupérer. Le sommeil passe un peu à la trappe avec les cours, mais c’est de moins en moins le cas maintenant.

 

Quelles sont vos conditions d’entraînement en ce moment ? 

Cette année, c’est ma première post-bac, je ne suis plus au lycée, pas mal de choses ont changé. Je ne suis plus à l’internat, j’ai mon propre appartement. Heureusement, j’en ai trouvé un juste à côté de mon lieu d’entraînement et de mes études, c’est l’idéal.

 

Avez-vous procédé à quelques changements dans votre manière de vous entraîner cette année ?

Depuis la rentrée, je fais beaucoup plus de volume, plus de footing que les autres années, on a augmenté petit à petit la charge d’entraînement avec mon coach. Je tourne à 90 km dans une semaine d’un cycle de travail, alors qu’avant, c’était autour de 65 km. Maintenant, je cours 50-60 km dans les semaines allégées avant les courses, contre 40 km auparavant. Je m’entraîne six jours sur sept, et je double deux à trois fois dans la semaine. J’ai l’impression de plutôt bien vivre ces changements, même si cela ne s’est pas trop vu au début. 

Mon début d’hiver a été dur, mais j’étais bien entourée, avec mon groupe, mon entraîneur et je ne me suis pas blessée. Après les Championnats Loire et Volcans de cross-country le 28 janvier à Yzeure, où j’avais fait deuxième, j’étais très mal, mon coach m’avait dit que si ça continuait comme ça, je couperais totalement sans faire les Championnats de France à Cap’Découverte. Ça m’a enterrée d’entendre ça, je tenais tellement à y participer. Finalement, j’ai réussi à remonter la pente, faire troisième et j’ai dépassé mes attentes aux Mondiaux.

« La priorité cet été, c’est la montagne »

On vous voit briller autant sur les cross, la route, la piste, la montagne. Finalement, sur quelle surface vous sentez-vous le mieux ?

Le cross sera toujours ma discipline préférée, mon numéro 1. C’est comme ça que j’ai aimé ce sport, c’est la base, c’est une épreuve magnifique. Tout le monde les fait, même les coureurs de 400 m parfois ! D’un jour à l’autre, ça ne sera pas forcément les mêmes devants. Sinon, c’est sûr que j’aime bien toucher à tout. Ce qui me plaît le plus dans l’entraînement, c’est la variété. Tant que je peux faire un peu de tout, je profite.

 

— Quel est le parcours de cross que vous avez trouvé le plus dur ?

Bruxelles (Euro 2023), si j’en crois mes sensations, mais niveau parcours, je dirais Cap’Découverte (France 2024).

Justement, vous étiez déçue de votre Championnat d’Europe à Bruxelles (10 décembre 2023) où vous avez terminé 37e, alors qu’aux Championnats du Monde à Belgrade (30 mars 2024), vous avez réalisé une superbe course avec une 22e place (première européenne). Qu’est-ce que cette performance représente pour vous ?

Bruxelles, c’était un peu la désillusion. J’avais l’impression d’avoir changé mes manières de m’entraîner, dans le sens où ça m’aurait fait progresser. Et de constater que j’avais régressé (26e en 2021 à Dublin et 19e à Turin en 2022), ce n’était pas facile. J’ai remis en question pas mal de choses, j’ai douté. Au final, les Championnats du Monde sont la concrétisation de tout ce travail que j’avais réalisé depuis septembre. C’était incroyable, j’avais de bonnes jambes, au-delà de mes espérances. Bruxelles m’a fait du bien dans le sens où j’ai réalisé à quel point c’était précieux de faire une belle performance. Parce que jusqu’à là, je n’avais jamais eu de grosse déception. Je savoure encore mieux les victoires dorénavant.

 

Quelles sont vos principales ambitions pour la saison estivale ? 

Je viens de remporter le 21 avril la course verticale (5,6 km pour 830 m de dénivelé positif) sur les pentes du Semnoz, au-dessus d’Annecy (Haute-Savoie), qualificative pour les Championnats d’Europe Off Road (Annecy, 31 mai au 2 juin 2024). Je souhaite aussi me qualifier pour la course de montagne et tenter ma chance dans les deux distances (Margot Dajoux s’est imposée ce dimanche 28 avril aux Championnats de France de course en montagne à Briançon, et est officiellement sélectionnée par la FFA sur les deux épreuves, ndlr). La priorité  cet été, c’est la montagne. La piste, c’est pour m’amuser, pourquoi pas faire un peu de steeple et un 5000 m. J’ai hâte de savoir ce que ça va donner.

« Je ferai tout pour être au top à Antalya cette année »

Envisagez-vous de vous spécialiser dans le trail et la course de montagne à l’avenir ?

Ce n’est pas au programme d’ici les prochaines années. J’ai encore envie de toucher à tout, tant que je peux si je puis dire. Mais à terme, ça serait possible que je me concentre uniquement sur le trail, dans 10 ans peut-être ? J’aimerais aussi toucher un peu plus à la route et approfondir le steeple. J’ai envie de voir jusqu’où je peux aller sur ces différentes disciplines avant de me lancer dans une seule en particulier.

Vous avez été sacrée vice-championne du monde de course en montagne par équipes à Innsbruck (Autriche). C’est un résultat qui doit vous donner de la confiance pour la suite…

Les Mondiaux de montagne, c’est un peu différent des autres disciplines comme le cross ou la piste. Il n’y a pas encore beaucoup de coureurs des hauts plateaux sur ces formats. La performance collective était vraiment belle et j’étais contente de ma septième place, même si je pense que je n’ai pas réalisé ma meilleure course. C’était une super expérience, l’ambiance de la sélection était top, puis maintenant, je commence à connaître tout le monde. Je peux espérer mieux en tout cas pour les Championnats d’Europe, même si rien n’est fait puisqu’il y avait beaucoup d’européennes devant moi aux Mondiaux 2023.

 

— Vous devriez participer à vos quatrièmes championnats d’Europe de cross-country à Antalya (Turquie) le 8 décembre prochain, dans la catégorie junior. Une performance rarissime en France. Est-ce un rendez-vous que vous affectionnez tout particulièrement ?

Tout à fait, d’autant plus que j’ai une revanche à prendre. Je ferai tout pour être au top à Antalya cette année, pour faire mieux que ce que j’ai déjà fait, ce qui ne sera pas difficile je pense. Ce sera l’objectif principal de cet hiver. Je ne compte pas pousser jusqu’aux Mondiaux U20 à Lima (Pérou, du 27 au 31 août 2024), pour couper le plus tôt possible et me concentrer sur la préparation pour ce cross.

« Depuis que j’ai rejoint KIPRUN, je découvre ce que c’est de pouvoir varier les paires en fonction de l’entraînement »

Depuis septembre 2023, vous êtes en contrat avec KIPRUN. Pouvez-vous nous parler de cette collaboration ?

KIPRUN m’a contactée début d’été 2023, et j’avoue que je ne connaissais pas grand-chose du sponsoring et tout ce qui tourne autour. Après discussion avec mes proches et avec Thierry Breuil de KIPRUN (quintuple médaillé aux championnats du monde de course en montagne, qui a rejoint les équipes Running en 2013 en tant que Chef de Produit et qui est devenu leader athlètes Trail en 2023), j’ai compris que la marque mettait en place un suivi personnalisé pour chaque athlète. J’ai trouvé ce qui me correspondait, j’ai accès à une multitude d’avantages.

 

— Le projet vous a plu ?

J’avais envie de faire partie de cette team, avec pas mal de filles que je connaissais déjà des différents championnats en montagne (Blandine L’Hirondel, double championne du monde de trail long en 2019 et 2022, et Clémentine Geoffray, championne du monde de trail court 2023). L’équipe est soudée et attentive, attachante et attachée à ses athlètes. Je ne pouvais pas espérer mieux pour un premier contrat. Je m’y sens super bien, l’ambiance est géniale, c’est comme une famille. C’est assez drôle parce que je suis la plus jeune et plein d’athlètes pourraient être mes parents !

— Quelles chaussures de running/trail KIPRUN avez-vous l’habitude de porter à l’entraînement et en compétitions ?

Pour la montagne, les Race Light, je les mettais même avant d’être chez KIPRUN. Pour la vie de tous les jours, les KS900 Light, elles sont géniales. Pour les séances VMA, Fartlek, je mets les KD900 Light. Avant de signer le contrat, je n’avais qu’une seule paire de chaussures pour tout faire, des Nike Pegasus. Depuis que j’ai rejoint KIPRUN, je découvre ce que c’est de pouvoir varier les paires en fonction de l’entraînement. C’est un immense luxe que je n’avais pas avant. Ce n’est plus un problème ou une prise de tête de se dire « Ah, il faut que je rachète des chaussures ». Donc, oui, ça change la vie. Et je ne m’en rendais pas compte que ça la changerait à ce point sur cet aspect-là.

 

— Quels sont vos meilleurs souvenirs en athlétisme pour l’instant ?

Au niveau performance, les Championnats du monde de cross 2024 à Belgrade. J’en ai un autre qui peut paraître anodin : ma victoire aux Championnats académique UNSS lorsque j’étais en 3ème. C’était ma première vraie victoire et je voulais ce titre depuis quatre ans, pour mon prof d’EPS et pour moi-même. Un autre gros souvenir humain, les Mondiaux 2023 à Innsbruck. Il y avait une alchimie folle dans l’équipe lors de cette sélection. J’ai même eu un moment de petite déprime en revenant tellement que c’était fort.

Propos recueillis par Emma Bert
Crédits photos : Emma Bert, Jean-Luc Juvin, Alanis Duc, KIPRUN

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